La fibre à domicile, nouvel axe de l’inclusion numérique au Nigeria
jeudi 2 juillet 2026
Avec 154,7 millions d’abonnés à Internet en avril 2026 selon les données officielles, le pays ouest‑africain demeure le plus grand marché des télécommunications du continent. Toutefois, au sein de cet ensemble, l’Internet fixe continue d’occuper une place marginale.
Au Nigeria, les autorités veulent accélérer le déploiement de l’Internet par fibre jusqu’au domicile (FTTH), encore peu développé dans le pays. Face à la demande croissante de connectivité, elles entendent faire de cette technologie un nouveau levier d’inclusion numérique.
Cette ambition a été réaffirmée par Aminu Maida, vice‑président exécutif de la Nigerian Communications Commission (NCC), le mardi 30 juin. Il s’exprimait lors du Forum industriel de haut niveau de l’Association des entreprises de télécommunications du Nigeria (ATCON) consacré à la FTTH.
« Le haut débit fixe reste sous‑développé, avec environ 265 000 abonnements FTTH seulement, ce qui représente d’importantes opportunités d’expansion et de croissance économique », a‑t‑il déclaré selon Nairametrics.
La réponse à une demande croissante
Aminu Maida estime qu’une expansion plus rapide du haut débit est essentielle pour permettre au Nigeria d’atteindre son ambition de devenir une économie de 1 000 milliards de dollars. Il a souligné que la connectivité à Internet est désormais indispensable dans des secteurs tels que l’éducation, la santé, le commerce, la gouvernance, les services financiers et l’innovation.
À domicile par exemple, les usages numériques deviennent de plus en plus gourmands en bande passante. Le télétravail, l’enseignement à distance, les visioconférences, le streaming vidéo en haute définition, les jeux en ligne, le stockage dans le cloud et la multiplication des appareils connectés au sein des foyers augmentent simultanément les besoins en connectivité.
Le concept de FTTH est également associé à la desserte des entreprises, dont les besoins en connectivité ne cessent de croître. L’adoption du cloud, des applications métier en ligne, de l’intelligence artificielle, de l’analyse de données ou encore des outils de collaboration exige des connexions à très haut débit, stables et à faible latence.
Dans ce contexte, la fibre apparaît comme une infrastructure plus adaptée que les technologies d’accès traditionnelles. Grâce à ses débits élevés, sa faible latence et sa capacité à transporter de grands volumes de données, elle offre une connexion plus stable et plus performante.
Les obstacles à l’accélération du très haut débit fixe
Cette sortie de la NCC intervient alors que les principaux opérateurs télécoms nigérians, notamment MTN et Airtel, accélèrent déjà leurs investissements dans les réseaux de fibre optique. Si cette dynamique traduit un intérêt croissant pour le très haut débit fixe, plusieurs obstacles continuent de freiner l’extension de ces infrastructures à grande échelle.
Le premier concerne le coût de déploiement, fortement influencé par les frais de droits de passage exigés pour l’installation des câbles. Bien que le gouvernement fédéral ait fixé un tarif harmonisé de 145 nairas (0,11 USD) par mètre linéaire et encourage les États à supprimer ces frais, son application reste inégale. À ce jour, seulement une quinzaine des 36 États nigérians ont renoncé à les percevoir. Selon la GSMA, le non‑respect de ce tarif harmonisé par plusieurs États continue d’alourdir les coûts de déploiement, avec des surcoûts pouvant atteindre 70 %.
Un autre défi majeur réside dans le vandalisme des infrastructures de fibre optique. Les coupures de câbles, qu’elles soient dues à des actes de sabotage, de vol ou à des travaux de génie civil, entraînent des interruptions de service, augmentent les coûts de maintenance et ralentissent le retour sur investissement des opérateurs. Malgré l’adoption en 2024 d’un décret classant les infrastructures de télécommunications parmi les infrastructures nationales critiques, leur protection effective demeure centrale pour soutenir l’expansion des réseaux de fibre optique au Nigeria.
Au‑delà de ces facteurs, la question du coût constitue également un enjeu central. Selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), les dépenses liées à un forfait mensuel de 5 Go d’Internet fixe représentent environ 15 % du revenu national brut (RNB) par habitant au Nigeria. Si ce niveau se rapproche de la moyenne observée en Afrique, il reste toutefois largement supérieur au seuil de 2 % fixé par les standards internationaux pour considérer un service comme abordable.
Il convient également de prendre en compte la concurrence des technologies alternatives à la fibre optique. Parmi elles, l’Internet par satellite connaît un essor notable, en raison de sa capacité à offrir une couverture quasi universelle, y compris dans les zones difficiles d’accès pour les réseaux terrestres. L’un des principaux acteurs sur le marché nigérian est Starlink, qui a lancé ses activités commerciales fin janvier 2023. À fin décembre 2025, il comptait environ 92 000 abonnés, loin derrière le leader du marché, Spectranet, qui en enregistrait 108 525, selon les statistiques officielles.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 2 juillet 2026)
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