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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Mars 2026 > Huawei : vers l’installation d’une usine d’assemblage d’appareils numériques (…)

Huawei : vers l’installation d’une usine d’assemblage d’appareils numériques au Ghana

vendredi 6 mars 2026

Economie numérique

Plusieurs obstacles limitent l’adoption d’Internet et des services numériques en Afrique, notamment le coût élevé des appareils compatibles, le prix des offres et le manque de littératie numérique. Les gouvernements et les acteurs privés explorent diverses solutions pour lever ces contraintes.

Le gouvernement ghanéen a engagé des discussions avec le géant technologique chinois Huawei en vue de l’éventuelle installation d’une usine d’assemblage d’appareils numeriques dans le pays. Cette initiative vise à rendre accessibles des appareils intelligents abordables, tant pour le marché ghanéen que pour les pays voisins.

Les échanges se sont déroulés en marge du Mobile World Congress (MWC), qui se tient cette semaine à Barcelone, en Espagne. Selon les autorités ghanéennes, ce projet s’inscrit dans le cadre d’un programme de l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA) mené en partenariat avec plusieurs groupes télécoms africains et sept fabricants d’équipements d’origine (OEM), visant à proposer des smartphones à 40 dollars sur le marché africain.

Samuel Nartey George (photo), ministre ghanéen de la Communication, des Technologies numériques et de l’Innovation, a précisé qu’il avait soumis une proposition à la GSMA pour permettre à des pays comme le Ghana de présenter directement leur candidature aux OEM impliqués. Ces derniers pourraient ainsi décider de l’implantation de leurs usines en fonction des avantages offerts par chaque pays.

Le ministre estime que, grâce à sa stabilité politique relative, à sa position stratégique en tant que porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest, à son économie dynamique, à ses zones franches et à la flexibilité offerte aux multinationales pour rapatrier leurs bénéfices, le Ghana est bien placé pour accueillir une usine d’assemblage d’appareils numeriques.

Un coup de pouce à l’adoption des services numériques

Les autorités ghanéennes estiment que cette initiative pourrait faciliter l’accès au haut débit mobile et aux services numériques en réduisant le coût des appareils. En effet, le prix élevé des smartphones constitue l’un des principaux obstacles à l’adoption de l’Internet mobile en Afrique, même lorsque le réseau est disponible. Selon la GSMA, malgré l’arrivée sur le marché de smartphones à moins de 100 dollars ces dernières années, ces appareils restent encore inaccessibles pour une large partie de la population.

M. George estime que si l’usine d’assemblage de téléphones abordables est mise en place, davantage de Ghanéens pourront accéder à des appareils compatibles 4G et même 5G, contribuant ainsi à réduire l’écart entre couverture et usage.

Il a souligné, par exemple, que bien que le Ghana dispose d’une couverture 4G supérieure à 90 %, son utilisation reste inférieure à 60 %. Bien que couverte par le réseau, une partie de la population ne peut s’offrir un smartphone et utilise encore des téléphones basiques qui ne permettent pas l’accès à la 4G. Selon des données de la Banque mondiale, le taux de pénétration du smartphone s’élève à 53 % de la population ghanéenne âgée de plus de 15 ans.

Un scénario similaire pourrait se reproduire dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest si les appareils sont effectivement destinés à ces marchés. À l’échelle du continent, la 4G représentait 45 % des connexions mobiles en 2024, contre 2 % pour la 5G, selon la GSMA. Ces parts devraient atteindre respectivement 54 % et 21 % d’ici 2030. Des pays voisins du Ghana, comme la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin, le Burkina Faso, le Niger et le Mali affichent des taux de pénétration du smartphone compris entre 18 % et 48 %.

Défis et incertitudes

Il convient toutefois de rappeler que le calendrier de mise en service de l’usine d’assemblage n’est pas encore connu, même si M. George affirme que « des progrès significatifs » ont été réalisés lors des échanges avec Huawei. Le programme de smartphones à 40 dollars de la GSMA doit d’abord être testé dans six pays africains : la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Nigeria, le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda.

Au-delà du calendrier, la question de la qualité des appareils assemblés localement se pose également. Huawei assemblera-t-il des modèles existants ou développera-t-il de nouveaux appareils spécifiquement adaptés aux contraintes de coût et aux besoins du marché africain ? Bien que la GSMA ait prévu des normes de qualité dans le cadre de son programme, leur application par les OEM ainsi que la perception des consommateurs demeurent des enjeux déterminants.

L’expérience du Kenya illustre ce point. Dans ce pays, où le gouvernement a mis en place une usine d’assemblage de smartphones en partenariat avec le secteur privé, l’adoption des appareils assemblés localement reste modeste, selon un rapport de la GSMA publié en octobre 2025. L’étude explique que les consommateurs les perçoivent souvent comme étant de moindre qualité et moins attractifs que des marques internationales bien connues comme Infinix, Itel, Redmi ou Vivo, également présentes sur le segment des smartphones à bas coût.

Selon la GSMA, ces observations montrent que les initiatives d’assemblage local doivent s’accompagner de stratégies de construction de marque et de renforcement de la confiance des consommateurs afin de concurrencer efficacement sur le marché.

Isaaac K. Kassouwi

(Source : Agence Ecofin, 6 mars 2026)

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