Le Burkina Faso se tourne vers le Nigeria pour son accès à la connectivité internationale
lundi 17 août 2026
Alors que l’Afrique accélère sa transformation numérique, l’accès à une connectivité fiable devient un enjeu majeur. Pour un pays enclavé comme le Burkina Faso, le défi consiste à réduire l’isolement numérique en renforçant les infrastructures qui le relient au reste du monde.
Les autorités burkinabè veulent s’appuyer sur le Nigeria pour renforcer l’accès du pays à la connectivité internationale. Présentée dans un compte rendu publié dimanche 16 août, l’initiative prévoit de diversifier les voies d’accès aux câbles sous-marins afin de répondre à la demande croissante de services de connectivité à haut débit.
Cela fait partie des axes de la coopération renforcée discutés avec le Nigeria dans le domaine du numérique. La question a été évoquée lors de la visite, la semaine dernière, d’une délégation nigériane conduite par le ministre des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Bosun Tijani. Les échanges ont également porté sur l’intelligence artificielle et la cybersécurité.
« Le Nigeria a aujourd’hui un vaste projet de connectivité qui devra lui permettre de s’interconnecter avec ses voisins. À travers cette interconnexion en passant par le Niger et le Bénin, le Burkina Faso peut rejoindre également ce projet et pouvoir bénéficier des avantages d’une telle connectivité », a expliqué la ministre burkinabè de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques, Aminata Zerbo/Sabane. Elle a également rappelé l’intérêt particulier que présente ce pays pour Ouagadougou en raison du nombre de câbles sous-marins qui atterrissent sur son territoire.
Accélérer le désenclavement numérique
À travers ce partenariat, le Burkina Faso entend accélérer son désenclavement numérique. N’ayant pas accès à la mer, le pays ne peut se raccorder directement aux câbles sous-marins qui acheminent la capacité internationale nécessaire à sa connexion à Internet. Il doit donc s’appuyer sur ses voisins côtiers, notamment la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo.
Le Nigeria viendrait ainsi renforcer et diversifier ces voies d’accès, avec une capacité accrue et une meilleure résilience pour les connexions internationales burkinabè. Selon la plateforme Submarine Cable Map, le pays ouest-africain est actuellement desservi par huit câbles sous-marins, qui le relient directement aux grands réseaux internationaux.
Cette diversification permettra également de réduire la dépendance du Burkina Faso à l’égard de certains corridors terrestres et renforcer la continuité de son accès à Internet en cas de perturbation sur l’une des routes existantes.
Des impacts potentiels sur le coût et l’accès à Internet
Les autorités burkinabè espèrent également que cette collaboration leur permettra d’« acquérir de la capacité Internet à un prix compétitif et pouvoir impacter les prix finaux aux usagers ».
De récentes études confirment l’incidence que peut avoir l’augmentation de la capacité internationale sur les coûts de la connectivité. Dans un rapport publié en juin 2025, la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI) indique qu’un doublement de la capacité internationale pourrait entraîner une baisse immédiate d’environ 32 % du prix du haut débit fixe et pouvant atteindre 50 % pour le haut débit mobile.
La Banque mondiale corrobore cette tendance. Dans une étude publiée en juillet 2024, l’institution de Bretton Woods estime que chaque doublement de la capacité des câbles sous-marins en Afrique entraîne en moyenne une baisse de 7 % du prix de l’Internet haut débit fixe et de 13 % pour le haut débit mobile.
Une réduction des coûts de la connectivité peut ainsi contribuer à améliorer l’accès aux services numériques.
En Afrique, le prix des offres est considéré comme l’un des principaux obstacles à l’adoption et à une utilisation plus importante d’Internet. Selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), 5 Go d’Internet mobile représentaient 8,8 % du revenu national brut (RNB) par habitant en 2025 au Burkina Faso. Ce ratio monte à 31,4 % pour l’Internet fixe. Le seuil d’abordabilité est fixé à 2 % du RNB par habitant.
Outre le coût, une capacité internationale plus importante permet d’améliorer les débits et la qualité des offres proposées aux abonnés. Cela est d’autant plus important dans un contexte où les utilisateurs africains se plaignent régulièrement de la qualité des services télécoms, alors que leurs besoins en connectivité ne cessent d’augmenter, notamment avec l’essor des solutions numériques, du streaming, du cloud et des usages professionnels en ligne.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 17 août 2026)
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