La BERD mobilise 308 millions $ pour développer les télécommunications en Afrique subsaharienne
vendredi 10 juillet 2026
Face à la croissance des usages numériques en Afrique, les investissements dans les réseaux 4G, 5G et la fibre optique deviennent indispensables. L’opération de la BERD, la première de ce type en Afrique subsaharienne, vise à accélérer le déploiement des infrastructures numériques au Sénégal et au Kenya.
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a annoncé, jeudi 9 juillet, un financement pouvant atteindre 270 millions d’euros (308,7 millions $) en faveur de Yas, un opérateur panafricain de télécommunications détenu par le groupe AXIAN Telecom.
L’opération doit permettre d’accélérer les investissements de l’entreprise dans les réseaux mobiles et les infrastructures de fibre optique au Sénégal et au Kenya. Selon le communiqué de la BERD, l’enveloppe comprend un premier financement ferme de 170 millions d’euros destiné au programme d’investissements de Yas dans ces deux pays.
Au Sénégal, les ressources serviront à étendre les réseaux mobiles 4G et 5G, à renforcer les infrastructures existantes et à accélérer le déploiement de la fibre optique. Au Kenya, elles financeront notamment la modernisation du réseau de fibre optique à la suite du rachat de l’opérateur Wananchi en 2025.
La BERD prévoit également une facilité supplémentaire de 100 millions d’euros, mobilisable pour de futures acquisitions et de nouveaux investissements dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne où elle intervient.
« Cet investissement devrait renforcer la concurrence dans le secteur des télécommunications au Sénégal et au Kenya en soutenant la croissance des principaux opérateurs locaux et en améliorant l’accès à des services numériques fiables et abordables », souligne la banque.
Cette transaction marque plusieurs premières pour la banque : il s’agit de son premier investissement au Sénégal, de sa première opération en monnaie locale en Afrique subsaharienne et de son premier prêt structuré selon un mécanisme A/B dans la région, destiné à attirer des investisseurs institutionnels aux côtés de l’institution.
Deux marchés portés par une forte demande en connectivité
L’investissement intervient alors que le Sénégal et le Kenya intensifient leurs stratégies de transformation numérique et cherchent à accélérer la couverture en haut débit.
À Dakar, le gouvernement mise sur le « New Deal Technologique » pour faire du numérique un moteur de croissance d’ici 2034. Dotée d’un budget de 1105 milliards FCFA (1,9 milliard $), cette stratégie vise notamment à porter la contribution du numérique à 15 % du PIB. Le défi reste toutefois important : le pays compte encore environ 540 zones blanches, plus de 700 localités desservies uniquement par la 2G et près de sept millions de personnes affectées par la fracture numérique.
Le Kenya présente un profil différent. Il est considéré comme l’un des marchés numériques les plus avancés d’Afrique grâce au développement du mobile money et des services numériques. Grâce à son programme « Digital Superhighway », estimé à près de 600 millions de dollars, il prévoit notamment le déploiement de plus de 100 000 kilomètres de fibre optique, la création de 25 000 points d’accès Wi-Fi publics et l’accélération de la numérisation des services publics.
Un financement qui illustre les nouveaux besoins du secteur
Au-delà des deux marchés concernés, cette opération illustre l’évolution des besoins de financement des opérateurs télécoms africains. Face à la croissance des usages numériques, de la consommation de données et des services financiers mobiles, les investissements dans les réseaux 4G, 5G et la fibre optique deviennent indispensables, mais nécessitent des financements de long terme souvent difficiles à mobiliser sur les marchés locaux.
Pour Yas, ce financement constitue le plus important jamais obtenu par le groupe. « Près d’une personne sur dix en Afrique vit encore hors de la couverture des réseaux mobiles. Combler ce fossé est essentiel à la croissance de Yas et se trouve au cœur de cet accord », a indiqué son directeur général, Hassan Jaber.
Yas est présent sur onze marchés en Afrique et dans l’océan Indien. Le groupe développe ses activités dans les services mobiles et fixes, les infrastructures numériques, notamment les tours télécoms, les réseaux de fibre optique et les centres de données, ainsi que dans les services financiers numériques, un segment dont la croissance soutient de plus en plus les investissements des opérateurs africains.
Charlène N’dimon
(Source : Agence Ecofin, 10 juillet 2026)
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