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Accueil > Ressources > Points de vue > 2026 > L’inquiétante arrivée de Starlink au Sénégal : Souveraineté et Sécurité en jeu

L’inquiétante arrivée de Starlink au Sénégal : Souveraineté et Sécurité en jeu

jeudi 5 février 2026

Point de vue

L’histoire récente de l’Iran, où des manifestations massives ont été amplifiées par des acteurs équipés de terminaux Starlink pour contourner les restrictions internet et tenter de déstabiliser le gouvernement, m’inquiète profondément quant à l’arrivée de cette entreprise au Sénégal.

Bien sûr, il est indispensable de rendre l’internet haut débit accessible au plus grand nombre. Starlink pourrait favoriser une concurrence saine entre opérateurs, améliorer la qualité de service et, à moyen terme, contribuer à une baisse des coûts.

Mais avons-nous vraiment examiné le revers de la médaille ?

Starlink opérerait en dehors du contrôle effectif des agences de régulation nationales et, surtout, de nos services de sécurité. Or, dans une région sahélienne en lutte contre le terrorisme et contre la prédation néocoloniale de nos ressources, la maîtrise de l’information et des flux de communication est essentielle pour garantir notre sécurité nationale.

Les prix pratiqués par Starlink au Sénégal confirment un positionnement élitiste : le kit standard est facturé 146 000 FCFA, le kit mini 117 000 FCFA (environ 180–220 USD), avec des abonnements mensuels de 22 000 FCFA (plan Lite) à 30 000 FCFA (plan Résidentiel), soit bien au-dessus des forfaits mobiles ou fibre locaux (souvent 11 000 à 18 000 FCFA, soit 20–35 USD/mois). Compte tenu du pouvoir d’achat limité de la majorité des Sénégalais, le chiffre d’affaires généré pour le pays restera marginal.

À titre d’exemple, malgré deux ans de présence au Nigeria, Starlink n’y compte qu’environ 60 000 abonnés ; au Kenya environ 20 000 ; au Rwanda autour de 10 000. Le total cumulé en Afrique reste relativement faible (quelques centaines de milliers d’abonnés sur tout le continent), comparé aux millions d’utilisateurs dans les marchés occidentaux et asiatiques. Pourquoi alors s’implanter dans des pays à faible pouvoir d’achat et à marché étroit, où les gains financiers directs sont accessoires ?

Quels objectifs sous-jacents motivent cette stratégie d’expansion dans des zones conflictuelles ou à proximité de régions riches en ressources stratégiques, où les tensions et les luttes pour le contrôle de ces ressources sont permanentes ?

Imaginons que des acteurs hostiles cherchent à déstabiliser le Sénégal ou ses voisins : quels moyens concrets aurions-nous pour empêcher une utilisation subversive de Starlink par des éléments internes ou des puissances étrangères ?

L’Iran a pu contrer partiellement ces risques grâce à une coopération technologique étroite avec la Russie et la Chine, qui lui a permis de développer des capacités de brouillage et de contrôle. Le Sénégal et ses partenaires régionaux disposent-ils de tels outils ?

Dans un contexte de guerre contre le terrorisme et de prédation étrangère sur nos ressources, nous ne pouvons tolérer une brèche permanente dans notre architecture de sécurité et d’information. Perdre la maîtrise des flux numériques reviendrait à compromettre notre liberté et, in fine, notre souveraineté.

Il est urgent de réfléchir à des mécanismes efficaces de régulation, de contrôle et, si nécessaire, de restriction sur les technologies introduites sur notre sol. Sans cela, nous risquons de nous retrouver dans une position de vulnérabilité extrême, comme l’ont dénoncé certains dirigeants en qualifiant certains États africains de « pays oubliés » ou sous domination.

Cette réflexion n’est pas un rejet du progrès technologique, mais une exigence de souveraineté. L’accès à internet haut débit doit se faire selon nos règles, pour notre peuple et pour notre sécurité.

Patrice Serge Sylva

(Source : Groupe WhatsApp du RASA, 5 février 2026)

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