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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Mars 2026 > IA dans l’administration publique  : le Ghana forme ses fonctionnaires

IA dans l’administration publique  : le Ghana forme ses fonctionnaires

vendredi 27 mars 2026

Intelligence artificielle

Les États africains accélèrent l’adoption de l’IA pour moderniser les services publics. Son efficacité dépend toutefois de la capacité des fonctionnaires à la maîtriser pleinement.

Les autorités du Ghana ont lancé cette semaine un programme national de formation des fonctionnaires à l’intelligence artificielle (IA). Selon le gouvernement, cette initiative vise à renforcer les capacités du secteur public afin de soutenir l’agenda national de transformation numérique, dans lequel l’IA est appelée à jouer un rôle central.

La première cohorte du programme d’alphabétisation à l’IA s’est tenue à Accra sur une période de trois jours, du 24 au 26 mars. Mise en œuvre avec le soutien de l’UNESCO, la formation sera dispensée en quatre cohortes jusqu’en mai 2026.

Le programme repose sur un modèle de «  formation des formateurs  », conçu pour en assurer la pérennité. Dans cette logique, les participants ont été sélectionnés pour devenir des relais au sein de l’administration publique. Leur rôle sera de diffuser les connaissances acquises auprès de leurs collègues dans les ministères, départements et agences.

Lors de la session inaugurale du 24 mars, le directeur de l’administration générale du ministère des Communications, des Technologies numériques et de l’Innovation, Alfred Nortey, a détaillé le contenu du programme. Celui‑ci couvre plusieurs concepts fondamentaux de l’intelligence artificielle, comme l’apprentissage automatique, les réseaux neuronaux et les différentes étapes du processus de développement des systèmes d’IA.

Il a également précisé que les participants seront sensibilisés à la distinction entre deux grandes catégories d’IA. D’une part, l’IA prédictive, qui permet d’anticiper des résultats à partir de données existantes. D’autre part, l’IA générative, capable de produire de nouveaux contenus. Dans les deux cas, une attention particulière est accordée à la supervision humaine, considérée comme essentielle pour garantir la fiabilité, l’exactitude et la responsabilité des systèmes déployés.

«  Cette initiative devrait renforcer les capacités institutionnelles, favoriser la collaboration et soutenir une intégration responsable de l’IA au sein de l’administration, positionnant ainsi la fonction publique ghanéenne pour offrir des services publics plus efficaces, innovants et centrés sur les citoyens  », a déclaré le ministère des Communications, des Technologies numériques et de l’Innovation, dans un communiqué sur Facebook.

L’IA, un levier d’efficacité pour l’action publique

Ce programme s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie nationale d’intelligence artificielle du Ghana (2023‑2033). À travers cette feuille de route, les autorités entendent exploiter le potentiel de l’IA pour stimuler une croissance inclusive dans l’ensemble des secteurs économiques, améliorer la qualité de vie des populations et positionner le pays comme un acteur de référence en matière d’IA sur le continent africain.

Cette ambition s’appuie également sur des dynamiques observées à l’échelle internationale. Dans son rapport «  E‑Government Survey 2024  », le Département des affaires économiques et sociales (DAES) des Nations unies souligne que l’intelligence artificielle peut transformer en profondeur le fonctionnement des administrations publiques.

Selon ce rapport, l’automatisation des tâches administratives grâce à l’IA permet non seulement d’accroître l’efficacité, mais aussi de réduire les délais de traitement et d’éliminer certaines redondances. Les systèmes d’IA peuvent également être utilisés pour détecter des anomalies, classer de grandes quantités de données ou encore formuler des recommandations plus précises pour appuyer la prise de décision publique.

Le DAES rappelle toutefois que la majorité des pays sont confrontés à un double défi  : améliorer la performance des services publics tout en opérant dans un contexte de contraintes budgétaires. Dans ce cadre, les technologies d’IA apparaissent comme des outils particulièrement adaptés.

Plusieurs exemples sont cités dans le rapport. À Singapour, le gouvernement a intégré l’IA dans le service «  Moments of Life  », afin de simplifier les démarches administratives liées notamment à l’enregistrement des naissances ou à la prise en charge des personnes âgées. En Inde, les autorités ont recours à l’IA dans le secteur agricole, contribuant à améliorer la chaîne de valeur pour des milliers de producteurs agricoles. Des cas d’usage ont également été observés au Togo, au Royaume‑Uni et en Croatie.

Des risques à encadrer pour une adoption responsable

Au‑delà des opportunités, les autorités ghanéennes insistent sur la nécessité d’encadrer l’usage de l’IA, en tenant compte des enjeux éthiques et des risques associés. C’est pourquoi le programme de formation attire l’attention des bénéficiaires sur la désinformation, la protection des données et la cybersécurité, les biais algorithmiques, entre autres enjeux.

Sur la question des biais, le DAES rappelle que les algorithmes d’IA reposent sur les données utilisées pour leur apprentissage. Par conséquent, toute distorsion ou insuffisance dans ces données peut conduire à une mauvaise représentation, voire à une sous‑représentation de certains groupes sociaux. Ce risque est particulièrement préoccupant dans le cadre de l’action publique. Lorsque les gouvernements utilisent l’IA pour élaborer ou mettre en œuvre des politiques publiques, des biais non maîtrisés peuvent accentuer les inégalités existantes, souvent au détriment des populations marginalisées.

Conscientes de ces enjeux, les autorités du Ghana entendent privilégier le développement de systèmes d’IA adaptés au contexte local. Cela implique l’utilisation de données nationales, intégrant les réalités culturelles et les priorités de développement du pays, plutôt que par une dépendance exclusive à des jeux de données étrangers. L’objectif est de garantir une utilisation plus équitable, plus pertinente et plus responsable de l’intelligence artificielle dans l’administration publique.

Isaac K. Kassouwi

(Source : Agence Ecofin, 27 mars 2026)

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