Internet : La Mauritanie amorce le déploiement de son deuxième câble sous-marin
mardi 5 mai 2026
Plusieurs pays africains côtiers restent encore desservis par un seul câble sous-marin. Face à une demande croissante en capacité, ils multiplient les investissements pour renforcer leur connectivité internationale et réduire leur vulnérabilité en matière de connectivité.
La Mauritanie progresse vers la mise en place de sa deuxième liaison internationale par câble sous-marin à fibre optique. Samedi 4 mai, les autorités ont procédé à l’installation de la section côtière de l’infrastructure. La pose du câble principal, en haute mer, est prévue pour août 2026, pour une mise en service attendue en janvier 2027.
La cérémonie d’atterrage a été dirigée par Ahmed Salem Ould Bede, ministre de la Transformation numérique et de la Modernisation de l’administration. Longue de 28,4 km, la section côtière a été installée à Nouadhibou, où se situe la station d’atterrage.
La section côtière correspond à la partie du câble située près du rivage, reliant la station d’atterrage à la haute mer. Plus exposée aux activités humaines comme la pêche ou le passage des navires, elle est généralement enfouie et renforcée pour limiter les risques de dommages. Le reste du câble, déployé en haute mer sur de longues distances, repose à grande profondeur, où il est moins exposé mais plus complexe à installer et à entretenir.
Une infrastructure pour renforcer la résilience du réseau
Une fois achevé, ce nouveau câble renforce l’infrastructure numérique nationale en complétant les capacités du câble ACE, auquel la Mauritanie est connectée depuis 2011 et dont elle dépend encore largement pour son accès à la connectivité internationale. Cette dépendance expose le pays à une vulnérabilité en cas d’incident sur l’infrastructure existante.
Les pannes enregistrées sur ce câble ont déjà provoqué des perturbations des services Internet et de téléphonie mobile à l’échelle nationale, affectant administrations, entreprises et usagers. Même les opérations de maintenance programmées entraînent des baisses de débit, voire des interruptions temporaires, en l’absence d’alternative pleinement opérationnelle.
Le nouveau câble dispose d’une capacité initiale de 200 gigabits par seconde (Gbps), extensible à 12 térabits par seconde (Tbps). Il relie la Mauritanie à l’Europe via le Portugal et à l’Amérique du Sud via le Brésil.
Un levier de transformation numérique
Les autorités mauritaniennes attendent de cette infrastructure un renforcement de la connectivité internationale et une réponse à la croissance continue des besoins en données, dans un contexte de transformation numérique accélérée.
En augmentant les capacités disponibles, cette infrastructure améliore la fiabilité et la qualité des services numériques tout en réduisant les risques de congestion. Elle apporte également une redondance par rapport au premier câble sous-marin, renforçant la résilience du réseau en cas de panne ou de surcharge. Cette double connectivité absorbe plus efficacement la croissance du trafic et assure une continuité plus stable des services essentiels, notamment l’administration en ligne, les services financiers et les usages professionnels.
Au-delà des performances techniques, les câbles sous-marins sont associés à une baisse des coûts pour les consommateurs. Un rapport publié en juin 2025 par la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI) indique que le doublement des capacités internationales peut entraîner une baisse des prix pouvant atteindre 32 % pour le haut débit fixe et 50 % pour le haut débit mobile. À titre d’exemple, la mise en service du câble Didon en Tunisie en 2014 a entraîné une baisse de cinq points des tarifs du haut débit mobile.
En Mauritanie, les dépenses pour 5 Go d’Internet mobile représentent 2,94 % du revenu national brut par habitant en 2025, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT). Ce ratio atteint 17,6 % pour l’Internet fixe, bien au-dessus du seuil de 2 % considéré comme le niveau d’accessibilité.
Dans ce contexte, la baisse des tarifs peut favoriser une adoption plus large des services télécoms, en particulier de l’Internet, et par ricochet des services numériques. Selon l’UIT, seulement 45,8 % des Mauritaniens utilisaient Internet en 2024.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 5 mai 2026)
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