Interconnexion avec l’Algérie : le Niger accélère son désenclavement numérique
mardi 6 octobre 2026
Alors que la transformation numérique s’accélère, les pays africains renforcent leurs infrastructures de connectivité. Pour les pays enclavés, la tâche est plus complexe puisqu’ils doivent s’appuyer sur leurs voisins pour accéder aux réseaux internationaux.
Les autorités nigériennes ont annoncé le lundi 5 octobre la mise en service imminente de l’interconnexion par fibre optique avec l’Algérie. Pour ce pays enclavé, qui ne dispose pas d’un accès direct aux câbles sous-marins, cette interconnexion s’inscrit dans le cadre des efforts de diversification de ses voies d’accès aux réseaux internationaux.
Selon l’Agence nigérienne de presse (ANP), le ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information, Hamani Kargné, s’est rendu à Agadez, où il doit présider la cérémonie officielle de lancement de la liaison à Assamaka, à la frontière algérienne.
Un pas de plus dans le désenclavement numérique
L’interconnexion avec l’Algérie s’inscrit dans le cadre de la Dorsale transsaharienne à fibre optique (DTS), un projet régional qui vise à renforcer les infrastructures de télécommunications terrestres et à interconnecter plusieurs pays du Sahel et d’Afrique du Nord. Au Niger, le projet prévoit notamment de prolonger le backbone national jusqu’aux frontières de cinq pays voisins : l’Algérie, le Nigeria, le Bénin, le Burkina Faso et le Tchad.
Sur le territoire nigérien, le projet comprend ainsi 1 031 km de fibre optique répartis sur cinq axes : Arlit-Assamaka-frontière algérienne (220 km), Diffa-N’Guigmi-frontière tchadienne (186 km), Zinder-Magaria-frontière nigériane (117 km), Niamey-Dosso-Gaya-frontière béninoise (300 km) et Niamey-Makalondi-frontière burkinabè (118 km). À ces infrastructures s’ajoute une boucle locale de 88 km destinée à relier les principaux sites administratifs au futur centre de données national.
L’Algérie par exemple dispose de cinq liaisons sous-marines qui la relient aux réseaux internationaux avec une autre prévue pour 2027, selon la plateforme Submarine Cable Map. Sa capacité internationale équipée atteignait 9,8 Tbit/s en 2024, selon le ministère algérien de la Poste et des Télécommunications.
Cette possibilité complète les autres voies dont dispose le Niger. Au sud, la liaison vers le Bénin permet de rejoindre des câbles comme ACE, SAT-3 et MTWA/Moov Africa, tandis que l’axe vers le Nigeria donne accès à un marché connecté à plusieurs systèmes sous-marins, dont MainOne, SAT-3, ACE, Glo-1, WACS, Equiano et NCSCS. Le Burkina Faso et le Tchad, eux aussi enclavés, peuvent potentiellement servir de routes de transit vers les infrastructures de connectivité des pays voisins.
Mais des défis subsistent
Ces interconnexions devraient contribuer à désenclaver davantage le Niger et renforcer l’accès à Internet. Leur impact dépend toutefois de la mise en service effective des différents tronçons. Le projet DTS avait déjà fait l’objet d’une réception provisoire en novembre 2025, après l’achèvement de ses 1 031 km de fibre sur le territoire nigérien.
La vulnérabilité des infrastructures constitue une autre difficulté. Les fibres terrestres, souvent déployées le long des routes ou d’autres axes de transport, peuvent être coupées accidentellement lors de travaux de terrassement, d’aménagement routier ou par des engins de chantier. Elles peuvent aussi être endommagées par des accidents, des actes de vandalisme ou, dans les zones exposées à l’insécurité, des attaques contre les infrastructures. Une coupure sur un tronçon peut alors interrompre la liaison et priver de connectivité les zones qui en dépendent.
Le Niger reste par ailleurs exposé aux incidents qui surviennent sur les réseaux des pays par lesquels transite son trafic. Une coupure au Bénin, au Nigeria, au Burkina Faso ou en Algérie pourrait ainsi affecter l’accès du pays aux réseaux internationaux, même si ses propres infrastructures restent intactes. Le Tchad en fournit une illustration : dépendant notamment du Cameroun pour sa connectivité internationale, il est régulièrement affecté par les coupures qui touchent les infrastructures de son voisin. Sa liaison avec le Soudan est par ailleurs hors service depuis 2024 en raison de la guerre qui sévit dans ce pays.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 6 octobre 2026)
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