L’accès à l’information au Sénégal : Entre droit fondamental et réalité économique
vendredi 28 août 2026
I. LA CONSÉCRATION D’UN DROIT FONDAMENTAL
le sénégal a franchi une étape historique en adoptant la loi n° 2025-15 relative à l’accès à l’information, promulguée le 4 septembre 2025. ce texte consacre pour la première fois de manière explicite l’accès à l’information comme un droit fondamental pour tout citoyen, créant une commission nationale dédiée et fixant des délais de réponse contraignants pour les administrations. il s’agit d’une avancée majeure dans la construction d’un état transparent et ouvert, alignant le sénégal sur les standards internationaux en matière de gouvernance démocratique et de liberté d’expression.
II. INTERNET COMME VECTEUR INDISPENSABLE DE CE DROIT
la cour de justice de la cedéao a renforcé cette dynamique en 2025 en condamnant le sénégal pour des coupures d’internet, en jugeant que l’accès à internet constitue un composant essentiel de la liberté d’expression et du droit à l’information. dans un monde où l’essentiel de l’information circule désormais par voie numérique, un droit à l’information sans accès effectif à internet ressemble à une promesse vide de sens. les citoyens ne peuvent exercer pleinement ce droit que s’ils disposent des moyens techniques et économiques de se connecter aux réseaux.
III. LES TARIFS DE TÉLÉPHONIE : UN OBSTACLE RÉEL MALGRÉ LA BAISSE
si les tarifs de la téléphonie mobile au sénégal ne sont pas les plus élevés d’afrique, avec une baisse de près de 11% au premier trimestre 2026, ils demeurent élevés au regard du pouvoir d’achat local. avec un taux de pauvreté monétaire de 37,5% et un pib par habitant d’environ 1700 dollars, un forfait data à 5000 ou 10000 francs cfa représente une part significative du budget mensuel d’un ménage modeste. la concurrence entre les trois opérateurs orange, yas et expresso a certes permis des baisses sur la data, mais les profils à forte consommation vocale ont vu leurs prix augmenter, creusant les inégalités d’accès.
IV. RENDRE LE DROIT EFFECTIF ET NON PAS SEULEMENT THÉORIQUE
si le sénégal consacre l’accès à l’information comme un droit fondamental, il est logique et même nécessaire que les tarifs de téléphonie et d’internet soient abordables pour que ce droit soit effectif et pas seulement théorique. c’est une question d’accessibilité matérielle d’un droit constitutionnel et légal. la baisse des tarifs de la data mobile observée ces derniers trimestres va d’ailleurs dans ce sens, mais elle doit s’accompagner d’une politique volontariste de régulation pour garantir que tous les citoyens, y compris les plus démunis, puissent exercer pleinement leur droit à l’information sans que le coût de la connexion ne devienne un verrou économique insurmontable.
Dr Seydou Bocoum
Economiste hétérodoxe
(Source : Groupe WhatsApp du RASA, 28 août 2026)
OSIRIS