IA – Administration publique : Le Sénégal refuse de subir le diktat du numérique
samedi 12 septembre 2026
Face à la montée en puissance de l’Intelligence artificielle et des technologies de l’information, le ministère de la Fonction publique et celui des Télécommunications ont conjointement élaboré un Plan national de formation. L’objectif : doter plus de 35 000 agents publics des compétences nécessaires pour moderniser le service au bénéfice des usagers.
Le numérique et l’Intelligence artificielle (Ia) gouvernent aujourd’hui le monde. Face à cette révolution, la préparation est essentielle, sous peine de la subir. Une réalité bien comprise par l’Administration sénégalaise, qui a pris la décision de former ses agents pour qu’ils s’approprient ces outils, en vue d’améliorer la satisfaction des usagers du service public. « Il nous appartient d’anticiper sur ce que nous voulons faire avec la machine, l’Ia et le numérique, afin d’éviter que ces technologies nous dictent notre conduite », a déclaré Dr Ibrahima Dieng, directeur de la Fonction publique. Selon lui, l’inaction n’est plus une option.
C’est pour répondre à cet enjeu stratégique que le ministère de la Fonction publique, du travail et de la réforme du service public -en sa qualité de Direction des ressources humaines globale de l’Etat- s’est associé au ministère des Télécommunications et du numérique, avec l’accompagnement de la structure « Force N », pour concevoir le Plan national de formation des agents de l’Etat.
Se félicitant de la tenue de cet atelier de validation, Dr Dieng a souligné l’impact de cette collaboration interministérielle pour outiller le personnel administratif : « C’est une véritable démarche d’ingénierie qui a été mise en œuvre. Elle englobe l’ensemble des catégories socioprofessionnelles de l’administration publique, avec une pédagogie intégrant un socle commun et des programmes sectoriels. Une phase de déconcentration dans les pôles-territoires régionaux est également prévue, portée par un plan de déploiement déjà opérationnel. Tout a été pensé pour que l’agent public dispose des armes nécessaires à cette transformation et renforce la qualité du service. »
Pour mener à bien ce projet, un programme initial structuré autour de cinq modules est déjà disponible et prêt à être déployé auprès des bénéficiaires, tandis que d’autres modules sont en cours de développement. Le ciblage couvre l’ensemble des agents (hiérarchies A, B et C), tout en incluant des modules spécifiques destinés aux fonctions managériales pour optimiser le pilotage quotidien des structures.
De son côté, Aïssatou Jeanne Ndiaye a rappelé que la réussite de ce plan repose sur l’engagement collectif et la disponibilité des agents. L’ambition affichée fixe un seuil d’au moins 70% de participation aux examens et un taux de réussite de 75%.
L’atelier a également été l’occasion de revenir sur la phase pilote menée au début de l’année 2026. Selon Abdou Diatta, celle-ci a permis d’évaluer le comportement des agents face à l’offre et de former 583 personnes issues de trois départements : Industrie et commerce, Numérique et Fonction publique. « Cette phase nous a révélé un taux de décrochage, particulièrement lors des examens. Cela démontre un besoin accru de communication et de sensibilisation pour accompagner les agents, ce qui requiert l’implication directe des Drh et des autorités administratives », a précisé M. Diatta.
Sur les 183 500 agents recensés au sein de la Fonction publique, la cartographie des besoins fait ressortir que 35 857 agents nécessitent une formation prioritaire. Parmi eux, 50% se trouvent dans la région de Dakar, et 9147 relèvent du ministère de l’Education (qui concentre à lui seul 60% des effectifs globaux de l’Etat). S’inscrivant dans une démarche globale de performance, l’Administration vise, à terme, la participation d’au moins 80% de ses agents à au moins un module de formation une fois le plan définitivement déployé.
Justin Gomis
(Source : Le Quotidien, 12 septembre 2026)
OSIRIS