Interopérabilité des paiements et des régies financières en UEMOA : Le grand saut vers l’efficience budgétaire et l’inclusion
lundi 5 octobre 2026
L’espace UEMOA vit une mutation historique. À partir du 2 novembre 2026, les transactions de monnaie électronique interopérables devront obligatoirement passer par la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI) de la BCEAO. Cette réforme majeure, couplée à une politique de gratuité, redessine le paysage des paiements. Mais au-delà de cette avancée, un chantier tout aussi crucial s’impose : celui de l’interopérabilité entre les régies financières, notamment au Sénégal, pour une mobilisation optimale des ressources.
I. PI-SPI : Une infrastructure régionale pour une inclusion financière de masse
La BCEAO a lancé le 30 septembre 2025 cette plateforme accessible en continu dans les huit pays de l’UEMOA. Avec 175 participants connectés et plus de 38 millions de personnes ayant accès aux services de paiement instantané, le Sénégal se distingue avec 43 structures connectées, soit le plus grand ratio par pays.
La politique de gratuité couvre 75 % des transactions de monnaie électronique de l’Union. Les transferts nationaux inférieurs ou égaux à 8 000 FCFA par jour sont gratuits, sans limite d’opérations, et la réception reste gratuite sans plafond. Les transferts transfrontaliers bénéficieront des mêmes conditions à partir du 1er juin 2027.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique où l’inclusion financière dans l’UEMOA atteint 73,6 % en 2024, portée par le mobile money, alors que la bancarisation stricte plafonne à 25 %. La zone compte 60,6 millions de comptes de mobile money actifs sur 172,9 millions ouverts, avec un taux d’activation de 35,1 %.
II. Le défi de l’interopérabilité entre la Douane et les Impôts au Sénégal
Si l’interopérabilité des paiements progresse, celle des régies financières sénégalaises reste un chantier critique. Le taux de pression fiscale du Sénégal, à environ 18 %, reste en deçà du critère de convergence de 20 % fixé par l’UEMOA. La mobilisation des recettes a atteint 4 477,1 milliards de FCFA en 2025, mais l’élargissement de l’assiette demeure un levier essentiel.
Le Sénégal a posé les bases d’une architecture d’interopérabilité en connectant les systèmes GAINDE (Douane) et SIGTAS (Impôts), mais l’échange de données financières est encore incomplet. Des efforts sont en cours pour créer une plateforme automatisée d’échanges entre la DGID, la DGCPT, la DGB et la Douane. Le projet SEN’FINANCES vise à interconnecter ces administrations via un portail unifié.
L’enjeu est de taille : lorsqu’un opérateur importe dix conteneurs, la Douane détient cette information, mais les Impôts peuvent l’ignorer. Le croisement de ces fichiers permettrait une détection automatique des acteurs économiques échappant à l’impôt.
III. Des benchmarks internationaux éclairants
Le potentiel de l’interopérabilité est démontré par des exemples internationaux. En Inde, l’UPI traite environ 22 000 milliards de transactions par an, représentant 85 % des transactions numériques et 49 % du volume mondial des paiements instantanés. Au Brésil, le Pix a enregistré près de 80 milliards de transactions en 2025, pour un volume de plus de 35 000 milliards de reais.
Ces succès montrent qu’une infrastructure publique, gratuite et interopérable peut générer une valeur bien au-delà de sa fonction première : des produits construits par des tiers au-dessus du rail de paiement. Le défi pour l’UEMOA est de reproduire cette dynamique en connectant non seulement les opérateurs de mobile money, mais aussi les administrations fiscales et douanières.
Conclusion
L’obligation d’utiliser PI-SPI à partir du 2 novembre 2026 marque une étape décisive. Mais l’interopérabilité des paiements ne suffira pas si les régies financières restent cloisonnées. L’optimisation des recettes budgétaires du Sénégal passe par une connexion effective entre la Douane, les Impôts et les Domaines. C’est à ce prix que l’inclusion financière des ménages et des TPE, portée par le mobile money, se traduira par une croissance pro-pauvre durable et une souveraineté budgétaire renforcée.
Dr. Seydina Oumar Seye
(Source : Groupe WhatsApp du RASA, 5 octobre 2026)
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