Infrastructure numérique : le Tchad a encore besoin de 8000 km de fibre optique
jeudi 17 septembre 2026
Le Tchad reste confronté à une forte fracture numérique. D’après l’UIT, près de 87 % de la population n’utilisait pas Internet en 2024, soit l’un des niveaux les plus élevés du continent.
Le Tchad doit encore déployer environ 8000 km de fibre optique pour parvenir à un maillage complet de son territoire, selon les autorités. Ce constat intervient dans un contexte où elles accélèrent le développement de l’infrastructure numérique pour étendre la couverture du pays et réduire les zones encore privées de connectivité.
C’est ce qu’a indiqué le ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation, Haliki Choua Mahamat (photo), lors d’un échange le mardi 15 septembre avec le représentant résident de la Banque mondiale au Tchad, Farouk Mollâh Banna. Le ministre a souligné que le maillage du territoire national reste incomplet, six provinces n’étant toujours pas connectées par fibre optique.
Une infrastructure indispensable, mais sous-développée
Le réseau national de fibre optique constitue l’ossature des télécommunications du pays. Il permet d’acheminer les données entre les principales zones du territoire et de relier les réseaux des opérateurs aux infrastructures nationales et internationales. Il représente ainsi un maillon essentiel de la chaîne qui permet d’acheminer les services Internet jusqu’aux utilisateurs finaux.
Cette infrastructure s’inscrit dans ce que la Banque mondiale définit comme le « kilomètre intermédiaire », c’est-à-dire la partie du réseau qui assure la circulation des données à l’intérieur d’un pays. Ce maillon comprend les réseaux interurbains, qui peuvent s’appuyer sur des câbles à fibre optique, des faisceaux hertziens ou des liaisons satellitaires, ainsi que sur des points d’échange Internet et des infrastructures locales d’hébergement de contenus.
Cependant, selon le « Diagnostic de l’économie numérique du Tchad » publié en juin 2023 par la Banque mondiale, le backbone national en fibre optique demeure insuffisant pour un pays de cette taille, malgré son expansion ces dernières années. Il est composé de trois axes — occidental, méridional et oriental — et est presque entièrement détenu par l’État tchadien. Son exploitation est assurée par Sotel Tchad et Sudachad.
Le réseau relie principalement les localités des régions méridionale et orientale à N’Djamena, laissant les régions occidentale et septentrionale moins bien desservies. Pour renforcer ce maillage, deux projets étaient en cours au moment du diagnostic de la Banque mondiale. Le Projet de modernisation des infrastructures de communications électroniques (PMICE) prévoit notamment le déploiement de 1200 km de fibre optique, tandis que le projet de Dorsale transsaharienne (DTS) doit ajouter 550 km de fibre entre Massaguet, au Tchad, et N’Guigmi, au Niger.
La Banque mondiale estimait toutefois que d’autres liaisons seraient nécessaires, notamment vers la Libye au nord et la République centrafricaine au sud, pour permettre au Tchad de parvenir à une connectivité généralisée.
Développer les autres maillons de l’infrastructure nationale
Le renforcement du réseau national doit aussi s’accompagner d’une amélioration de l’accès du Tchad à la connectivité internationale. Le pays dépend en partie de ses voisins pour accéder aux réseaux mondiaux et dispose encore d’une capacité internationale limitée. La Banque mondiale relevait ainsi que le Tchad ne disposait que d’une seule sortie internationale opérationnelle par le Cameroun au moment de son analyse, après la mise hors service de la liaison orientale dans le contexte du conflit au Soudan.
Le dernier kilomètre constitue un autre maillon à renforcer. Il correspond à la partie du réseau qui relie les infrastructures principales aux utilisateurs finaux, à travers les réseaux mobiles ou fixes. Au Tchad, son développement reste confronté au coût élevé du déploiement des infrastructures, à la faible densité de population et au manque d’électricité dans certaines zones. La Banque mondiale estime que ces contraintes contribuent à limiter l’accès à une connectivité abordable, particulièrement en dehors des centres urbains.
Enfin, le « kilomètre invisible » regroupe les conditions qui permettent aux infrastructures physiques de fonctionner et de se développer efficacement. Il comprend notamment la gestion du spectre radioélectrique, les ressources de numérotation, la cybersécurité, les droits de passage, mais aussi certains obstacles réglementaires, fiscaux ou liés à la concurrence.
Pour rappel, les réseaux 2G et 3G couvraient respectivement 86,9 % et 84,5 % de la population en 2024, Selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT). La 4G, quant à elle, couvrait 60 % de la population, estimée à environ 25 millions d’habitants. En matière d’usage, l’UIT estime le taux de pénétration de la téléphonie mobile à 44,3 %, contre seulement 12,6 % pour l’Internet mobile.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 17 septembre 2026)
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