La Guinée choisit le câble Medusa comme seconde liaison Internet internationale
mardi 28 avril 2026
La Guinée fait partie des pays africains qui dépendent encore d’un seul câble sous-marin. Le pays cherche à renforcer son infrastructure numérique pour garantir un Internet fiable et répondre à la demande croissante en haut débit.
Les autorités guinéennes envisagent de se connecter au câble sous-marin Medusa afin de doter le pays d’une seconde liaison Internet internationale. Cette infrastructure, actuellement en cours de déploiement, devrait renforcer la résilience et les capacités du réseau national.
Le projet a été examiné lors de la réunion de cabinet du ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, tenue le lundi 27 avril. La signature d’un mémorandum d’entente avec le consortium Medusa est annoncée pour le 6 mai prochain.
Une infrastructure stratégique
Le système Medusa promet une capacité totale de 480 Tb/s, reposant sur 24 paires de fibres, soit environ 20 Tb/s par paire. Initialement conçu pour connecter les pays de la Méditerranée, le projet a ensuite été étendu à l’Afrique. Cette extension devrait améliorer l’accès au numérique pour des centaines de millions de personnes dans 22 pays.
Le déploiement du câble a débuté en octobre 2025, avec un premier atterrissement à Marseille, en France. L’infrastructure a ensuite atteint les côtes tunisiennes en novembre 2025, puis le Maroc en décembre. Les autres segments devraient être déployés au cours de l’année 2026.
La mise en service du câble est attendue à partir de 2026. Pour l’extension africaine, aucun calendrier précis n’a encore été communiqué. Toutefois, certains pays ont déjà avancé leurs projections : le Gabon vise une mise en service à l’horizon 2028, tandis que la Guinée équatoriale l’envisage entre 2029 et 2030.
Renforcer l’infrastructure nationale
Cette initiative intervient dans un contexte où la Guinée cherche depuis plusieurs années à se doter d’un second câble sous-marin. Le pays est connecté depuis 2014 au câble Africa Coast to Europe (ACE), dont il dépend essentiellement pour les services à haut débit. Les pannes récurrentes sur cette infrastructure entraînent régulièrement des perturbations de l’accès à Internet.
Dans cette optique, la Guinée s’est engagée dans le projet de câble sous-marin Amílcar Cabral, une initiative régionale visant à renforcer la connectivité en Afrique de l’Ouest. Ce projet doit permettre de relier plusieurs pays de la sous-région à de nouvelles routes internationales, tout en offrant une alternative au câble ACE.
Parallèlement, le gouvernement guinéen participe au programme West Africa Regional Digital Integration Program (WARDIP), soutenu par la Banque mondiale, qui vise à accélérer l’intégration numérique régionale. Au-delà des infrastructures, ce programme appuie le développement d’un environnement favorable à l’économie numérique, notamment à travers le renforcement du cadre réglementaire, l’amélioration de la connectivité et la promotion de l’accès aux services numériques.
Potentiels et défis
Les câbles sous-marins permettent d’augmenter significativement la bande passante afin de répondre à la demande croissante en connectivité à haut débit. Cela garantit par la même occasion la résilience des réseaux grâce à la diversification des routes internationales.
Cette montée en capacité est également associée à une baisse des coûts de la connectivité Internet. Dans un rapport publié en juin 2025, la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI) indique qu’un doublement de la capacité internationale peut entraîner une baisse immédiate d’environ 32 % du prix du haut débit fixe et jusqu’à 50 % pour le haut débit mobile.
La Banque mondiale corrobore cette tendance. Dans une étude publiée en juillet 2024, elle estime que chaque doublement de la capacité des câbles sous-marins en Afrique induit en moyenne une baisse de 7 % du prix du haut débit fixe et de 13 % pour le haut débit mobile.
Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), en 2025, le coût de 5 Go de données mobiles en Guinée représente environ 5,16 % du revenu national brut (RNB) par habitant, contre 4,46 % pour l’Internet fixe. Ces niveaux restent largement supérieurs au seuil d’abordabilité de 2 % recommandé par l’organisation. À titre de comparaison, le coût de 5 Go de data mobile s’élève en moyenne à 5,32 % du RNB par habitant en Afrique, contre 1,38 % dans le monde. Pour l’Internet fixe, les ratios atteignent 15,1 % en Afrique, contre 2,53 % à l’échelle mondiale.
L’atterrissement de nouveaux câbles sous-marins est aussi associé à des effets positifs sur l’adoption des services numériques. Selon l’UIT, le taux de pénétration d’Internet en Guinée était de 33,3 % en 2024.
Il convient toutefois de rappeler que l’atterrissement d’un câble sur les côtes ne garantit pas, à lui seul, ces bénéfices. Le déploiement d’un backbone national robuste et étendu reste indispensable pour acheminer la capacité Internet à travers l’ensemble du territoire, y compris dans les zones rurales.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 28 avril 2026)
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