L’UNICEF alerte sur les dangers de l’utilisation croissante de l’IA par les enfants
vendredi 3 juillet 2026
Alors que l’intelligence artificielle devient un nouvel outil d’apprentissage et d’accompagnement pour des millions d’enfants, l’UNICEF estime que les règles destinées à protéger les mineurs n’évoluent pas au même rythme. L’organisation appelle à placer les droits de l’enfant au centre de la gouvernance mondiale de l’IA.
L’intelligence artificielle s’impose rapidement dans le quotidien des enfants, mais les dispositifs de protection peinent à suivre cette évolution. Dans une étude publiée le mardi 30 juin, l’UNICEF estime qu’au moins 20 millions d’enfants utilisent déjà des outils d’IA, un rythme d’adoption trois fois plus rapide que celui des adultes. Face à cette accélération, l’agence onusienne appelle les gouvernements et les entreprises technologiques à placer les droits des enfants au cœur de la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle.
L’étude montre que l’IA dépasse désormais le simple statut d’outil expérimental pour devenir un véritable compagnon du quotidien. Environ 13 millions d’enfants déclarent y avoir recours pour apprendre ou réaliser leurs devoirs, tandis que plus de 2 millions, soit un enfant sur dix parmi les jeunes interrogés, sollicitent ces outils pour obtenir des conseils lorsqu’ils traversent des difficultés personnelles. Pour l’UNICEF, cette évolution traduit un changement profond des usages numériques, où les agents conversationnels s’imposent progressivement comme des interlocuteurs capables d’expliquer, d’assister et parfois même d’apporter un soutien émotionnel.
Si cette technologie ouvre de nouvelles perspectives en matière d’apprentissage et d’accès à l’information, ses effets sur le développement des enfants restent encore largement méconnus. L’agence estime que les recherches scientifiques sur l’impact de l’IA sur les capacités cognitives, les relations sociales, la dépendance émotionnelle ou l’exposition à certains risques n’en sont qu’à leurs débuts. Elle considère ainsi « qu’une génération entière grandit dans le cadre d’une expérimentation à grande échelle », alors que les systèmes d’IA ne prennent pas toujours en compte les besoins spécifiques des mineurs.
Les enfants eux‑mêmes identifient déjà les principaux risques. Dans les dix pays couverts par l’étude, un tiers des répondants redoutent que l’intelligence artificielle favorise les escroqueries ou la diffusion de fausses informations, tandis qu’un quart craignent que leurs photos ou leurs vidéos soient détournées pour créer des contenus sexuels truqués (deepfakes). L’UNICEF souligne également que les jeunes utilisateurs disposent de peu de moyens pour comprendre le fonctionnement des algorithmes, les modèles économiques des plateformes ou encore l’exploitation de leurs données personnelles, les rendant particulièrement vulnérables.
Ces préoccupations concernent également l’Afrique, où plusieurs pays accélèrent l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’éducation, les services publics ou la santé. Le Rwanda, le Sénégal, le Maroc, le Nigeria ou encore l’Égypte multiplient les stratégies nationales et les investissements dans cette technologie. Pour l’UNICEF, cette dynamique devra impérativement s’accompagner de politiques publiques garantissant la sécurité des enfants, le développement de leurs compétences numériques et un accès équitable à des systèmes d’IA fiables et transparents, afin d’éviter qu’une nouvelle fracture numérique ne s’installe sur le continent.
À quelques jours du premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, prévu les 6 et 7 juillet 2026 à Genève, l’agence appelle les États, les entreprises technologiques et les organisations internationales à renforcer les recherches sur les effets de l’IA, à durcir les législations contre les violences facilitées par ces technologies et à imposer des normes élevées de sécurité et de transparence dès la conception des systèmes. Elle plaide également pour des investissements dans l’éducation numérique et les infrastructures afin que les bénéfices de l’intelligence artificielle puissent être accessibles à tous les enfants, sans compromettre leur sécurité ni leurs droits.
Samira Njoya
(Source : Agence Ecofin, 3 juillet 2026)
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