La Guinée équatoriale veut se connecter à un nouveau câble pour améliorer son Internet
lundi 6 avril 2026
La Guinée équatoriale est actuellement desservie par un seul câble sous‑marin international. Cette situation affecte la qualité et la disponibilité de l’Internet, dans un contexte de transformation numérique où l’administration, les entreprises et les particuliers en dépendent au quotidien.
Le gouvernement équato-guinéen envisage de connecter le pays au câble sous-marin « Medusa ». Estimée entre 20 millions d’euros (environ 23 millions USD) et 60 millions d’euros, l’initiative vise à mettre fin aux interruptions du service Internet et à garantir un réseau stable et de haute qualité. Elle devrait être opérationnelle entre 2029 et 2030.
Cette initiative figure parmi les mesures prioritaires proposées dans une étude stratégique réalisée par le cabinet Mason pour les autorités, visant à transformer le paysage numérique du pays à travers un plan actualisé et sécurisé. Le rapport technique a été présenté le vendredi 3 avril, en présence du vice-président Nguema Obiang Mangue(photo, à gauche), selon un communiqué du service de presse de la vice-présidence et du Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE), au pouvoir.
Le projet n’est toutefois pas encore acté. Le vice-président a précisé que le projet sera examiné en détail par une commission technique en collaboration avec les responsables de « Medusa ».
Une infrastructure stratégique pour renforcer la connectivité
Le rapport technique de Mason précise que le câble sous‑marin Medusa est une infrastructure majeure de fibre optique longue de 8700 kilomètres, reliant la Méditerranée, l’Atlantique et la mer Rouge. La ville de Bata est pressentie comme point stratégique d’atterrissement, en raison de sa densité de population et de sa proximité avec la capitale, La Paz.
Le système Medusa promet une capacité totale de 480 Tb/s, reposant sur 24 paires de fibres, soit environ 20 Tb/s par paire. Initialement conçu pour connecter des pays de la Méditerranée, le projet a ensuite été étendu à l’Afrique. Cette extension devrait améliorer l’accès au numérique pour des centaines de millions de personnes dans 22 pays du continent.
Des efforts pour diversifier les connexions internationales
Le rapport technique souligne la nécessité de renforcer la connexion nationale aux réseaux internationaux à haute capacité afin de surmonter les limites actuelles. Le gouvernement avait déjà signé, en février dernier, un accord de coopération avec le Nigeria en vue du déploiement d’une infrastructure de fibre optique sous-marine.
Les détails techniques de ce projet n’avaient toutefois pas été précisés. Le ministre nigérian des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar, avait indiqué que le futur câble à haut débit en fibre optique permettra de renforcer les communications numériques. « Il s’agit d’un câble sous-marin très important pour les interconnexions dont nous avons besoin en Afrique afin d’intégrer nos marchés et d’en tirer les bénéfices », a-t-il ajouté.
Le Nigeria est déjà connecté à sept grands câbles sous-marins internationaux : West Africa Cable System (WACS), SAT-3/WASC, MainOne, Glo-1, Equiano, 2Africa et ACE (Africa to Europe). À cela s’ajoute une liaison avec le Cameroun, entre les villes de Kribi et Lagos.
De son côté, la Guinée équatoriale dépend principalement du câble ACE pour sa connectivité internationale. Le pays dispose également de liaisons locales et régionales : Ceiba-1 relie Malabo à Bata ; Ceiba-2 relie Malabo à Kribi (Cameroun), en passant par Bata ; tandis qu’Ultramar GE relie la Guinée équatoriale à Sao Tomé-et-Principe.
Un levier pour réduire les coûts et accélérer l’inclusion numérique
Au-delà de l’amélioration de la qualité de service attendue par les autorités, le consortium derrière le câble Medusa indique dans ses communications que son déploiement en Afrique permettra d’atténuer les risques de saturation liés à la hausse de la demande en connectivité, tout en renforçant la redondance et la résilience des réseaux critiques.
« Le Medusa Africa Submarine Cable System sera une véritable transformation pour la connectivité numérique le long de la côte atlantique africaine, en créant de nouvelles opportunités d’innovation, de commerce et d’inclusion sociale dans la région », avait déclaré Norman Albi, directeur général d’AFR-IX et du projet Medusa Africa, dans un communiqué publié en septembre 2025.
L’atterrissement d’un câble sous-marin est également associé à une baisse des coûts de l’Internet. Dans une étude publiée en juillet 2024, la Banque mondiale indique que chaque doublement de la capacité des câbles sous-marins en Afrique entraîne en moyenne une baisse de 7 % du prix du haut débit fixe et de 13 % pour le haut débit mobile.
Enfin, une meilleure résilience et une plus grande capacité peuvent favoriser l’adoption de l’Internet et des services numériques, dans un contexte d’accélération de la transformation digitale et de fracture numérique persistante. Selon DataReportal, la Guinée équatoriale comptait 1,18 million d’abonnements Internet à fin 2025, pour un taux de pénétration de 60,4%.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 6 avril 2026)
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