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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Février 2026 > L’épais brouillard financier autour de la licence Starlink

L’épais brouillard financier autour de la licence Starlink

samedi 7 février 2026

Produits et services

Combien le géant américain a-t-il payé pour s’implanter au Sénégal ? Alors que les opérateurs historiques ont versé des sommes colossales pour leurs licences, le silence du gouvernement alimente les suspicions.

Alors que l’État a souvent réclamé des montants faramineux aux différents opérateurs, c’est pour le moment la grande opacité autour des conditions d’accès de Starlink. L’absence de transparence autour de cette licence suscite déjà suspicions et interrogations.

L’info est tombée comme un couperet. Depuis, la toile s’enflamme entre pro et anti-Starlink de l’Américain Elon Musk. Jusque-là, les préoccupations étaient surtout tournées vers la protection des données personnelles des citoyens sénégalais, des risques sécuritaires, compte tenu des difficultés à contrôler ce géant qui se soucie très peu de certains principes.

Mais qu’en est-il des conditions d’entrée de Starlink dans le marché sénégalais ? Pourquoi il n’y a pas eu d’appel d’offres dans le choix de ce nouvel opérateur ? L’État a-t-il perçu des redevances ? EnQuête a interpellé quelques acteurs sur la question à l’occasion de la première édition de “Ettu koom koom”, organisée par le cabinet international KPMG, consacrée à la connectivité.

Selon le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, tout a été fait dans les règles de l’art. “Le Sénégal est régi par un code des télécommunications qui est suivi et appliqué avec le régulateur. Le processus Starking a suivi rigoureusement l’ensemble de ce processus. L’Etat confirme que toutes les procédures ont été appliquées pour l’opérateur Starlink, comme il le sera pour n’importe quel autre acteur”, s’est défendu le ministre Alioune Sall, qui est resté aphone sur la question des redevances.

Omerta autour des conditions financières d’entrée de Starlink

Pourtant, il y a quelques mois, le régime actuel n’avait pas hésité de brandir le bâton contre certains opérateurs, leur reprochant des conditions opaques de renouvellement de leurs licences. Il accusait les autorités de l’ancien régime d’avoir, entre autres, bradé des licences aux opérateurs YAS (ex Free) et Expresso. YAS avait en effet payé 13,5 milliards FCFA rien que pour avoir le droit d’exploiter la 5G. Quant à Expresso, elle avait payé 5 milliards pour la 4G et la prolongation de sa licence de 10 ans. Tous les deux avaient, auparavant, payé des dizaines de milliards pour accéder au marché sénégalais.

Interpellé sur le dossier sur lequel aucune information n’a filtré depuis lors, le ministre en charge du Numérique a été peu prolixe. “Il y a des discussions en cours avec les parties prenantes qui sont informées en temps réel de ce qui se passe dans le dossier. Je ne pourrais pas m’avancer plus là-dessus”, a-t-il déclaré.

Pour Starlink, c’est encore l’omerta total sur les redevances qu’elle a eu à payer pour regagner le marché sénégalais. Interpellé, le directeur de cabinet du MCTN a apporté quelques précisions. À l’en croire, il faut bien distinguer l’autorisation octroyée à Starlink de la concession obtenue par les autres opérateurs et qui nécessitent un appel d’offres. “Ici, c’est un opérateur satellitaire. Le code prévoit qu’il doit déposer une demande d’autorisation que nous avons étudiée avec le régulateur (ARTP). Nous veillons à ce que la loi soit respectée. Il n’y a pas de traitement spécifique pour un opérateur”, a souligné Mouhamadou Seck.

Soupçons de deux poids deux mesures

A l’en croire, Starlink a fait une demande d’autorisation que la tutelle a transmis au régulateur qui a donné un avis favorable. Par la suite, le ministère a élaboré un cahier des charges avec un certain nombre d’obligations que l’opérateur est tenu de respecter. À propos du paiement des redevances, le dir cab s’est limité à préciser : “Il y a eu effectivement des redevances payées par Starlink dans un contexte financier difficile. Aussi, comme l’avait annoncé le président de la République, il va connecter un million de Sénégalais gratuitement.”

