L’Afrique appelée à mutualiser ses ressources pour financer ses infrastructures numériques
vendredi 12 juin 2026
Pour soutenir la transition numérique, il est essentiel de disposer d’importantes infrastructures numériques. Selon le vice-ministre ghanéen Clement Abas Apaak, les pays africains doivent unir leurs efforts pour accélérer leur développement dans ce domaine.
Le vice-ministre ghanéen de l’Éducation, Clement Abas Apaak, a invité les pays africains à consacrer entre 1 et 2 % de leur PIB annuel à un fonds commun destiné à financer des infrastructures numériques à l’échelle continentale. Il a tenu ces propos lors de la conférence eLearning Africa, tenue le 9 juin à Accra, la capitale ghanéenne.
« Nous devons mobiliser nos propres ressources pour construire nos propres infrastructures, former nos propres experts, dans le but de domestiquer l’IA d’une manière qui protège notre histoire, notre culture et nos systèmes de valeurs », a-t-il plaidé. Et d’ajouter : « Si nos courriels doivent encore transiter par l’Europe et l’Amérique pour nous parvenir, sur quelle base pouvons-nous prétendre à une quelconque indépendance numérique ? »
Des infrastructures encore insuffisantes
L’Afrique ne dispose que d’environ 307 mégawatts de capacité opérationnelle de centres de données, soit moins de 2 % du total mondial, alors même que ces infrastructures sont indispensables au développement de l’intelligence artificielle. À l’échelle mondiale, l’Europe et l’Asie-Pacifique concentrent à elles seules 63 % des zones cloud en service. Pourtant, la demande explose et le marché africain de la construction de centres de données, évalué à 1,24 milliard de dollars en 2025, devrait atteindre 4,58 milliards de dollars en 2031, soit une croissance annuelle de 24 %, selon une étude du cabinet américain Arizton publiée en mai 2026.
Outre les centres de données, le faible nombre de points d’échange Internet (IXP) sur le continent constitue également un défi. Selon une étude de la Coalition for Digital Africa publiée en mai 2024, l’Afrique compte 63 IXP opérationnels dans 38 pays, contre seulement 36 dans 26 pays en 2016. Alors que la Banque africaine de développement (BAD) estime que l’IA pourrait générer 1000 milliards de dollars de PIB supplémentaire pour le continent d’ici à 2035, les initiatives se multiplient pour soutenir le développement de cette technologie en Afrique.
En partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la BAD a lancé en février 2026 l’initiative « AI 10 Billion », qui vise à mobiliser 10 milliards de dollars d’ici à 2035 afin de créer 40 millions d’emplois. Un Fonds africain pour l’IA de 60 milliards de dollars, annoncé lors du Sommet de Kigali en avril 2025, cible quant à lui les infrastructures de calcul, les start-up et la formation des talents.
Toutefois, les défis structurels restent immenses. L’Afrique ne représente que 3 % du vivier mondial de talents en IA et la fuite des cerveaux continue d’affaiblir les capacités locales. Plus de 83 % du financement des start-up spécialisées dans l’IA s’est concentré en 2025 sur quatre pays seulement — le Kenya, le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Égypte. Par ailleurs, 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une électricité fiable, un obstacle fondamental à tout déploiement technologique à grande échelle.
Des investissements guidés par des intérêts commerciaux
Des acteurs privés comblent partiellement ce déficit. Google, Microsoft, Oracle ou encore Huawei investissent massivement dans ces segments sur le continent. Par exemple, Google a officiellement lancé sa région cloud à Johannesburg en 2025 après un investissement de 148 millions de dollars, tandis que Microsoft a annoncé un investissement de 300 millions de dollars pour étendre son infrastructure cloud et IA en Afrique du Sud d’ici à 2027. Mais ces investissements privés, aussi importants soient-ils, répondent avant tout à des logiques commerciales, et pas nécessairement aux impératifs de souveraineté numérique du continent.
C’est précisément ce que souligne Clement Abas Apaak. Il rappelle que sans ressources propres mobilisées par les États africains, le continent risque de rester tributaire d’infrastructures dont il ne contrôle ni la gouvernance ni les données ni les règles.
Adoni Conrad Quenum
(Source : Agence Ecofin, 12 juin 2026)
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