La GSMA lance une initiative pour développer l’IA en langues africaines
mardi 28 juillet 2026
Avec l’avènement de l’IA générative, plusieurs pays africains investissent dans le développement de grands modèles de langage intégrant leurs langues nationales et locales. La GSMA propose une initiative panafricaine pour mutualiser ces efforts.
L’Association mondiale des opérateurs mobiles (GSMA) a annoncé le lancement d’Africa Umoja AI (également désignée Atlas Umoja AI), une initiative panafricaine destinée à renforcer la coopération sur l’intelligence artificielle en langues africaines. L’annonce a été faite en marge de la Conférence des plénipotentiaires de l’Union africaine des télécommunications (CPL-2026), à Abuja, au Nigeria.
Les ministères chargés du numérique du Nigeria, du Togo, du Kenya, de la Namibie et du Bénin, ainsi que les entreprises technologiques Awarri, Zindi, Pawa AI et Mozisha, se sont joints à l’initiative. Le projet vise à réunir gouvernements, industriels et chercheurs pour partager leur expertise, leurs jeux de données et leurs bonnes pratiques, dans l’objectif de développer une IA adaptée aux langues, aux cultures et aux priorités de développement du continent.
Des langues encore largement sous-représentées dans la recherche en IA
Le continent compte plus de 2 000 langues, soit près d’un tiers des langues parlées dans le monde. Une large majorité d’entre elles restent aujourd’hui fortement sous-représentées, voire totalement absentes, des travaux de recherche en linguistique computationnelle. C’est cet écart que l’initiative de la GSMA veut combler, en s’appuyant sur le précédent nigérian N-ATLAS comme première brique du projet.
N-ATLAS (Nigerian Atlas for Languages & AI at Scale) a été lancé le 20 septembre 2025 en marge de la 80ᵉ Assemblée générale des Nations unies. Le projet est porté par la start-up locale Awarri, en partenariat avec l’Agence nationale pour le développement des technologies de l’information (NITDA) et le Centre national pour l’intelligence artificielle et la robotique (NCAIR), sous l’égide du ministère nigérian de la Communication, de l’Innovation et de l’Économie numérique.
Le modèle, un grand modèle de langage open source construit sur l’architecture Llama 3 8B de Meta et affiné avec plus de 400 millions de tokens de données d’instruction multilingues, prend en charge le yoruba, le haoussa, l’igbo et l’anglais nigérian, avec des capacités de reconnaissance et de transcription vocales. Il reste toutefois, à ce stade, un outil technique destiné aux développeurs et aux chercheurs, sans application grand public déployée.
Une initiative qui s’inscrit dans un mouvement déjà engagé
Umoja AI n’est pas la première tentative panafricaine dans ce domaine. Une communauté de recherche panafricaine, Masakhane, travaille sur ces questions depuis 2019. Elle fédère aujourd’hui des chercheurs et développeurs dans plus de 30 pays et a produit en cinq ans plus de 60 modèles de traduction open source pour des langues comme l’igbo, le zoulou, le haoussa ou le twi, avec des moyens généralement plus limités que ceux mobilisés par les grandes entreprises technologiques.
Mozilla Common Voice, de son côté, a permis de collecter plus de 5 000 heures de voix en haoussa, luganda, kiswahili ou twi en 2024, avec une projection à 12 000 heures d’ici 2027. Umoja AI s’inscrit donc dans un mouvement déjà engagé depuis plusieurs années, avec cette fois le soutien d’un acteur industriel du secteur des télécoms et de plusieurs gouvernements.
Des initiatives nationales émergent également
Au-delà du Nigeria, la Tanzanie développe depuis avril 2026 un modèle de langage basé sur le kiswahili, annoncé par la ministre de la Communication et des Technologies de l’information, Angellah Kairuki, et porté par la Commission tanzanienne des technologies de l’information et de la communication (ICTC). Cette langue est parlée par plus de 100 millions de personnes en Afrique de l’Est et dans la région des Grands Lacs.
Des initiatives sont également en cours en Afrique du Sud et au Kenya, où plus de 9 000 heures de discours local ont déjà été enregistrées par des chercheurs pour élargir l’accès à l’IA en langues africaines, sans que les détails de ces programmes nationaux soient, à ce stade, documentés avec le même niveau de précision que ceux du Nigeria ou de la Tanzanie.
(Source : WeAreTechAfrica, 28 juillet 2026)
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