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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2025 > Mai 2025 > La healthtech africaine face au reflux du capital-risque

La healthtech africaine face au reflux du capital-risque

lundi 5 mai 2025

TIC pour la santé

Les problèmes de santé de ses populations font perdre à l’Afrique 2400 milliards $ chaque année selon la Banque africaine de développement (BAD). Pourtant, le secteur de la healthtech, qui vise à améliorer l’accès aux soins via des solutions numériques, connaît un ralentissement du financement. En 2024, les start-up africaines opérant dans les technologies de la santé ont levé 65 millions $, soit une chute de 69% par rapport à 2023. Ce recul remet-il en cause le rôle stratégique que la healthtech pourrait jouer sur le continent ?

La baisse des financements est liée au ralentissement général du capital-risque et à la prudence des investisseurs face aux incertitudes économiques. Après le boom des investissements en 2021, le marché mondial du capital-risque a subi une correction en 2022-2023, y compris en Afrique.

« Deux ans après le début de la crise mondiale, il est clair que l’écosystème technologique africain en subit de plein fouet les conséquences, même s’il s’en sort beaucoup mieux que les régions d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est » a indiqué Cyril Collon, partenaire général du fonds transatlantique Partech, en 2024.

Il a ajouté que « malgré cette correction, au cours des 10 dernières années l’écosystème technologique africain a été multiplié par 10 en termes de transactions et de financement, avec environ 20 milliards de dollars investis dans près de 3000 transactions, dont 68% au cours des trois dernières années ».

Selon Partech Africa, les start-up africaines ont levé un total de 5,2 milliards USD en fonds propres en 2021 contre 2,2 milliards USD en 2024. La fintech, segment attirant le plus d’investissement sur le continent, a aussi été négativement impactée par cette sécheresse des capitaux. En 2021, les fintechs africaines levaient 3,2 milliards USD, soit 63% des fonds captés, contre 1,35 milliard USD en 2024.

Un écosystème encore dynamique

La healthtech a attiré plus du milliard de dollars en Afrique ces cinq dernières années, informe Agence Ecofin. De 18 millions USD en 2018, les chiffres ont décuplé l’année suivante pour atteindre 189 millions USD, et un pic de 230 millions USD en 2021. Ces flux ont permis aux innovateurs de multiplier les solutions d’e-santé sur le continent, allant des plateformes de télémédecine à la livraison de médicaments ou de sang par drones dans les zones inaccessibles par route.

Au Kenya, Ilara Health fournit des outils de diagnostic abordables aux prestataires de soins sanitaires dans les zones rurales. Elle s’associe à des services d’intelligence artificielle qu’elle intègre aux plateformes technologiques distribuées aux médecins, améliorant ainsi l’organisation de la prise en charge en milieu rural. Pour mettre en place ses activités, elle s’est tournée vers des investisseurs qui y ont déjà injecté environ 10,8 millions USD depuis son lancement en 2019.

La healthtech camerounaise Waspito met en relation patients et médecins pour des consultations vidéo instantanées via son application mobile accessible sur iOS et sur Android. Depuis son lancement en 2020, elle a capté environ 8,7 millions USD selon Crunchbase, afin de développer sa technologie et s’étendre à d’autres pays africains tels que le Gabon, la Côte d’Ivoire ou encore le Sénégal.

Ces jeunes pousses essayent de combler le déficit en professionnels et infrastructures de santé sur le continent. En 2021, l’Afrique subsaharienne comptait en moyenne 2,3 médecins et 12,6 infirmières/sage-femmes pour 10 000 habitants, contre 39,4 et 89,5 en Europe par exemple. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il manquera 6,1 millions de professionnels de la santé en Afrique d’ici 2030, une hausse de 45% par rapport à 2013, année où les dernières estimations ont été réalisées.

« L’importante pénurie de professionnels de la santé en Afrique a des implications désastreuses. Sans un personnel adéquat et bien formé, répondre aux défis tels que la mortalité maternelle et infantile, les maladies infectieuses et les maladies non transmissibles, mais aussi la fourniture de services de santé essentiels comme la vaccination reste une bataille difficile » a déclaré en 2022 Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique.

Le déploiement à grande échelle de la healthtech : une équation à résoudre

L’accès aux alternatives proposées par les healthtechs se heurte à la faiblesse de l’accès à Internet sur le continent. D’après les données de l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA), l’Afrique subsaharienne comptait en 2023 320 millions d’utilisateurs de l’Internet mobile pour un taux de pénétration de 27%. Ce chiffre devrait croitre de 6,2% chaque année pour atteindre 520 millions en 2030, soit un taux de pénétration de 37%.

Ceci peut s’expliquer par le coût d’accès aux smartphones, le coût de l’Internet et les défis insfrastructurels. Pour la GSMA, « il est urgent de réformer la fiscalité pour améliorer l’accessibilité financière des smartphones et des services mobiles, dont le coût est un obstacle majeur à l’adoption du haut débit mobile ».

L’Afrique a aussi affiché en 2024 un score de 0,4534 sur 1 à l’indice des infrastructures de télécommunications (TII), selon les Nations unies. Elle a progressé de 27,8% par rapport à 2022 où il était de 0,3548 sur 1. La moyenne mondiale s’est de son côté, établie à 0,6896 sur 1.

Si les différents obstacles sont surmontés, la healthtech pourrait bien devenir un pilier stratégique pour l’amélioration durable du secteur de la santé en Afrique. En mobilisant le numérique pour rapprocher les soins des populations, les start-up opérant sur ce segment réinventent les processus. Reste à savoir si l’écosystème saura attirer à nouveau les financements nécessaires pour franchir le cap de l’expérimentation et réussir l’intégration systémique.

(Source : WeAreTechAfrica, 5 mai 2025)

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