Pour sa part, le directeur général de l’Artp a assuré que son agence va veiller sur l’application des règles et mettra tout le monde sur le même pied. Interrogé sur les contours de cette autorisation accordée à Starlink, il répond : “…Je vais laisser au ministère qui est chargé d’approuver cette autorisation le soin de revenir sur les contours. En tant que régulateur, nous assurons et nous rassurons tous les acteurs que tous les opérateurs seront suivis. Nous sommes là pour veiller aux intérêts des consommateurs, mais aussi à l’équilibre du marché.”

Cette question était en tout cas sur toutes les lèvres hier, lors de cette rencontre des acteurs. L’un d’eux a d’ailleurs relevé des subventions qui auraient été accordées par l’État à Starlink pour pouvoir connecter certaines populations, alors que les devanciers d’Elon Musk n’ont pas eu droit aux mêmes privilèges.

“Est-ce qu’il n’est pas possible de penser à donner aux opérateurs qui sont ici les subventions accordées à Starlink pour leur permettre de couvrir le territoire ?”, a demandé un participant au ministre Alioune Sall. Lequel a répondu en ces termes : “…Il ne faut pas oublier qu’il y a 7 millions de Sénégalais qui peinent à se connecter et qui ont besoin de solutions concrètes. Au rythme actuel d’investissement, il faudra attendre 10 ans… Nous nous voulons résorber le gap d’ici 2030.”

Les acteurs réclament les mêmes privilèges accordés à Starlink

Monsieur Sall a cependant précisé que son département a eu à discuter avec plusieurs opérateurs avant le choix de Starlink. Il a également précisé que le réseau d’Elon Musk est uniquement sur le segment fixe sur lequel le Sénégal est très en retard. “Le constat sur ce segment est implacable. Nous sommes très en retard avec 19,4% des ménages qui ont la connectivité à domicile”, a-t-il ajouté pour justifier le choix.

Selon le ministre, il y a 540 zones blanches où la couverture est nulle dans le pays, plus de 700 localités qui sont avec la 2G, pour 7 millions de Sénégalais qui seraient impactés par cette fracture numérique.

Des gaps importants en matière de connectivité

L’État du Sénégal, soutient Sall, avait besoin d’étendre la couverture d’internet pour prioriser les zones peu desservies, mais également d’en garantir la qualité de service, avec la promotion d’infrastructures robustes et adaptées aux besoins des populations. L’objectif de l’État, pour lui, c’est de faire en sorte que chaque Sénégalais ait accès à une connexion accessible et de bonne qualité.

Les opérateurs regardent en tout cas ces développements avec beaucoup d’intérêt. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’arrivée de Starlink risque de bousculer le secteur. La directrice générale de Expresso a d’ailleurs interpellé le ministre sur la nécessité de sécuriser l’investissement et de leur garantir la profitabilité.

“L’arrivée des opérateurs satellitaires -peut être d’autres opérateurs- est inéluctable dans un pays qui veut se développer sur le plan digital. Mais je sollicite au nom de tous les acteurs que la profitabilité soit assurée. On est là pour servir le Sénégal et le client, mais il faut que l’investissement soit sécurisé et qu’il soit profitable pour être viable et durable”, a-t-elle plaidé.

Le ministre a tenu à les rassurer : “Nous sommes conscients des investissements colossaux faits par ces derniers. Nous allons les accompagner pour leur permette la rentabilité de leurs investissements.”

Quelques recommandations fortes des acteurs

Responsable de KPMG pour l’Afrique francophone, Meissa Tall est revenu sur les principales orientations issues des concertations. Pour lui, les acteurs ont surtout insisté sur la nécessité d’avoir des règles du jeu claires avec un régulateur qui protège les investissements ; la nécessité de partager les infrastructures avec des règles claires ; la complémentarité des technologies y compris le satellitaire ; la nécessité de sécuriser le chiffre d’affaires et la profitabilité des acteurs.

L’essentiel pour lui est de faire en sorte que l’usager soit au cœur des préoccupations de l’ensemble des acteurs.

(Source : Seneplus, 7 février 2026)

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