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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Août 2026 > L’IA monte en puissance dans les cybercrimes en Afrique, INTERPOL alerte

L’IA monte en puissance dans les cybercrimes en Afrique, INTERPOL alerte

mardi 4 août 2026

Cybersécurité/Cybercriminalité

De Nairobi à Lagos, une nouvelle génération d’escrocs n’a plus besoin d’expertise technique pour sévir. Il lui suffit d’un accès à des outils d’IA grand public. Un basculement qui rebat les cartes pour des services de police africains encore largement sous-équipés et sous-formés pour affronter la cybercriminalité d’hier.

L’intelligence artificielle n’est plus un simple outil d’appoint pour les cybercriminels actifs en Afrique. Elle est devenue, en 2025, le principal moteur de leurs opérations. C’est le constat central du dernier « Rapport d’évaluation de la cybermenace africaine 2026 » publié en juin par INTERPOL, qui a interrogé les services de police de 36 pays du continent.

Plus d’un cas sur deux

Selon l’enquête menée par l’organisation internationale de police criminelle auprès de ses pays membres, 55 % des affaires de cybercriminalité recensées en 2025 impliquaient l’IA sous une forme ou une autre, 47 % de manière occasionnelle et 8 % de façon fréquente. Un basculement que le rapport qualifie de « transition » d’une intelligence artificielle jusque-là cantonnée à un rôle de support, vers celui de véritable colonne vertébrale opérationnelle du crime numérique en Afrique.

Concrètement, les outils d’IA générative, autrefois réservés aux chercheurs et aux développeurs, sont désormais accessibles, standardisés et détournés par des acteurs disposant de compétences techniques minimales. Ils permettent d’automatiser l’ensemble du cycle d’une attaque : reconnaissance des cibles, hameçonnage personnalisé, extorsion, puis évasion face aux systèmes de détection.

Deepfakes, hypertrucages et rançongiciels « autonomes »

La manifestation la plus visible de cette bascule reste la multiplication des deepfakes. Entre le deuxième et le quatrième trimestre 2024, les incidents impliquant des contenus hypertruqués ont été multipliés par 7 sur le continent. En Ouganda, une vidéo truquée mettant en scène une personnalité publique a permis de promouvoir un placement financier frauduleux, causant plus de 2 millions USD de pertes avant l’intervention des autorités.

Des plateformes d’investissement fictives comme « CryptoBridge Exchange », « Optcoin » ou « AfriQuantumX » ont, de la même manière, utilisé des vidéos truquées de dirigeants ou d’influenceurs pour attirer des investisseurs vers de faux systèmes de trading automatisé. Sur le plan technique, INTERPOL signale l’apparition de souches de rançongiciels capables de rédiger et d’adapter elles-mêmes leur code malveillant à l’image de la souche PromptLock ou de générer des notes de rançon contextuelles et personnalisées, grâce à l’IA générative.

Si ces cas restent pour l’instant isolés ou expérimentaux, le rapport y voit la preuve que la technologie existe déjà et que sa généralisation n’est qu’une question de temps.

La sextorsion, nouveau terrain de prédilection de l’IA

L’IA a également transformé la sextorsion, qui a connu une hausse marquée en 2025. Les outils de génération d’images permettent désormais de fabriquer des contenus explicites photoréalistes à partir d’une simple photographie, rendant obsolètes les méthodes traditionnelles de vérification. Au Ghana, les pertes financières subies par les jeunes victimes de 18 à 24 ans ont été multipliées par cinq, largement attribuables à l’usage de technologies de trucage pour fabriquer des images compromettantes à partir de photos publiées sur les réseaux sociaux.

L’IA sert aussi à contourner les procédures de vérification d’identité (KYC) : la création d’identités synthétiques, combinant données réelles et éléments fabriqués, a progressé en 2025 pour ouvrir des comptes bancaires, obtenir des crédits mobiles ou enregistrer des cartes SIM sous de fausses identités, notamment au Cameroun, au Mali et en Tanzanie.

Des forces de l’ordre largement dépassées

Face à cette montée en régime, la réponse des services de police reste très inégale. D’après l’enquête d’INTERPOL, seuls 33 % des agences utilisent l’IA pour la détection des menaces et 31 % pour la criminalistique numérique, la majorité continuant de s’appuyer sur des processus manuels. Plus préoccupant encore : à peine 8 % des analystes du renseignement disposent d’une expertise avancée en IA, et 92 % des agences citent le manque de compétences techniques comme principal obstacle à l’adoption de ces outils.

Le rapport souligne que le déficit le plus critique n’est pas d’ordre technologique, mais bien humain : la plupart des enquêteurs de terrain n’ont pas été formés à reconnaître un contenu généré par IA, qu’il s’agisse d’un appel vocal cloné, d’une vidéo truquée ou d’un courriel de phishing hyper-personnalisé.

Une hausse générale des pertes

Cette percée de l’IA survient dans un contexte d’intensification globale de la cybercriminalité en Afrique. Selon le même rapport, les pertes liées au phénomène sur le continent ont plus que doublé entre 2024 et 2025, passant de 192 millions à 484 millions USD, pour un nombre de victimes identifiées passé de 35 000 à 87 000. Au total, les dommages économiques directs du cybercrime sont estimés à au moins 5 milliards USD en 2025.

INTERPOL appelle les pays africains à investir en priorité dans la formation de leurs enquêteurs à la détection des contenus générés par IA, plutôt que dans les seuls outils technologiques, et à renforcer la coopération transfrontalière pour faire face à des réseaux criminels qui, eux, opèrent déjà « à la vitesse de la machine ».

(Source : Agence Ecofin, 4 août 2026)

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