L’escalade militaire avec Israël et les USA ravive le casse-tête de MTN en Iran
vendredi 6 mars 2026
MTN Group voit resurgir l’un de ses dossiers les plus épineux : sa participation dans l’opérateur iranien MTN Irancell. Pris en étau entre des sanctions internationales tenaces, des risques opérationnels grandissants et des pressions géopolitiques croissantes, cet investissement apparaît aujourd’hui plus que jamais comme un actif encombrant.
L’intensification des tensions militaires entre l’Iran, Israël et les États-Unis ne secoue pas seulement l’équilibre géopolitique du Moyen-Orient. Elle remet aussi sous les projecteurs la situation délicate de MTN Group en Iran, un marché dont le géant sud-africain des télécommunications tente de se désengager depuis plusieurs années, sans succès.
MTN détient 49 % de MTN Irancell, deuxième opérateur mobile iranien, avec des dizaines de millions d’abonnés. La majorité de l’entreprise est détenue par Gostaresh Electronic Sina, une filiale de la Fondation Mostazafan, créée au début des années 1980 à la suite de la révolution islamique. Elle a succédé à la Fondation Pahlavi et a hérité d’importants biens confisqués sous le régime Pahlavi. Juridiquement, la fondation n’est ni publique ni privée ; il s’agit d’une entité à but non lucratif placée sous la tutelle directe du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, décédé fin février 2026. Depuis son décès, la Fondation Mostazafan est administrée sous régime intérimaire, dans l’attente des nouvelles orientations du pouvoir religieux.
Depuis son entrée sur ce marché en 2006, MTN a longtemps bénéficié de la forte croissance du secteur mobile iranien. Mais cet actif est devenu largement illiquide au fil des ans. En juillet 2025, MTN Group a déclaré ne tirer aucun profit de sa participation dans le capital d’Irancell. « Le groupe n’a procédé à aucun prélèvement de capital ni à aucun versement de dividendes, et n’a investi aucun capital dans ses activités en Iran depuis mai 2018, date du rétablissement des sanctions américaines contre l’Iran. Ce rétablissement est intervenu après le retrait des États-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) », explique la société télécoms.
Le groupe a d’ailleurs reconnu que cette participation constitue un actif pratiquement gelé, estimé à plusieurs centaines de millions de dollars. Même la vente de ses actions, envisagée depuis 2020, est impossible car MTN ne pourrait transférer le fruit de cette cession vers ses comptes à l’étranger. Résultat, les revenus générés localement restent bloqués dans le pays, limitant l’impact positif de cette participation sur les flux de trésorerie du groupe. Dans les états financiers de MTN, l’investissement iranien apparaît ainsi davantage comme un actif comptable que comme une source de liquidités.
Au troisième trimestre 2025, Irancell déclarait un chiffre d’affaires de 1949 millions de Rands (116,3 millions dollars), en augmentation de 17,1 % à taux de change constant, avec des marges de bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (EBITDA) en hausse de 0,7 % à 39,7 %.
L’escalade militaire accroît le risque opérationnel
Les frappes militaires et la montée des tensions régionales font désormais peser un risque supplémentaire : la perturbation directe des opérations télécoms. En période de conflit, les réseaux mobiles et Internet deviennent des infrastructures stratégiques. Les autorités peuvent décider de ralentir ou de couper l’accès à Internet, comme cela a été le cas en Iran dès le 8 janvier 2026, durant la répression des manifestations publiques. Les réseaux télécoms, par extension les infrastructures télécoms, peuvent aussi être affectés par les conséquences indirectes des bombardements. Pour MTN Irancell, ces perturbations sont de nature à faire chuter le trafic télécoms, réduire les revenus liés aux données mobiles, et accroître les coûts d’exploitation et de sécurité des réseaux. À court terme, ces facteurs pourraient peser sur la performance opérationnelle de la filiale iranienne.
Le conflit militaire intervient également dans un contexte économique iranien déjà fragile. Les sanctions internationales, la dépréciation du rial et l’hyperinflation élevée ont réduit le pouvoir d’achat des consommateurs. Pour un opérateur mobile, cela signifie une pression sur la consommation de services télécoms, les revenus moyens par utilisateur (ARPU) et les investissements nécessaires pour moderniser les réseaux. Dans ce contexte, même si la base d’abonnés reste importante — près de 57 074 000 — la rentabilité réelle est affectée par l’instabilité économique.
Au-delà de l’impact financier direct, l’escalade militaire ravive aussi les critiques concernant la présence de MTN en Iran. Bien que le groupe précise n’avoir aucun contrôle opérationnel d’Irancell, des voix se lèvent pour dénoncer sa complicité avec le gouvernement iranien dans la restriction de l’accès aux services télécoms. Par le passé, de telles accusations ont été portées à l’encontre du groupe, allant même jusqu’à des procès aux États-Unis pour violation de la loi antiterrorisme. Des accusations que MTN a toujours contestées.
Muriel EDJO
(Source : Agence Ecofin, 6 mars 2026)
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