Khaby Lame, superstar de TikTok, bientôt concurrencé par son jumeau numérique
vendredi 30 janvier 2026
Khaby Lame est le tiktokeur le plus suivi au monde. Toutes plateformes confondues, il cumule près de 360 millions d’abonnés. À 25 ans, le créateur de contenus italo-sénégalais a cédé il y a quelques jours des parts de sa société pour près d’un milliard de dollars. Selon ce contrat, demain, son clone généré par intelligence artificielle pourrait même faire le travail à sa place. Un milliard de dollars pour s’offrir les droits sur l’image de Khaby Lame, c’est le prix à payer pour l’un des visages les plus reconnaissables des réseaux sociaux.
L’influenceur est né en 2000 à Dakar. Lorsqu’il a un an, sa famille quitte le Sénégal pour le Piémont italien. Khaby Lame grandit dans un logement social près de Turin. Aujourd’hui c’est la star de TikTok la plus connue, mais avant ça il enchaîne les petits boulots : maçon, plongeur, serveur, mécanicien. Avant de se lancer sur les réseaux, il travaillait dans une usine. « Son histoire sur les réseaux sociaux commence dans un moment de grande fragilité. Il perd son emploi pendant la pandémie et ce détail est essentiel, parce qu’il casse l’idée du talent construit à l’avance. Il ne devient pas un créateur de contenu par stratégie, mais parce qu’il est un homme ordinaire qui comprend instinctivement le langage de son époque », analyse Francesca Caon, journaliste à l’édition italienne du Huffington Post.
Dans une interview en 2022, Khaby Lame raconte : il a toujours fait des vidéos avec ses amis, qu’il publiait sur Youtube. Avec le chômage, il commence à en faire sur TikTok pour s’amuser. Le style de Khaby Lame : ne rien dire. Il tourne en dérision des vidéos qui prétendent faciliter le quotidien, et tout tient à sa gestuelle, à sa façon de dire « c’est bien plus simple comme ça » devenue virale. Le crédo fonctionne. Khaby Lame connaît un succès rapide. Ne pas parler, c’est parler à tout le monde peu importe le pays. En deux ans, il devient le tiktokeur le plus suivi de la plateforme.
Une success story flamboyante
Khaby Lame assure ne pas tenir compte du nombre de vues ou d’abonnés. Pourtant, il explose les records et gagne beaucoup d’argent. Certains de ses posts peuvent lui rapporter des dizaines de milliers d’euros. Son premier achat, une maison pour ses parents. Un accomplissement pour lui, qui vient d’une famille ouvrière. Mais Khaby Lame ne s’est pas arrêté aux réseaux sociaux. « En cinq ans, Khaby Lame est passé du rôle de créateur à quelque chose de plus large », explique Francesca Caon. « Il travaille avec de grandes marques de luxe, devient ambassadeur et participe à des campagnes internationales. Mais surtout, il n’est plus seulement quelqu’un qui fait des vidéos, il est devenu une identité immédiatement reconnaissable ».
La preuve : il fait de courtes apparitions, ce qu’on appelle des caméos, dans de grosses productions hollywoodiennes, comme dans le film Bad Boys : Ride or Die. Khaby Lame y apparaît dans une scène avec son idole, Will Smith. Une personnalité qui l’a inspiré, puisque c’est en voyant l’acteur américain jouer dans le Prince de Bel-Air qu’il a eu envie de se lancer dans les vidéos. À côté de ça, il est nommé ambassadeur de bonne volonté pour l’Unicef en faveur des droits de l’enfant. Un rôle qui a du sens pour Khaby Lame. « Ayant moi-même fini par trouver ma vocation après avoir craint la pauvreté durant mon enfance, je sais que tous les enfants peuvent s’épanouir si on leur en donne la possibilité et l’occasion », a-t-il déclaré.
Une superstar qui risque de bouleverser le monde des réseaux
Début janvier, Khaby Lame a vendu les droits exclusifs de son image à une entreprise basée à Hong Kong et cotée au Nasdaq, Rich Sparkle Holdings. Elle pourra donc utiliser l’image de l’influenceur. « Ce contrat donne essentiellement accès à des données : les expressions du visage, les gestes, le langage corporel, des réactions. Autrement dit, il permet de créer un jumeau numérique basé sur l’identité de Khaby Lame », décrit la journaliste Francesca Caon. Une nouveauté qui permettra de publier des vidéos de ce jumeau numérique à toute heure, dans toutes les langues, et qui pose des questions éthiques. « Ce contrat ne concerne pas seulement Khaby Lame. Il concerne l’avenir de tous les créateurs. Il marque un changement de paradigme profond. Ce qui compte désormais, ce n’est plus seulement ce que l’on crée, mais qui l’on est, l’image », déplore Francesca Caon. « Le risque de plus en plus concret, c’est que le créateur ne devienne qu’un simple fournisseur de données pour des systèmes capables ensuite de le remplacer ». Reste à voir si une intelligence artificielle aura autant de succès que la version humaine de Khaby Lame.
(Source : RFIhttp://www.rfi.fr/, 30 janvier 2026)
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