IA : Washington fait retirer le modèle phare d’Anthropic du marché mondial
samedi 13 juin 2026
Anthropic a ouvert cette semaine au public une version bridée de son modèle d’IA le plus puissant, jusque-là réservé à quelques partenaires en raison de ses capacités jugées dangereuses pour la cybersécurité. Les précautions prises par l’entreprise s’avèrent insuffisantes, selon le gouvernement américain.
La start-up américaine Anthropic, à l’origine de l’assistant d’intelligence artificielle Claude, a annoncé le vendredi 12 juin la suspension avec effet immédiat de l’accès à ses modèles les plus avancés pour l’ensemble des clients. Elle indique se conformer ainsi à une directive du gouvernement américain interdisant l’utilisation des modèles Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 à tout ressortissant étranger, qu’il réside ou non aux États-Unis, y compris aux employés non américains d’Anthropic.
L’entreprise explique que l’application pratique de cette interdiction l’oblige à désactiver les deux modèles pour tous les utilisateurs. Elle précise avoir reçu l’ordre à 17 h 21, heure de la côte Est des USA, soit 21 h 21 UTC, sans explication précise sur la menace évoquée. Selon la société, Washington aurait été alerté de l’existence d’une méthode permettant de contourner une partie des garde-fous de Fable 5. Anthropic reconnaît un contournement limité, mais conteste qu’il justifie le retrait du modèle.
Un lancement stoppé après trois jours
Début avril, Anthropic avait dévoilé Mythos, un modèle capable de repérer des failles informatiques et de les combiner de façon autonome. La société avait alors refusé de le commercialiser auprès du grand public, estimant que ses capacités pouvaient être détournées pour mener des cyberattaques. Une version expérimentale avait seulement été confiée à un cercle restreint d’entreprises technologiques et de spécialistes de la cybersécurité.
Lancé le mardi 9 juin, Fable 5 devait permettre à Anthropic de rendre cette technologie accessible sans en diffuser les usages les plus sensibles. Fable 5 et Mythos 5 reposent sur le même modèle de base, mais le premier intègre un système chargé de détecter les demandes liées notamment à la cybersécurité offensive, à la biologie ou à la chimie, puis de les rediriger vers un modèle moins puissant. Mythos 5, sans ces restrictions, restait réservé aux organisations agréées dans le cadre d’un programme de cyberdéfense de l’entreprise dénommée Project Glasswing.
Alors qu’Anthropic espère rétablir l’accès à ces modèles « dès que possible », cet épisode constitue l’une des interventions les plus directes de Washington dans la diffusion internationale d’un modèle d’IA. Il survient dans un contexte où se mène en Afrique un débat sur la dépendance du continent à des entreprises et infrastructures étrangères pour les modèles, le cloud, les centres de données, les puces et la puissance de calcul.
Là où les discussions portent encore sur la maîtrise des données, l’adaptation des modèles aux langues et aux réalités africaines, ainsi que sur la diversification des fournisseurs, cette suspension rappelle les limites d’une souveraineté qui ne reposerait que sur le stockage local des données, sans maîtrise suffisante des modèles, infrastructures et règles qui les gouvernent.
Emiliano Tossou
(Source : Agence Ecofin, 13 juin 2026)
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