Le Burkina Faso renforce la protection de ses infrastructures numériques
lundi 22 juin 2026
À travers le continent, les autorités accélèrent le déploiement d’infrastructures télécoms afin de réduire la fracture numérique. Ces infrastructures restent toutefois exposées à divers risques.
Le gouvernement burkinabè a lancé une opération de contrôle de certaines infrastructures publiques de télécommunications déployées sur l’ensemble du territoire. L’initiative vise à mieux protéger ces équipements afin de garantir un accès plus fiable à Internet et aux services numériques.
L’opération, démarrée le lundi 15 juin par le ministère de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques, se poursuivra jusqu’au mercredi 24 juin. Selon les autorités, les inspections portent sur les réseaux de fibre optique, les équipements techniques, les systèmes d’alimentation énergétique ainsi que d’autres installations essentielles au fonctionnement des services de télécommunications.
« L’objectif est de préserver les investissements publics réalisés dans le secteur, de prévenir les dysfonctionnements, de renforcer la performance des infrastructures et d’améliorer progressivement la qualité de la connectivité au profit des populations », a indiqué le ministère dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux le jeudi 18 juin.
Cette initiative intervient quelques mois après que les autorités burkinabè ont lancé les travaux de construction d’un Centre de supervision des infrastructures numériques. D’un coût estimé à 3,05 milliards de francs CFA (≈ 5,4 millions USD), le centre aura pour missions principales la supervision centralisée du réseau backbone national, la sécurisation du cyberespace, l’exploitation des datacenters, ainsi que la maintenance et la protection des infrastructures numériques critiques de l’État. Sa mise en service est prévue pour octobre 2026.
Une protection nécessaire face à des menaces multiples
Ces efforts s’inscrivent dans un contexte où les infrastructures numériques restent exposées à plusieurs risques, limitant l’accès aux services. Le vandalisme demeure l’une des principales menaces, un phénomène courant dans de nombreux pays africains.
Les actes de vandalisme ciblent principalement les réseaux de fibre optique et de cuivre. Ils se traduisent par le vol et la dégradation de câbles par des particuliers, parfois revendus sur le marché informel pour leurs composants métalliques. À ces dégradations s’ajoutent des dommages liés aux travaux publics et privés, notamment lors des chantiers d’aménagement urbain, de construction immobilière, de réhabilitation routière ou d’installation de réseaux d’eau.
Au-delà de la fibre optique et du cuivre, les sites télécoms des opérateurs sont également ciblés. On y observe des vols d’équipements tels que les générateurs, les panneaux solaires ou encore le carburant diesel, indispensables au fonctionnement des stations de base, en particulier dans les zones où l’accès au réseau électrique est limité.
Enfin, dans le cas spécifique du Burkina Faso, la situation sécuritaire pèse également lourdement sur les réseaux télécoms. Les autorités ont indiqué qu’environ un quart des antennes ont été vandalisées par des groupes armés, entraînant une baisse estimée de 10 à 20 % de la couverture des services mobiles et Internet, ainsi qu’une dégradation globale de la qualité de service.
Selon une étude de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), le nombre de tours télécoms détruites est passé de 11 en 2019 à 106 en 2022. Dans le même temps, le nombre de sites hors service ou inaccessibles est passé de 632 en 2022 à 681 en août 2023, selon des sources ultérieures du régulateur. Les opérateurs, dont Orange et Moov Africa, ont également souligné l’impact de ces dégradations sur leurs opérations.
Une infrastructure essentielle
Les efforts de protection de l’infrastructure numérique s’inscrivent dans un contexte où celle-ci constitue un pilier central de la transformation digitale en cours dans le pays. Elle est désormais indispensable au fonctionnement des administrations, des entreprises et des services numériques, en garantissant un accès sécurisé à Internet.
Par exemple, chez les particuliers, l’accès à Internet est désormais essentiel à domicile pour des usages comme la maison connectée, le streaming, le gaming, l’e-learning ou le télétravail. Les entreprises, de leur côté, en ont plutôt besoin pour les outils collaboratifs, les services cloud, la gestion des données et les solutions de communication.
Pour rappel, le gouvernement burkinabè veut atteindre une couverture nationale en haut débit d’ici 2030. En attendant, environ 28,3 % de la population avait accès à Internet en 2024, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT). Le taux de pénétration de la téléphonie mobile, quant à lui, s’est établi à 63,9 %.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 22 juin 2026)
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