Inclusion numérique : la Côte d’Ivoire accélère l’accès au smartphone en milieu rural
jeudi 18 juin 2026
Les pays africains multiplient les efforts pour réduire la fracture numérique. Au-delà des infrastructures télécoms physiques, une attention accrue est désormais portée à l’accessibilité des équipements et aux conditions d’adoption des services numériques par les populations.
Le gouvernement ivoirien veut faciliter l’accès aux smartphones en milieu rural afin d’accélérer l’inclusion numérique. L’initiative vise à permettre aux populations de se connecter à Internet à moindre coût et à haut débit, alors que le prix des terminaux reste l’un des principaux freins à l’adoption du numérique en Afrique.
Le projet a été annoncé la semaine dernière par le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara. Il était l’invité de « Gouv’Talk », le rendez-vous d’échanges en ligne entre les membres du gouvernement de Côte d’Ivoire et les citoyens, initié par le Centre d’information et de communication gouvernementale (CICG).
Cette initiative s’inscrit dans un ensemble d’actions destinées à étendre l’accès au haut débit. Parmi elles figurent le déploiement prochain de la 5G, l’autorisation accordée à Starlink pour fournir des services d’Internet par satellite dans le pays, ainsi que l’extension progressive de la couverture haut débit sur l’ensemble du territoire, notamment dans les zones rurales.
Un enjeu d’inclusion numérique encore important
Cette annonce intervient dans un contexte où environ 60 % de la population n’avait pas encore accès à Internet en 2024, selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), alors même que la 4G couvrait à la même période au moins 93,7 % de la population. Un écart important persiste donc entre couverture réseau et usage effectif, lié notamment aux difficultés d’accès aux smartphones.
Selon l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA), l’incapacité à acquérir un téléphone compatible Internet constitue l’un des principaux freins à l’adoption du numérique dans les zones déjà couvertes par le réseau. L’organisation souligne que, malgré la prolifération de terminaux proposés pour moins de 100 dollars au cours des dernières années, ces appareils restent hors de portée pour une large partie de la population.
Au-delà du coût, d’autres obstacles freinent également l’adoption : le faible niveau de compétences numériques, les barrières liées à l’alphabétisation, la méconnaissance des usages, ainsi que le manque de contenus locaux adaptés.
Des solutions déjà expérimentées ailleurs en Afrique
Dans sa communication officielle, le gouvernement ivoirien n’a pas précisé les mesures qui seront mises en œuvre pour faciliter l’accès aux smartphones en milieu rural. Toutefois, plusieurs mécanismes ont déjà été expérimentés dans d’autres pays africains pour rendre ces terminaux plus accessibles aux populations.
À Madagascar, par exemple, le gouvernement a lancé un programme de distribution de 664 000 équipements numériques subventionnés, dont 400 000 destinés aux femmes et aux jeunes filles. La mise en œuvre repose sur un réseau de neuf distributeurs agréés, chargés d’assurer la transparence du processus, l’accessibilité des équipements et un déploiement progressif sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones rurales.
Dans d’autres pays, comme le Rwanda, les autorités ont privilégié des partenariats avec les opérateurs télécoms et des acteurs du secteur privé afin de proposer des smartphones à prix réduit ou des mécanismes de financement permettant aux utilisateurs d’étaler leurs paiements sur plusieurs mois.
Certains États explorent également la production locale de smartphones afin de réduire les coûts liés à l’importation et de renforcer l’accessibilité des terminaux. Le Kenya fait partie des pays les plus avancés dans ce domaine, avec une usine d’assemblage lancée en octobre 2023. Fruit d’un partenariat public-privé, cette unité a déjà assemblé, selon les autorités, environ cinq millions d’appareils en début d’année, commercialisés entre 6000 et 8000 shillings kényans (46,3 à 61,7 dollars). L’Ouganda, le Ghana, la Zambie ou encore la Guinée se sont également intéressés à cette approche.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 18 juin 2026)
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