Le Bénin mise sur les ateliers de fabrication numérique pour stimuler l’innovation locale
jeudi 5 novembre 2026
L’innovation occupe une place croissante dans les stratégies de développement économique en Afrique. Pourtant, la multiplication des initiatives ne suffit pas toujours à faire émerger des solutions capables de répondre aux besoins des populations.
Le gouvernement béninois prévoit de déployer progressivement des maisons de l’innovation dans les communes. L’initiative intervient dans un contexte où l’écosystème national de l’innovation reste confronté à plusieurs difficultés qui freinent le développement des projets technologiques et leur transformation en solutions concrètes.
Le Conseil des ministres du mercredi 4 novembre a autorisé la mise en œuvre d’une phase pilote avec la réalisation de deux « Innobox » dans les communes de Parakou et de Porto-Novo. Cette première étape permettra d’éprouver le modèle en conditions réelles, tant sur le plan technique que sur celui de l’exploitation et de l’animation des unités. Sur la base des enseignements qui en seront tirés, le dispositif sera progressivement étendu à l’ensemble des communes.
Des espaces dédiés à la fabrication et à l’expérimentation technologique
Selon le compte rendu du Conseil des ministres, le dispositif — baptisé « Innobox » — prendra la forme de bâtiments modulaires aménagés, sécurisés et équipés de matériels de fabrication. Chaque structure réunira des espaces de fabrication, d’expérimentation et de travail collaboratif, ouverts à la population et prioritairement aux jeunes.
Le modèle repose sur l’apprentissage par la pratique. Il doit permettre aux usagers de concevoir et de réaliser des solutions technologiques adaptées aux besoins de leurs communes et, plus largement, de leurs pôles de développement. Les activités envisagées couvrent plusieurs domaines. Les utilisateurs pourront fabriquer une lampe à commande vocale en langues locales, concevoir un système d’arrosage automatique ou développer un dispositif d’alerte aux inondations. La robotique figure aussi parmi les applications possibles, avec la réalisation de robots autonomes.
Au-delà de la fabrication de prototypes, chaque « Innobox » contribuera à la collecte de corpus en langues nationales destinés au développement de l’intelligence artificielle. Les unités serviront ainsi de relais à la Stratégie nationale d’intelligence artificielle. Le gouvernement entend également s’appuyer sur ce dispositif pour révéler les talents locaux, susciter des vocations scientifiques et techniques et renforcer, à terme, le tissu d’entreprises innovantes dans les pôles de développement.
Des difficultés d’accès aux ressources pour les porteurs de projets
La création de ces espaces répond à plusieurs limites relevées dans l’écosystème béninois de l’innovation et de l’entrepreneuriat. L’une d’elles concerne la répartition géographique des structures d’accompagnement. Selon une cartographie réalisée par TechnoServe en 2023, le Bénin comptait au moins 278 structures d’appui à l’entrepreneuriat au 31 décembre 2022. Toutefois, 46 % des structures recensées étaient concentrées dans le département du Littoral. Cette concentration réduit les possibilités pour les entrepreneurs installés dans les autres départements d’accéder à des services d’accompagnement à proximité de leurs lieux d’activité.
La disponibilité des équipements constitue une autre difficulté. Le rapport de TechnoServe relève que les services permettant aux entrepreneurs d’accéder à ces ressources reposent principalement sur des agences publiques et des programmes financés par les partenaires techniques et financiers. Il signale aussi l’inadéquation de certains équipements avec les besoins réels, le faible suivi après leur mise à disposition, ainsi que l’absence de mécanismes garantissant leur pérennité à la fin des projets. En prévoyant des espaces partagés dans plusieurs communes, les Innobox entendent corriger ces manques, à condition de garantir un entretien rigoureux des matériels mis à disposition.
Ces contraintes matérielles s’ajoutent aux difficultés de développement des compétences techniques et de valorisation des idées innovantes. Dans son Plan stratégique 2025-2029, l’Agence de développement des petites et moyennes entreprises (ADPME) relève notamment la faiblesse des relations entre les PME, les institutions de recherche et les structures technologiques. Elle souligne également que les entreprises innovantes travaillent souvent de manière isolée.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 5 novembre 2026)
OSIRIS