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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Février 2026 > Khaby Lame, le créateur le plus suivi sur TikTok : quand un hafiz devient un (…)

Khaby Lame, le créateur le plus suivi sur TikTok : quand un hafiz devient un actif numérique mondial

lundi 16 février 2026

Portrait/Entretien

Il s’appelle Khabane Lame, mais le monde entier le connaît sous le nom de Khaby Lame. Natif de Dakar, il est aujourd’hui le créateur de contenus le plus suivi sur TikTok avec plus de 160 millions d’abonnés : un record mondial obtenu sans prononcer un seul mot. Depuis janvier 2026, il est aussi le premier homme qui a autorisé la cession commerciale de son image numérique pour près d’un milliard de dollars. Or, Khaby Lame est également exceptionnel sur un point que les médias occidentaux mentionnent rarement : il est musulman pratiquant et hafiz, c’est-à-dire qu’il a mémorisé l’intégralité du Coran, après avoir été envoyé à l’âge de 14 ans dans une école coranique près de Dakar.

La tension entre le corps sacré du hafiz et la marchandisation des attributs corporels numérisés de l’influenceur fait de son parcours un cas d’une richesse exceptionnelle pour interroger les enjeux de la numérisation des données personnelles de l’humanité.

Mes recherches portent sur l’identité numérique, les mythes sociotechnologiques et les identités numériques post-mortem. J’explique ici comment Khaby Lame, à partir de sa précarité, a construit une identité comique universelle sur TikTok.

De la banlieue de Turin au sommet mondial

L’histoire de Khaby Lame est structurée comme un mythe contemporain au sens plein du terme, non pas parce qu’elle serait invraisemblable, mais parce qu’elle rejoue les structures narratives fondatrices de la modernité numérique : la précarité comme point de départ, la solitude créatrice comme épreuve initiatique, et la reconnaissance mondiale comme horizon. Ce que le penseur français Roland Barthes appelait la « parole mythique », ce récit qui se donne comme naturel alors qu’il est profondément construit est ici pleinement opérant.

En 2020, au début de la pandémie de Covid-19, Khaby Lame se retrouve sans emploi, confiné dans un logement social de la banlieue de Turin, en Italie, après avoir perdu son poste d’ouvrier. De ce dénuement naît une décision simple : filmer. En dix-sept mois seulement, il dépasse les 100 millions d’abonnés, devenant le premier créateur résidant en Europe à atteindre ce cap.

Ce que ce récit met en scène, c’est la promesse que TikTok vend avec constance : la plateforme comme ascenseur social, le téléphone portable comme outil de connexion immédiate entre le talent et la reconnaissance. Ce mythe de l’émergence spontanée mérite d’être examiné plutôt que simplement célébré. Il occulte la part de travail, de calcul, et surtout de contingence algorithmique qui préside à toute trajectoire virale.

La grammaire du corps universel

Ce qui distingue fondamentalement Khaby Lame de la quasi-totalité des créateurs qui l’ont précédé, c’est le régime sémiotique qu’il a inventé, ou plutôt réactivé, car il s’inscrit dans une généalogie comique très ancienne. Certains le comparent à Charlie Chaplin, d’autres à Buster Keaton, tous deux acteurs et réalisateurs du cinéma muet burlesque hollywoodien.

En effet, Khaby Lame renoue avec les codes du cinéma comique muet hollywoodien des années 1930 initié par Charlie Chaplin : du mime, des regards appuyés, pas de textes, et de saynètes (courtes scènes théâtrales) burlesques porteuses de messages. Mais la filiation chaplinesque s’arrête là, car les deux hommes habitent leur corps de façons radicalement différentes. Les films de Chaplin intègrent des moments émouvants marqués par des thèmes sociaux et politiques.

Charlot est le vagabond précaire qui résiste au monde industriel, un corps politiquement engagé. Son corps de scène prend parti pour les opprimés, pour les persécutés, pour les précaires du monde.

La mécanique comique de Khaby Lame est, elle, davantage keatonienne. Il utilise uniquement son visage souvent exaspéré pour mettre en lumière l’absurdité des vidéos qui prétendent simplifier les tâches quotidiennes mais ne font que les compliquer. Une impassibilité absolue face à l’absurde, que Buster Keaton avait porté à son point de perfection avec son célèbre « Great Stone Face ».

Mais là où la structure comique est keatonienne, le rapport au corps ne l’est pas du tout : toute sa vie, Keaton est resté complètement indifférent à la religion ou à la métaphysique sous quelque forme que ce soit. Dans un sens pratique, la seule religion de Keaton semble avoir été le théâtre et le cinéma. Keaton incarnait un corps sans ciel au-dessus de lui, un corps radicalement laïque, disponible à l’absurde sans recours à aucune transcendance.

