Kenya : le gouvernement se rapproche de la GSMA pour améliorer la connectivité
lundi 16 février 2026
Les autorités kényanes multiplient les initiatives pour renforcer les infrastructures et réduire la fracture numérique. Cela comprend par exemple le déploiement de 100 000 km de fibre optique, l’installation de 25 000 points d’accès Wi-Fi publics ainsi que la création de hubs numériques.
Le Kenya explore un partenariat avec l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA) afin d’améliorer la qualité et la couverture du spectre utilisé par les opérateurs pour le déploiement de leurs réseaux mobiles. L’initiative cible en particulier les communautés mal desservies ou non desservies. Elle s’inscrit dans les efforts engagés par les autorités pour réduire la fracture numérique et améliorer l’expérience des utilisateurs.
Cette perspective ressort d’une réunion tenue mercredi 11 février entre Steve Isaboke, secrétaire principal au département de la Radiodiffusion et des Télécommunications au ministère des TIC, et une délégation de la GSMA. Celle-ci comprenait notamment Luciana Camargos, responsable mondiale du spectre au sein de l’organisation. Les discussions ont porté sur les meilleures pratiques en matière de gestion du spectre, mais aussi sur les questions d’accessibilité financière et de durabilité des investissements.
Ce rapprochement intervient dans un contexte de couverture réseau relativement avancée. Selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), les réseaux 2G et 3G couvraient 98 % de la population kényane en 2024, tandis que la 4G atteignait 97,3 %. La 5G, dont le lancement commercial est intervenu en octobre 2022, couvrait 14 % de la population à fin décembre 2024.
Cependant, la couverture ne se traduit pas automatiquement par l’usage. Toujours selon l’UIT, le taux de pénétration d’Internet s’établissait à 35 % au niveau national. Il chutait à 25 % en milieu rural, contre 56,6 % en zone urbaine.
Des données officielles citées par le think tank KICTANet dans un article publié en janvier 2025 montrent que Nairobi (64,7 %) et Kiambu (54 %) affichent les taux d’utilisation d’Internet les plus élevés. À l’inverse, West Pokot (9,1 %) et Turkana (12,7 %) figurent parmi les comtés les moins connectés. La GSMA indiquait par ailleurs que 35 millions de Kényans n’avaient pas accès à l’Internet mobile en 2023, alors que la population du pays est estimée à 55,1 millions par la Banque mondiale.
Le spectre au cœur de la connectivité rurale, selon la GSMA
Dans son rapport « Spectrum and Rural Connectivity » publié en février 2026, la GSMA souligne que les populations rurales à travers le monde sont 28 % moins susceptibles d’utiliser l’Internet mobile que les citadins. Elles sont également 30 % moins enclines à utiliser régulièrement des services en ligne tels que la messagerie, les services bancaires ou l’éducation. Ces disparités sont notamment attribuées à la disponibilité du spectre.
Le rapport précise que même lorsque la connectivité est disponible, la qualité du réseau demeure un obstacle majeur à un usage accru. En zone rurale, les réseaux reposent principalement sur les bandes basses. Or, la disponibilité de ce spectre conditionne directement la portée du signal et la qualité de service.
Selon la GSMA, une augmentation du volume de spectre en bandes basses peut avoir un impact mesurable. Chaque tranche supplémentaire de 50 MHz est associée à une hausse de 7 points de pourcentage de la couverture 4G et de 11 points de la couverture 5G en milieu rural. Le rapport évoque également une amélioration des vitesses de téléchargement pouvant atteindre 8 %, ainsi qu’une réduction de la congestion en bordure de cellule, où les utilisateurs ruraux rencontrent le plus souvent des difficultés de connexion.
Dans ce contexte, la GSMA appelle les gouvernements et les régulateurs à prendre des mesures ciblées. Elle recommande de prioriser l’attribution des bandes basses aux services mobiles afin d’étendre la couverture rurale et d’améliorer les débits. Elle plaide aussi pour des prix du spectre alignés sur les réalités économiques, une visibilité réglementaire à long terme et un assouplissement des règles encadrant le partage d’infrastructures, afin de renforcer la viabilité économique des déploiements en milieu rural.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 16 février 2026)
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