Kenya : la justice bloque la prise de contrôle de Safaricom par Vodacom
jeudi 21 mai 2026
Le gouvernement kényan a engagé la cession d’une partie des parts de l’opérateur historique Safaricom au groupe sud-africain Vodacom. Mais la finalisation de la transaction se heurte encore à une forte opposition politique.
La Haute Cour du Kenya a confirmé le maintien de la suspension de la vente par l’État de sa participation de 15 % dans Safaricom à l’opérateur sud-africain Vodacom.
Un collège de trois juges, nommé par la juge en chef Martha Koome, a prolongé les ordonnances conservatoires en vigueur depuis le 23 mars, le temps que les pétitions déposées soient examinées au fond.
Les ordonnances interdisent au Trésor national, à Safaricom et à Vodacom d’exécuter toute partie de la transaction pendant la durée de la procédure. Le CEO de Vodacom, Shameel Joosub, a reconnu lors d’un appel aux investisseurs lundi 11 mai que le dossier est désormais « entre les mains du tribunal » et que la procédure pourrait durer encore plusieurs mois.
Le maintien du gel a des implications budgétaires directes pour Nairobi. Le Trésor attendait les fonds issus de la transaction dès mars 2026 pour alimenter le Fonds national d’infrastructure. Le ministre des Finances John Mbadi a indiqué que le budget serait mis en œuvre « de la manière habituelle » avec ou sans ces recettes.
Pour rappel, le gouvernement kényan a validé fin mars la cession de 15 % de sa participation dans Safaricom au groupe sud-africain Vodacom, pour un montant estimé entre 204 et 240 milliards de shillings (1,5 à 1,8 milliard $).
L’opération, adoptée à l’unanimité par le Parlement, prévoit la vente de six milliards d’actions à 34 shillings l’unité. Elle ramène la part de l’État de 35 % à 20 %, tandis que Vodacom franchit la barre des 55 % et prend le contrôle effectif de l’opérateur.
Si les autorités présentent cette cession comme un levier stratégique pour financer les investissements publics et renforcer les infrastructures, l’opposition dénonce une sous-évaluation de l’actif. Selon Kalonzo Musyoka, ancien vice-président et leader du Wiper Party, le prix fixé serait largement inférieur à la valeur réelle de Safaricom, estimée entre 70 et 80 shillings par action. Il a saisi la justice pour demander la suspension de la transaction, invoquant des manquements constitutionnels et un déficit de transparence.
Safaricom, avec un chiffre d’affaires de plus de 390 milliards de shillings, reste un pilier de l’économie numérique kényane, notamment grâce à M-Pesa. Pour Vodacom, cette prise de contrôle consolide sa présence africaine et ouvre la voie à de nouvelles synergies régionales.
Adoni Conrad Quenum
(Source : Agence Ecofin, 21 mai 2026)
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