La Gambie privatise son opérateur de téléphonie mobile public en difficulté
lundi 13 juillet 2026
Longtemps au cœur du développement des télécommunications en Afrique, plusieurs opérateurs publics ont vu leur position s’éroder. Les gouvernements explorent désormais de nouvelles stratégies pour les repositionner dans un contexte de forte demande en connectivité.
La Gambie a engagé la privatisation de son opérateur public de téléphonie mobile, GAMCEL. Sa maison mère, GAMTEL, a signé un accord la semaine dernière avec l’opérateur privé YCELL, qui prendra une participation de 80 % dans l’entreprise pour financer la modernisation du réseau et relancer ses activités.
Un vaste programme de modernisation en vue
Au-delà de cette prise de participation, YCELL apportera des ressources financières et une expertise technique pour moderniser les infrastructures réseau de GAMCEL et transformer ses activités. YCELL s’est engagé à investir 6,1 milliards de dalasis gambiens (environ 83 millions de dollars) dans un vaste programme de modernisation des infrastructures et du réseau.
Ce programme prévoit notamment le déploiement à l’échelle nationale de réseaux d’accès radio 4G/LTE et 5G, la modernisation du cœur de réseau, ainsi que la mise en place de systèmes de nouvelle génération pour les opérations et le support (OSS/BSS), la gestion de la relation client (CRM) et la facturation convergente.
YCELL prévoit également la construction et la mise en service d’un nouveau siège social pour GAMCEL, le déploiement de solutions d’alimentation hybrides sur les sites télécoms, ainsi que l’installation de systèmes intégrés d’assurance des revenus et de lutte contre la fraude.
Le programme inclut aussi des actions de renforcement des capacités, des initiatives de marque et de marketing visant à améliorer la compétitivité de GAMCEL et à accroître sa présence sur le marché national. Un expert indépendant sera par ailleurs chargé d’élaborer un rapport détaillé sur la conception du réseau et les composantes techniques afin d’accompagner la mise en œuvre du plan de modernisation.
Des difficultés opérationnelles et financières persistantes
Cette initiative intervient alors que GAMCEL et sa maison mère, l’opérateur historique GAMTEL, sont confrontés à des difficultés qui ont affecté leur position sur le marché gambien des télécommunications. Ces défis ont été soulignés dans un audit mené par la National Audit Office of The Gambia, dont les conclusions ont été publiées en avril 2024.
L’étude indique que GAMTEL n’a pas suffisamment suivi la croissance de la demande en services de fibre optique dans plusieurs régions, en raison de limites liées aux infrastructures et aux équipements de connectivité, réduisant ainsi son potentiel de revenus.
L’opérateur a également enregistré des insuffisances dans la gestion de la qualité de service. L’absence d’un système standardisé de rétablissement des services en cas de panne a retardé la prise en charge des incidents signalés par les clients, contribuant au départ de certains abonnés vers d’autres fournisseurs. L’audit relève aussi des faiblesses dans le cadre administratif de l’entreprise et l’absence de procédures nécessaires à une gestion efficace de ses activités.
Sur le plan financier, GAMTEL a souffert d’une gestion insuffisante de ses créances, notamment auprès des institutions publiques, des entreprises privées et des particuliers. L’absence de mesures en cas d’impayés a favorisé l’accumulation des dettes. En février 2023, l’opérateur détenait 197 millions de dalasis de créances impayées auprès d’institutions publiques et d’entreprises d’État pour des services de télécommunications fournis entre 2015 et 2020.
Une transformation encore à concrétiser
Reste toutefois à savoir si le processus de privatisation aboutira pleinement et si les investissements annoncés seront effectivement réalisés. La question se pose notamment de savoir si les moyens mobilisés permettront de répondre aux difficultés structurelles qui affectent GAMCEL et GAMTEL depuis plusieurs années.
L’autre interrogation porte sur la capacité de l’opérateur à convertir ces investissements en améliorations concrètes pour les utilisateurs, notamment en matière de qualité de service, de couverture réseau et d’expérience client.
Selon les dernières statistiques disponibles de l’Autorité de régulation des services publics (PURA), qui remontent à 2020, GAMCEL détenait environ 5 % du marché mobile gambien. Ses concurrents Africell, QCell et Comium représentaient respectivement près de 63 %, 28 % et 5 % du parc national d’abonnés. Dans des données plus récentes, Africell revendique une part de marché d’environ 50 %. Reste donc à voir si la modernisation annoncée permettra à GAMCEL de renforcer durablement sa position face aux acteurs déjà établis.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 13 juillet 2026)
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