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Accueil > Ressources > Points de vue > 2014 > La guerre préventive d’El Hadj Ndiaye !

La guerre préventive d’El Hadj Ndiaye !

lundi 27 janvier 2014

Point de vue

La sortie de El Hadj Ndiaye menaçant de fermer ou de délocaliser la 2STV parce que des coréens auraient foulé notre sol et depuis l’hôtel Téranga où ils sont embusqués, s’apprêteraient à mettre main basse sur le marché gigantesque d’opérateur d’infrastructures dans le cadre du passage au numérique, n’était pas seulement désolante, sauf tout le respect au doyen, c’était à se tordre de rire ! Ces mots du doyen sont en réalité une alarme qu’il a actionnée de manière fort stratégique pour rappeler à tout ce petit monde comme il dit, le comité chargé du passage au numérique faut comprendre, qu’il les a tous à l’œil et que le forfait qu’ils se préparent à commettre en octroyant ce marché à des étrangers ne passera pas comme une lettre à la poste. Au passage, ils furent déshabillés pour l’été, leurs diplômes et capacités intellectuelles raillés et leurs arrières pensées sournoises et petites combines révélées. Et qu’ils seraient peut-être, actionnaires cachés de la société d’infrastructures à venir ! Waouh ! Nous ne sommes pas loin de la diffamation mais bon le doyen c’est le cadet de ses soucis ces précautions de langage, il n’a pas l’intention de se laisser faire ! Car ce qui est en jeu c’est de gros sous, en amont, en aval, sur toute la ligne et à vie ! Tant que les gens regarderont la télévision ou se connecteront sur Internet la source ne peut tarir ! Ca vaut bien un bon coup de gueule, une guerre préventive afin d’éviter la guerre totale qu’il est prêt à mener s’il doit se faire dépouiller par ce petit monde !

De quoi s’agit-il exactement ?

L’Union Internationale des Télécoms ‘IUT’, l’organisme des Nations Unies dans le domaine des télécommunications demande à tous les pays de quitter l’analogique, le hertzien donc, pour passer au numérique qui est une ressource intarissable car immatérielle ! Et ce avant juin 2015. La date initiale était en 2014 mais puisque beaucoup de pays n’y arrivaient pas, l’organisme a été magnanime et a rallongé les délais du passage au numérique.

Situation actuelle

Aujourd’hui nos télévisions diffusent en mode analogique, donc hertzien. De chez soi, avec une simple télécommande, on a accès aux chaines du pays. Lorsque l’on veut avoir d’autres chaines, étrangères et à foison, il faut un décodeur ou une télévision numérique. Pour voir Canal+, Delta, RDV ou Orange, il faut un décodeur. Pour avoir les chaines sénégalaises pas besoin de décodeur. Il arrive que ces mêmes chaines sénégalaises soient dans des bouquets numériques, raison pour laquelle on les retrouve sur le réseau analogique donc hertzien et qu’on les voit aussi à partir des décodeurs. Mais vous le remarquez bien, l’image est plus nette lorsque l’on passe par le numérique, le décodeur donc.

Lorsque nous allons passer au numérique, les fréquences que nous utilisons nous télévisions actuelles, nous allons les perdre. L’Etat va nous les reprendre et l’espace libéré servira à autre chose. Car il y aura beaucoup d’espace. Chaque canal analogique ou hertzien (uhf) peut abriter jusqu’à 7 ou 8 télévisons. On y reviendra !

Pour passer au numérique, il faut de nouvelles infrastructures, des émetteurs haute définition ’HD’. Aujourd’hui nous diffusons en simple définition ‘SD’. Un nouvel opérateur sera chargé de mettre en place les infrastructures numériques à travers tout le pays et héberger toutes nos chaines, ce qu’on appelle le mutiplexage. Mais l’opérateur devra faire les investissements lui-même.

Il gagnera sa vie comment cet opérateur d’infrastructures ?

Il va investir des dizaines de milliards pour installer partout dans le pays ces infrastructures afin que tout le monde ait accès à la télévision numérique. Vous vous souvenez que Babacar Diagne fut accusé à l’époque de fricoter avec les chinois et que pour 60 milliards de cfa il avait l’intention de nous vendre aux chinois ! C’est pour vous dire, c’est un investissement sérieux !

Aujourd’hui, toutes les chaines et radios ne sont pas accessibles partout dans le pays parce que pour ce faire, il faut investir dans des émetteurs pour quadriller partout, un émetteur pouvant avoir une portée de 70 kms. Donc les damnés au bout du pays, ne sont pas forcément une cible intéressante et les opérateurs privés n’ont pas forcément les moyens de couvrir ces zones grises même si certains comme 2STV et RDV s’y sont attelés !

L’opérateur d’infrastructures qui va arriver aura la mission d’installer partout des émetteurs et donc tout le territoire sera sorti de l’isolement.

