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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Mars 2026 > Internet par satellite : Orange avance sur un marché africain dominé par (…)

Internet par satellite : Orange avance sur un marché africain dominé par Starlink

jeudi 19 mars 2026

Produits et services

Le marché africain de la connectivité Internet connaît une dynamique soutenue. La technologie satellitaire est perçue comme une solution efficace pour réduire la fracture numérique, constituant ainsi une opportunité pour les opérateurs face à une demande croissante en services numériques.

Orange Tunisie a annoncé, le vendredi 13 mars, le lancement de son offre d’Internet par satellite. À travers cette initiative, le groupe français Orange poursuit un positionnement progressif sur le marché africain de la connectivité satellitaire, encore largement dominé par l’américain Starlink.

Dans un communiqué, Orange Tunisie précise que le service permet de couvrir l’ensemble du territoire tunisien. Cette technologie de très haute capacité offre des performances nettement supérieures aux générations précédentes, avec davantage de bande passante, une meilleure stabilité du signal et des débits significativement améliorés, y compris dans les régions les plus reculées.

L’opérateur ajoute que deux offres sont proposées, avec des débits pouvant atteindre 100 Mbit/s, afin de répondre efficacement aux besoins d’accès à Internet, notamment pour les professionnels implantés dans des zones isolées, pour lesquels une connectivité fiable constitue un levier essentiel de développement.

Une expansion africaine en cours

Avant la Tunisie, le groupe Orange avait lancé son offre VSAT en Côte d’Ivoire en janvier 2026. Le service a également été introduit au Sénégal en décembre 2025. Ces déploiements s’inscrivent dans le prolongement d’un accord pluriannuel signé en mars 2025 entre Orange Africa and Middle East et Eutelsat.

Le déploiement s’appuie sur le satellite Eutelsat Konnect. Selon le calendrier annoncé, il devrait commencer par la Jordanie, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la République démocratique du Congo, avec l’objectif de s’étendre progressivement à l’ensemble des pays de la région.

« Il participe à notre stratégie visant à offrir à nos clients les meilleures solutions de connectivité satellitaire en orbite haute et basse, en complémentarité de nos réseaux terrestres. La Satellite Factory d’Orange Wholesale dispose de toute l’expertise requise pour mettre en œuvre cette stratégie au service de toutes les entités du Groupe Orange », avait déclaré Michael Trabbia, directeur général d’Orange Wholesale.

Une dynamique de marché portée par Starlink

Cette expansion intervient dans un contexte d’intérêt croissant en Afrique pour la technologie satellitaire, présentée comme une solution pour réduire la fracture numérique. « La connectivité par satellite occupe une place de plus en plus importante dans l’infrastructure numérique africaine. Elle offre des perspectives prometteuses pour atteindre les communautés mal desservies et isolées », souligne la GSMA dans son rapport « L’économie du mobile en Afrique 2025 ».

Orange n’est toutefois pas le premier à s’aventurer sur ce marché, même si, parmi les opérateurs télécoms africains, rares sont ceux qui ont franchi le pas d’une offre satellite distincte de leurs réseaux terrestres. La plupart combinent encore les capacités satellitaires de leurs partenaires à leurs réseaux terrestres pour étendre la portée de leurs services.

Le marché est également animé par des fournisseurs d’accès à Internet qui distribuent, au détail, à l’échelle nationale ou régionale, des services d’opérateurs satellitaires. Il s’agit par exemple de YahClick, présent dans plusieurs pays africains via des partenaires locaux, ou encore de Avanti Communications, qui s’appuie sur un réseau de distributeurs pour proposer ses services haut débit.

Mais le principal acteur du marché reste pour le moment Starlink, qui a lancé ses services commerciaux sur le continent en janvier 2023. La société est déjà présente dans une trentaine de marchés africains, dont plusieurs où Orange est implanté : le Sénégal, la Guinée-Bissau, le Liberia, la Sierra Leone, la RDC, la Centrafrique, le Botswana et Madagascar. Elle prévoit de lancer ses activités en 2026 dans une quinzaine de nouveaux marchés, dont la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali et le Cameroun.

Par ailleurs, un autre acteur de l’Internet par satellite grand public lorgne déjà le continent, même s’il n’a pas encore commencé ses activités commerciales. Il s’agit d’Amazon Leo, qui a récemment obtenu des licences au Nigeria et prévoit de lancer ses services commerciaux en Afrique du Sud en 2026.

La problématique du coût

Plusieurs défis pourraient freiner les ambitions de conquête du marché africain de l’Internet par satellite. Parmi eux, le coût des services apparaît comme l’un des principaux obstacles, régulièrement pointé du doigt dans le cas de Starlink.

Le cas du Sénégal, l’un des marchés clés d’Orange où le groupe a déjà lancé ses services satellitaires et où Starlink prévoit son entrée, permet d’illustrer ces enjeux. Orange y propose une offre destinée aux ménages à partir de 30 000 FCFA (52,5 $) par mois, et une offre pour les professionnels à partir de 44 900 FCFA mensuels, avec des débits pouvant atteindre théoriquement 100 Mbit/s. Les frais d’accès s’élèvent à 125 000 FCFA pour l’offre professionnelle.

De son côté, Starlink affiche une offre résidentielle avec des vitesses de téléchargement pouvant atteindre 305 Mbit/s pour un abonnement mensuel d’environ 30 000 FCFA. Une formule « Residential Lite », plus accessible, est également proposée autour de 22 000 FCFA par mois, avec des débits pouvant atteindre 200 Mbit/s. À ces coûts s’ajoute toutefois un investissement initial pour l’équipement, compris entre 117 000 FCFA et 146 000 FCFA.

Si les prix des offres proposées par les deux entreprises semblent se rapprocher, il reste à savoir s’ils sont réellement accessibles pour la population. Les 52,5 $ que coûte l’offre résidentielle de Starlink, ainsi que l’offre pour les ménages d’Orange, représentent environ 37,5 % du revenu mensuel moyen par habitant au Sénégal, d’après des données de la Banque mondiale de 2024. Cela dépasse largement le seuil d’abordabilité de 2 % fixé par l’Union internationale des télécommunications (UIT). À titre comparatif, l’UIT indique que 5 GB d’Internet mobile représentait 4,69 % du RNB par habitant en 2024, contre 15,1 % pour l’Internet mobile.

La réglementation, un défi potentiel

Au-delà du prix, la question réglementaire peut également constituer un défi majeur au déploiement de l’offre satellitaire d’Orange en Afrique, même si le groupe détient déjà certaines autorisations. À titre de comparaison, Starlink s’est vu interdire l’usage de ses services dans plusieurs pays avant de finalement obtenir les licences nécessaires.

L’un des exemples les plus marquants est l’Afrique du Sud, où la société américaine doit céder une partie de son capital à des investisseurs locaux, ce qui bloque pour l’instant le lancement commercial. L’entreprise explore actuellement des alternatives pour contourner cet obstacle. Au Maroc et en Tunisie, le calendrier de Starlink reste également incertain, la date de disponibilité des services n’étant pas encore communiquée.

Isaac K. Kassouwi

(Source : Agence Ecofin, 19 mars 2026)

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