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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2012 > Avril > La jeunesse africaine, les TICs et le développement économique

La jeunesse africaine, les TICs et le développement économique

vendredi 27 avril 2012

Point de vue

J’écris cette chronique après avoir été assailli par deux idées et inspiré par des discours prononcés, hier, lors du lancement de la Jeune Chambre de Commerce de Ville Saint-Laurent. Notons, car c’est lié, que la présidence d’honneur de cet évènement était assurée par Nicolas Darveau-Garneau, Directeur général – Québec de Google.

La première idée c’est que l’Afrique est jeune et le restera longtemps. Je me plais à dire que nous sommes la jeunesse du monde, sa fougue, sa volonté de réussir ; nous sommes à cet âge où l’on veut tout essayer, tout oser. Deuxièmement, peu de gens, surtout comme moi, formés pour mesurer les chiffres d’affaires, surveiller la valeur l’action boursière ou encore calculer les bénéfices nets, sont capables de prévoir comment se fera l’appropriation des TICs, comment, par leur créativité, les Africains sauront inventer des solutions à leurs problèmes quotidiens. Mieux encore, qui peut aujourd’hui, au jour près, annoncer comment les TICs vont transformer les façons de produire, changer les modes de consommation au moment où la fibre optique est en train d’être déployée sur le continent, au moment où l’on peut s’attendre à des dizaines millions d’internautes supplémentaires en Afrique ? Pas grand monde, je pense.

Qui avait prédit le succès du M-PESA, ce moyen de paiement par téléphonie qui serait utilisé par 15 millions de Kenyans sur une population qui en totalise 40 ?

Ont-ils été nombreux à nous prévenir de l’arrivée inéluctable de la Way-C du Congolais Vérone Mankou ? Pour rappel, il s’agit de la première tablette tactile africaine. Celle-ci est produite en Inde et vendue sur le continent africain.

Comment s’appellent ceux qui avaient pronostiqué que le Camerounais Arthur Zang, étudiant de Polytechnique Cameroun, inventerait le CardioPad, avec tout le matériel et toute la modernité auxquels il a accès au Cameroun ?

Si vous connaissez ces annonciateurs, alors, vous êtes sans doute au moins aussi bien renseigné que la CIA.

Les TICs et le développement

L’innovation, c’est bien connu, est un facteur-clé de la création de la richesse, de la fabrication de la prospérité. Jacques Attali, dans Une brève histoire de l’avenir, montre comment ce qu’il appelle le cœur du monde – une capitale qui constitue le centre du monde dans un temps de l’histoire – était relié aux capacités d’inventer, d’innover dans ledit cœur.

Nous entrons dans un temps, où les territorialités mondiale et nationale, pour emprunter une expression chère à Jean-Louis Roy, se rejoignent, se mêlent. C’est l’ère de l’immédiateté, de l’instantanéité, où les découvertes faites ailleurs sont très vite connues ici ; où les chercheurs de là-bas peuvent plus facilement, à 10 000 km de distance réfléchir, s’inspirer des recherches menées par ceux d’ici.

Au vu des trois exemples donnés plus haut, on mesure bien que l’inventivité des Africains, leur capacité à créer des solutions propres à leurs conditions, conjuguée, mieux fécondée aux immenses ressources qu’offre le vaste champ de l’immatériel, sera de nature à accélérer la proposition de services numériques aux consommateurs africains.

Le Kenya s’y prépare-t-il ?

Mon collègue du journal La Presse, Maxime Bergeron, au cours d’un périple africain, nous rapportait l’importance des moyens qu’entend déployer le gouvernement kenyan pour bâtir la Silicon Savannah.

Il détaillait ainsi : « Si les PME sont en train de créer une véritable révolution, la volonté de faire du Kenya un géant techno vient des plus hauts sommets. Le gouvernement a adopté il y a trois ans une « vision 2030 » afin de transformer de fond en comble l’économie du pays, en stimulant notamment l’industrie des hautes technologies. « On veut faire la chaîne de valeur du début jusqu’à la fin », lance sans détour Mugo Kibati, directeur général de l’organisme gouvernemental Kenya Vision 2030, dans son bureau doté de trois téléphones fixes, deux sans-fil et un ordinateur. Pour arriver à ses fins, l’État kényan pose ces jours-ci les premières briques du titanesque projet de Konza City. Cette « cité technologique » de 7 milliards US, située à environ une heure de Nairobi, vise à attirer des entreprises high-tech, auxquelles se grefferont des instituts de recherche, des commerces et des résidences. ».

D’immenses défis à relever

Dans son discours, Youmani Jérôme Lankoandé, Président de la Jeune Chambre de Commerce de Ville Saint-Laurent, s’adressant à des Canadiens, disait que la Chine et l’Inde produisaient chacun 300 000 ingénieurs par an, ce qui est de loin, précisait-il, un nombre supérieur à celui de nombre de pays occidentaux. Cet « avertissement » aurait pu être servi aux Africains. Il faut effectivement noter que la géographie des affaires dans ce monde est en pleine évolution.

La principale remarque que j’ai retenue hier concerne la qualité des employés, ce que j’appelle, sans connotation négative, l’infrastructure humaine.

Nicolas Darveau-Garveau a fait une déclaration extraordinairement élogieuse pour les ingénieurs de Google. Ils sont clairement un facteur central de la prospérité de cette entreprise. En nous parlant des start-ups, il a insisté sur le fait que les entreprises les plus innovantes devaient recruter les meilleurs employés, les plus créatifs ; car si vous avez des employés de catégorie A – A comme la meilleure pouvant être obtenue dans le système canadien – et ceux des catégories B et C, eh bien, ceux de la première catégorie démissionneront.

Bien sûr, l’exemple des M-Pesa, de la Way-C ou encore du CardioPad sont là pour montrer que nous avons du talent, disons de la matière première ; mais si nous ne planifions rien, si nous ne nous préparons pas, il est à penser que, comme avec nos matières, cela restera longtemps à l’échelle de potentiel. La vraie valeur ajoutée ne sera pas optimalement produite.

À ce niveau-là, il me semble que la formation de dizaines de milliers d’ingénieurs s’impose. Nous devrons, sans doute aussi, définir les filières où nous voudrons exceller. Nos problèmes d’infrastructures seront aussi une limite. Mettrons-nous des moyens supplémentaires pour améliorer notre connexion au monde ? Le Canada, d’après le DG de Google Québec, est le premier pays de la consommation d’Internet pour la qualité de ses infrastructures. Finalement, saura-t-on aussi proposer à nos plus talentueux, nos plus audacieux et nos plus « fous » innovateurs du capital-risque ?

Serge Tchaha

(Source : Afrique expansion, 27 avril 2012)

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