Mais tout a un prix ! Et vous allez comprendre la guerre préventive du doyen El Hadj Ndiaye !! ! En passant au numérique, nous aurons besoin de millions de décodeurs et de payer un abonnement comme sur Orange ou Canal + ou RDV ou Delta ! C’est la multiplication qui fait le chiffre ! Imaginez acheter un décodeur à 10 000 frs par exemple et tous les mois payer un abonnement de 5000 ou 10 000 fcfa. L’Etat pourrait décider de subventionner les décodeurs, de les offrir et de fixer lui-même le montant de l’abonnement. Suivez un peu, 1 million de sénégalais qui paient 10 000 fcfa par mois c’est 10 milliards cfa par mois et 120 milliards l’an. Si c’est 2 millions de foyers qui s’abonnent multiplier ce chiffre par 2. Si le prix de l’abonnement est moindre, vous connaissez la formule désormais !

Donc la manne est énorme, permanente et intarissable !

Revenons au doyen ! Il a investi depuis des années sur un grand nombre d’émetteurs, fait du service public comme il le dit et à l’heure du passage au numérique, il se retrouve avec rien. Ne disons pas rien puisque l’Etat pourrait exiger de l’opérateur d’infrastructures choisi de racheter ses émetteurs. Mais cela pourrait ne pas suffire car il va se retrouver comme simple éditeur de contenus et comme lot de consolation avoir accès à tous les marchés mondiaux pour les vendre. Imaginez le tabac que feraient notre mbalakh et notre lutte à l’international ! Bref ce n’est pas drôle, c’est juste une moquerie ! Lui dit-on surtout, il économiserait les millions qu’il dépense mensuellement en frais de satellite puisque désormais c’est l’opérateur d’infrastructures qui aura en charge ces frais de transport vers le satellite.

Sa position, somme toute défendable est celle de tous les acteurs de la télévision au Sénégal. Qu’ils parlent ou qu’ils observent !

L’Etat compte aider les télévisions, supposons-le, avec les dividendes numériques. De quoi s’agit-il ? Au début de mon propos, je vous disais que les télévisions allaient libérer de l’espace hertzien. Hé bien celui-ci pourrait être vendu aux opérateurs de téléphonie qui en ont tant besoin pour leurs 3G, 4G ou 5G, ainsi de suite… C’est des sommes faramineuses que l’Etat pourrait récolter en revendant cet espace libéré à de nouveaux opérateurs de téléphonie ou à ceux qui opèrent déjà au Sénégal. Mieux, il pourrait reprendre tout son espace et le louer aux opérateurs actuels ou futurs.

Si l’Etat reste soucieux de l’intérêt général, il n’a qu’une seule option sur la table, c’est de devenir lui-même l’opérateur d’infrastructures. Car dans cette affaire, il s’agit de ne pas laisser cette ressource nationale à des opérateurs étrangers ni de dépouiller ceux qui ont investi dans la télévision leur propre argent en tant que privés. A côté de l’Etat il pourrait y avoir des investisseurs privés sénégalais. Qui n’est pas prêt à s’endetter de milliards auprès de partenaires étrangers pour entrer dans le capital de cette société d’infrastructures ? Ces derniers ne seraient pas difficiles à convaincre car l’opération est juteuse et sans risque !

Mais, plus sérieusement, ce n’est plus une affaire financière, c’est devenu une affaire d’Etat hautement sensible et stratégique. Et il faudra beaucoup de rigueur morale et de diplomatie pour la mener à bien ! La mutation de Abou Abel Thiam à l’ARTP a peut-être quelque chose à voir.

N’empêche la guerre des télévisions aura bien lieu si chaque télé n’a pas son ‘’gnamou beut’’ dans cette affaire ou si c’est le partage de bouki ! Et par ailleurs une transparence cristal sur les privés qui pourraient accéder au capital sera requise afin de s’assurer qu’ils ne sont pas des mules ! Qui connaît tous les actionnaires privés de la Sonatel ?

Voilà l’Etat devant ses responsabilités car aucun patron de télévision aujourd’hui n’est prêt à laisser son collègue devenir l’opérateur d’infrastructures ; il y aurait conflit d’intérêt et surtout en un seul mois ce dernier deviendrait multimilliardaire et pourrait écraser les autres !

Néanmoins, pour rappel, une fréquence de télévision est un bien public, qui appartient au peuple, dès lors les exploitants n’en ont que l’usufruit… mais justement l’usufruit protège des appétits des prédateurs et l’usufruit reste un droit qui empêche de se retrouver dehors et à poil.

Entre la nécessité pour l’Etat de se réapproprier le secteur qui est une ressource nationale, beaucoup plus pérenne que le pétrole et le respect dû aux acteurs qui y gravitent et s’y ruinent, la tâche risque de ne pas être simple. La salve du doyen doit être lue sous cet angle.

Oumou Wane, Présidente Africa 7

(Source : Seneweb, 27 janvier 2014)

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