Internet : qu’est-ce que la liaison par fibre avec la RDC peut apporter à la Centrafrique
lundi 12 octobre 2026
En 2018, la République centrafricaine était encore le dernier pays enclavé du continent à ne pas disposer de liaisons terrestres à fibre optique avec ses voisins immédiats, selon la Banque mondiale. Elle en compte deux aujourd’hui.
La Centrafrique poursuit ses efforts pour diversifier ses voies d’accès à la connectivité internationale. Le pays veut relancer son projet d’interconnexion par fibre optique avec la République démocratique du Congo (RDC), qui dispose d’un accès direct à des câbles sous-marins internationaux.
Le ministre centrafricain de l’Économie numérique, des Postes et des Télécommunications, Roger Andjalandji, a évoqué cette perspective avec son homologue congolais, Augustin Kibassa Maliba, le 8 octobre à Moscou, en marge d’une table ronde internationale sur la souveraineté numérique. À l’issue de l’entretien, les deux responsables ont convenu de la nécessité de concrétiser le projet. Aucun calendrier de réalisation ni accord de financement n’a toutefois été annoncé.
Un nouvel accès à la capacité internationale
Selon le communiqué du ministère centrafricain, l’interconnexion des réseaux nationaux de fibre optique des deux pays permettrait à la RCA d’accéder à la connectivité internationale « via le câble sous-marin qui atterrit à Moanda », sans davantage de précisions. La plateforme Submarine Cable Map, développée par le cabinet de recherche TeleGeography, recense deux systèmes à ce point d’atterrissement : 2Africa et le West Africa Cable System (WACS).
Lancé en 2020 par Meta et un consortium d’opérateurs télécoms, 2Africa s’étend sur environ 45 000 km et relie l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient, avec une extension vers l’Asie. Le système repose sur 16 paires de fibres optiques et affiche une capacité de conception pouvant atteindre 180 térabits par seconde (Tb/s) sur ses principaux tronçons. En RDC, Airtel a annoncé avoir activé une capacité de 200 gigabits par seconde (Gb/s) le 18 décembre 2025, lors de la mise en service commerciale du câble dans le pays.
Le West Africa Cable System (WACS) est un câble sous-marin de 14 530 km mis en service en 2012. Il relie l’Afrique du Sud au Royaume-Uni en desservant plusieurs pays d’Afrique occidentale et australe, dont la RDC. Le système comprend quatre paires de fibres optiques. Sa capacité de conception initiale de 5,12 Tb/s a plus tard été portée à environ 14,5 Tb/s.
La RDC cherche également à diversifier ses infrastructures de connectivité internationale. Outre le raccordement à d’autres câbles sous-marins, les autorités congolaises ont inscrit dans leur stratégie numérique le développement d’interconnexions terrestres avec les pays voisins.
Une stratégie de diversification des corridors
Si elle se concrétise, l’interconnexion avec la RDC pourrait constituer une troisième voie d’accès à la connectivité internationale pour la Centrafrique, après celles passant par le Cameroun et le Congo-Brazzaville. Le réseau déployé dans le cadre du projet Central African Backbone (CAB) comprend environ 935 km de fibre optique et contribue à relier le pays à ces deux voisins.
Cette dépendance aux corridors terrestres régionaux expose le pays aux interruptions provoquées par des incidents sur les infrastructures. En mars 2026, des actes de vandalisme ont notamment endommagé des segments du réseau centrafricain, entraînant des perturbations des services de télécommunications. Ces incidents illustrent la vulnérabilité des infrastructures et l’intérêt de disposer de routes alternatives, à condition qu’elles soient techniquement indépendantes et opérationnelles.
Les autorités centrafricaines explorent déjà des options pour la diversification. Fin août, Gauthier Guezewane Gbowé, chargé de mission au ministère de l’Économie numérique, a évoqué un « basculement vers l’Est » pour améliorer la couverture du territoire. Cette orientation fait suite au rapprochement avec le Soudan du Sud autour d’un projet de connectivité annoncé en mai 2026. Le tracé, le calendrier et les modalités techniques de cette liaison n’ont pas encore été détaillés. Le pays est lui-même enclavé même s’il est plus proche de hubs d’Afrique de l’Est comme Djibouti ou le Kenya.
Des enjeux de résilience et de capacité
La multiplication des voies d’accès à la connectivité internationale constitue un enjeu de résilience pour la Centrafrique, selon les autorités. En cas de coupure sur un corridor terrestre, une liaison alternative peut permettre de maintenir l’acheminement du trafic Internet, à condition que les réseaux soient suffisamment indépendants et disposent de capacités disponibles. La mise en service d’un nouvel itinéraire pourrait également augmenter la capacité internationale accessible au pays, alors que la demande en connectivité progresse.
La multiplication des liaisons internationales est aussi étudiée pour ses effets sur les marchés numériques africains. Dans un rapport publié en juillet 2024, la Banque mondiale indique que le doublement de la capacité apportée par les câbles sous-marins en Afrique est généralement associé à une baisse de 7 % du prix de l’Internet haut débit fixe et de 13 % de celui du haut débit mobile.
En mai 2026, les autorités centrafricaines estimaient que le raccordement du pays aux câbles sous-marins via les réseaux terrestres des pays côtiers avait sensiblement amélioré les débits disponibles. Selon elles, cette évolution aurait également contribué à élargir l’accès à Internet, dont le taux de pénétration serait passé de 15,5 % début 2025 à 30 %.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 12 octobre 2026)
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