Internet : la Guinée officialise son raccordement au câble sous-marin Medusa Africa
jeudi 7 mai 2026
Face aux risques liés à sa dépendance à une seule liaison Internet internationale, la Guinée mise sur le câble Medusa Africa pour diversifier ses routes de connectivité. L’infrastructure, conçue pour relier l’Europe et l’Afrique, affiche une capacité parmi les plus importantes de la région.
La Guinée a officiellement rejoint, le mercredi 6 mai, le projet de câble sous-marin Medusa Africa à travers la signature d’un accord de construction et de maintenance (C&MA). Pour le pays, l’enjeu est stratégique : disposer d’une seconde liaison Internet internationale afin de sécuriser sa connectivité, réduire sa dépendance au câble ACE et renforcer la résilience de son infrastructure numérique dans un contexte de forte croissance des usages.
Lors de la cérémonie organisée à Conakry, le Premier ministre Amadou Oury Bah a qualifié le projet « d’impératif de souveraineté et de sécurité nationale ». Selon lui, le développement numérique constitue désormais une condition essentielle à la compétitivité économique du pays. Le chef du gouvernement a également insisté sur la nécessité d’accélérer l’exploitation du réseau national de fibre optique déjà déployé sur le territoire afin d’assurer une meilleure distribution de la capacité Internet à l’intérieur du pays.
Le projet Medusa Africa prévoit le déploiement d’un câble sous-marin de nouvelle génération reliant l’Europe, l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest et le Moyen-Orient. Pour la Guinée, cette infrastructure servira principalement de solution de redondance face aux risques liés à la dépendance à une seule route internationale. Depuis son raccordement au câble Africa Coast to Europe (ACE) en 2014, le pays a en effet subi plusieurs perturbations d’Internet provoquées par des incidents sur cette infrastructure. Les autorités espèrent ainsi améliorer la continuité de service, augmenter la bande passante disponible et renforcer la qualité globale de la connectivité.
Cette signature intervient dans un contexte où la Guinée accélère ses investissements numériques dans le cadre du programme Simandou 2040, qui fait du numérique un levier de transformation économique. Le gouvernement participe déjà au programme régional WARDIP soutenu par la Banque mondiale et multiplie les initiatives pour renforcer son backbone national en fibre optique ainsi que les interconnexions avec les pays voisins. Malgré ces efforts, l’accès à Internet reste encore limité. Selon DataReportal, le taux de pénétration d’Internet en Guinée était estimé à 26,5 % en 2025, tandis que le coût de la connectivité demeure largement au-dessus des seuils d’abordabilité recommandés.
L’arrivée d’un second câble sous-marin pourrait contribuer à réduire progressivement ces coûts. Dans une étude publiée en 2024, la Banque mondiale estime que chaque doublement de la capacité des câbles sous-marins en Afrique entraîne en moyenne une baisse de 7 % du prix du haut débit fixe et de 13 % pour le mobile. Au-delà de l’amélioration de l’accès à Internet, les autorités guinéennes misent également sur cet investissement pour soutenir l’essor des services numériques dans l’éducation, la santé, la finance ou encore l’administration publique.
Toutefois, les bénéfices du projet dépendront aussi de la capacité du pays à étendre efficacement son réseau terrestre de fibre optique et à améliorer la couverture numérique à l’intérieur du territoire. L’atterrissement d’un câble sous-marin, à lui seul, ne garantit ni une baisse automatique des prix ni une démocratisation rapide de l’accès à Internet, notamment dans les zones rurales encore faiblement connectées.
Samira Njoya
(Source : Agence Ecofin, 7 mai 2026)
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