Inclusion numérique : le Mozambique veut connecter 300 localités aux services télécoms
mardi 18 août 2026
Comme d’autres pays africains, le Mozambique mise sur le numérique pour accélérer son développement socio-économique. La réalisation de cette ambition passe toutefois par une condition essentielle : élargir l’accès aux services de télécommunications à l’ensemble de la population.
Les autorités mozambicaines veulent étendre les services de télécommunications à au moins 300 localités au cours des prochaines années. L’objectif a été annoncé par le ministère des Communications et de la Transformation numérique le lundi 17 août, citant une interview du ministre Américo Muchanga. L’initiative s’inscrit dans les efforts engagés pour accélérer l’inclusion numérique dans un pays où près de 80 % de la population n’utilisait pas Internet en 2024, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT).
Maputo prévoit de connecter jusqu’à 4 000 écoles et de créer environ 10 000 nouveaux points d’accès aux réseaux 4G et 5G. Le gouvernement indique par ailleurs avoir déjà raccordé 149 localités à Internet et assuré la connexion de 418 écoles.
Étendre la couverture pour réduire les zones blanches
Cette annonce intervient après le lancement, en avril 2026, de la phase pilote du service d’itinérance nationale, qui permet aux consommateurs d’utiliser le réseau de n’importe quel opérateur pour accéder aux services de télécommunications. Les autorités mozambicaines mettent également en œuvre un projet de connectivité rurale à travers le Fonds de service d’accès universel (FSAU), en partenariat avec les opérateurs télécoms. En octobre 2025, le déploiement de 60 nouvelles stations de téléphonie mobile dans les zones rurales de neuf provinces a d’ailleurs été lancé.
Le gouvernement mozambicain a également officialisé, en mars 2025, l’initiative « Internet Para Todos », destinée à démocratiser l’accès à Internet d’ici 2030. À terme, l’exécutif ambitionne d’atteindre un taux de pénétration mobile de 80 % et une couverture de 95 % du territoire national, tandis que la disponibilité du réseau devrait atteindre 99 %.
En matière de performances, le gouvernement vise des débits compris entre 100 mégabits par seconde (Mbps) et 1 gigabit par seconde (Gbps) pour la 5 G, entre 10 et 100 Mbps pour la 4 G et entre 0,1 et 10 Mbps pour la 3 G. Pour atteindre ces objectifs, Maputo prévoit, entre autres, de faciliter l’entrée d’opérateurs de satellites en orbite basse et d’entreprises spécialisées dans les infrastructures télécoms, ainsi que l’extension du réseau de fibre optique.
Une fracture numérique prononcée
Ces initiatives interviennent dans un contexte où l’accès aux TIC reste fortement inégal sur l’ensemble du territoire national. Il atteint 80 % dans les zones urbaines, contre seulement 20 % dans les zones rurales, selon l’Institut national des communications du Mozambique (INCM). Les données de l’UIT montrent que la 2G, la 3G, la 4G et la 5 G couvraient respectivement 88 %, 86 %, 84 % et 10 % de la population, estimée à 34,6 millions en 2024, sans distinction entre les milieux rural et urbain. La Banque mondiale estime que 61 % des Mozambicains vivaient en milieu rural en 2024.
En matière d’adoption, l’UIT indique que 79,9 % de la population possédait un téléphone mobile en 2024 et était donc susceptible d’utiliser les services de téléphonie mobile. Pour Internet, le taux de pénétration était estimé à 20,5 %, selon la même source.
Utilisation d’Internet au Mozambique et dans le monde en 2024
Une couverture réseau qui ne suffit pas à elle seule
Il convient toutefois de rappeler que les efforts engagés par les autorités mozambicaines sont largement axés sur l’amélioration de la couverture réseau. Or, la disponibilité des infrastructures ne garantit pas à elle seule l’adoption et l’utilisation effective des services télécoms.
Plusieurs facteurs entrent en jeu, notamment la capacité des populations à accéder à des appareils compatibles, comme les smartphones, dont le taux de pénétration était de 20,35 % en 2024, d’après la Banque mondiale.
Taux de possession de smartphone au Mozambique en 2024
Selon le « Mobile Connectivity Index » de l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA), le Mozambique affichait en 2024 un score de 30,1 sur 100 en matière d’accessibilité financière des téléphones mobiles. Pour le téléphone basique ou le smartphone compatible Internet le moins cher, le pays obtenait un score de 41,9 sur 100. Ce chiffre tombe à 18,3 sur 100 pour les 40 % les plus pauvres de la population.
D’autres facteurs incluent le prix des services de télécommunications et le niveau de revenu des populations. L’accès à Internet dépend également de la capacité des utilisateurs à maîtriser les outils numériques et à en percevoir l’utilité.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 18 août 2026)
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