Khaby Lame est l’exact inverse sur ce point. Son corps n’est pas sans ciel : c’est le corps d’un hafiz. Et c’est cette irréductible différence qui rend la dissociation de l’identité numérique en 2026 si troublante. Cet humour sans paroles lui permet de construire un public mondial car il n’y a aucune barrière linguistique, de la même façon que les stars du cinéma muet telles que Charlie Chaplin sont devenues des icônes mondiales il y a un siècle.

TikTok a d’ailleurs optimisé ses mécanismes de recommandation pour favoriser ce type de contenu lisible par tous. Là où Chaplin avait besoin de la salle obscure, Khaby Lame n’a besoin que d’un téléphone et d’un algorithme. La grammaire est la même ; le dispositif de diffusion a muté radicalement.

La dissociation de l’identité numérique

En janvier 2026, ce corps expressif si soigneusement construit devient officiellement un actif financier. Khaby Lame cède sa société Step Distinctive Limited pour 975 millions de dollars à Rich Sparkle, une société cotée en bourse basée à Hong Kong. L’accord inclut la cession des droits d’utilisation de son image, de sa voix et de ses modèles comportementaux, destinés au développement d’un jumeau numérique alimenté par l’intelligence artificielle.

Ce jumeau numérique sera utilisé pour des contenus multilingues, notamment publicitaires et promotionnels, permettant à des entreprises de lancer des campagnes dans plusieurs pays sans que Khaby soit physiquement présent. Selon Rich Sparkle, l’exploitation de ce jumeau numérique pourrait générer plus de 4 milliards de dollars de ventes annuelles, via son double qui créera du contenu commercial multilingue (livestream e-commerce, un format déjà dominant en Asie), pouvant être diffusé simultanément dans le monde entier.

Cette transaction signe un passage de seuil : celui où l’identité numérique cesse d’être une représentation de soi pour devenir un actif dissociable de la personne qui lui a donné naissance. Pour la première fois, un créateur serait considéré non pas comme un ambassadeur de marque, mais comme une marque à part entière, note le journal italien Corriere della Sera. Ce que ce journal formule en termes commerciaux peut se reformuler en termes théoriques : les attributs numériques de Khaby Lame sont désormais légalement séparables de Khaby Lame lui-même.

Le jumeau numérique est, en ce sens, le corps keatonien rêvé par le capitalisme de plateforme : impassible, reproductible, sans intériorité, disponible sur tous les fuseaux horaires. Il prend la structure comique de Keaton et en fait un actif industriel.

Un corps infiniment reproductible et polysémique

Le geste signature de Khaby Lame (les deux paumes ouvertes tournées vers le ciel) semble universellement lisible comme expression de stupéfaction bienveillante. Mais il est profondément polysémique : dans la tradition islamique comme dans de nombreuses cultures africaines, ce même geste est celui du dua, la supplique adressée à Dieu les mains tendues vers le ciel. Ce que des millions de spectateurs lisent comme une signature comique porte, superposée à elle, la mémoire gestuelle d’une tradition spirituelle. Le corps du hafiz ne parle pas d’une seule voix.

Mais le double numérique de Khaby Lame n’est pas une simple image : c’est une entité qui agit en son nom, qui parle avec sa voix, qui produit avec ses gestes caractéristiques. Ce n’est plus de la représentation, c’est de la délégation de sa manière d’être et d’agir.

Un miroir tendu au continent africain

Les mêmes mains ouvertes, le même regard expressif, la même voix qui portèrent jadis les sourates du Coran dans une école de Dakar sont aujourd’hui les attributs d’une transaction commerciale évaluée à près d’un milliard de dollars. Khaby Lame n’a jamais instrumentalisé sa foi pour son audience, et c’est précisément cette discrétion qui rend la tension analytiquement précieuse. Néanmoins, on peut pressentir une tension éthique dans cette cession de son identité agissante aux marchés financiers.

D’un côté, pour la jeunesse africaine, et sénégalaise en particulier, Khaby Lame incarne la possibilité que les espaces numériques constituent des territoires où les hiérarchies héritées de l’histoire coloniale peuvent, au moins symboliquement, être renversées. D’un autre côté, dans cette transaction éminemment capitaliste, un fils de la diaspora sénégalaise autorise la reproduction à l’infini de ses attributs numériques, livrant son corps à l’exploitation médiatique.

Que signifie la cession de ses attributs numériques dans un monde où l’image des corps africains a si longuement été appropriée sans consentement ni compensation ? S’agit-il d’une victoire ou d’une nouvelle forme d’exploitation ? Les bénéfices financiers peuvent-ils compenser la cession de son identité ?

Le continent africain, qui produit de plus en plus de créateurs numériques à audience mondiale, aura collectivement à construire des réponses juridiques, éthiques et culturelles à ces questions. Qui contrôle le double numérique d’un créateur ? Dans quel cadre normatif, occidental, asiatique, islamique ou africain, son exploitation est-elle jugée ?

Khaby Lame n’est pas seulement un phénomène de plateforme. Il est un révélateur, et peut-être, involontairement, un précédent.

(Source : The Conversation, 17 février 2026)

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