La Tunisie accélère le déploiement de centres numériques pour faciliter l’inclusion des citoyens
mercredi 20 mai 2026
A l’échelle du continent africain, la transformation numérique des administrations publiques s’accélère, portée par la volonté des États de moderniser leurs services et de renforcer l’inclusion. La question de l’accès réel aux services numérisés se pose toutefois.
Les autorités tunisiennes ont inauguré la semaine dernière quatre Maisons des services administratifs digitales dans trois gouvernorats du pays. L’exécutif poursuit ainsi le déploiement de ces structures destinées à faciliter l’accès des citoyens aux services numériques, avec un objectif de 34 d’ici juin.
Cet objectif a été révélé par Faten Makhlouf, conseillère des services publics à la Direction générale des réformes et des études prospectives administratives à la Présidence du gouvernement, citée par la presse locale. Elle a précisé que ces structures couvriront 21 gouvernorats et fourniront des services à près de 900 000 citoyens dans les différentes régions du pays.
Mme Makhlouf a expliqué que la mise en place de ces espaces vise à renforcer l’inclusion sociale, en ciblant notamment les catégories qui maîtrisent peu les technologies modernes ou rencontrent des difficultés à les utiliser. Le projet ambitionne également de promouvoir l’inclusion financière via les moyens de paiement électronique, ainsi que l’inclusion numérique, tout en rapprochant les services administratifs des citoyens, en particulier dans les régions intérieures où la couverture géographique des services prioritaires demeure limitée.
Par exemple, dans une première phase, la « Maison des services numériques » de Tebourba, dans le gouvernorat de Manouba, proposera 26 services relevant de sept structures publiques. Il s’agit notamment de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz, de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux, de la Caisse nationale d’assurance maladie, de la Caisse nationale de sécurité sociale, de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale, de Tunisie Telecom et du ministère des Technologies de la communication, notamment à travers le service de l’identité numérique.
Entre ambitions et défis d’adoption
Cette initiative intervient dans un contexte où les autorités tunisiennes misent sur la transformation numérique pour accélérer le développement socio‑économique. L’intégration des TIC dans tous les secteurs est perçue comme un levier d’efficacité et de productivité. Dans le domaine de l’administration publique, les technologies numériques contribuent à simplifier les procédures et à améliorer l’accès aux services.
Malgré ce rapprochement, l’adoption des services publics n’est pas systématique. Par exemple, environ 24 % de la population n’utilise pas Internet, d’après les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT). La Banque mondiale, de son côté, indique que 66,95 % de la population disposait d’un smartphone en 2024, ce qui traduit une connectivité encore inégalement transformée en usage effectif des services en ligne.
Dans ce contexte, les Maisons des services administratifs digitales apparaissent comme un relais d’inclusion, en facilitant l’accès aux démarches administratives pour les publics exclus du digital. Elles permettent de contourner certaines barrières structurelles, notamment le faible niveau de compétences numériques de base, mais aussi les difficultés d’appropriation des plateformes publiques par une partie des usagers.
Le déploiement de ces structures soulève toutefois plusieurs interrogations. Au‑delà de la formation des agents et de la pérennité de l’initiative, se posent également des enjeux liés à la qualité et à la continuité des infrastructures de base, notamment l’accès stable à Internet et à l’électricité dans certaines zones. À cela s’ajoute la question de l’interopérabilité entre administrations et de la capacité des services proposés à répondre à une demande croissante sans créer de nouveaux goulets d’étranglement administratifs.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 20 mai 2026)
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