Guinée : les autorités s’intéressent à la relance de l’opérateur télécoms privé Cellcom
mercredi 22 juillet 2026
Le gouvernement guinéen mise sur le numérique pour accélérer son développement socio-économique. Cela suppose un marché télécoms compétitif, porté par des opérateurs capables de fournir aux particuliers, aux entreprises et aux administrations publiques des services fiables et de qualité.
En Guinée, la relance de l’opérateur de téléphonie mobile privé Cellcom préoccupe les autorités. En recul depuis plusieurs années, l’entreprise cherche à retrouver une dynamique sur un marché où elle est en concurrence avec Orange Guinée et MTN Guinée (Areeba).
Le sujet a été au cœur d’une réunion tenue le mardi 21 juillet entre le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, Mourana Soumah (photo), et la direction de l’opérateur. Cette rencontre s’inscrit dans une série de concertations engagées avec les acteurs du secteur, après des échanges avec Orange Guinée et le fournisseur d’accès à Internet ETI.
Selon un communiqué du ministère, les discussions avec le directeur général de Cellcom, Souleymane Thiam, ont porté sur les actions de relance déjà engagées par l’entreprise, les difficultés techniques auxquelles elle est confrontée ainsi que ses besoins en infrastructures.
« Je lui ai rappelé nos exigences : investissements soutenus, amélioration de la qualité de service et élargissement de la couverture réseau. J’attends des résultats concrets, dans le cadre de la vision Simandou 2040, et j’assurerai un suivi personnel dans les semaines à venir », a déclaré le ministre sur les réseaux sociaux. Il a souligné que l’objectif est de garantir aux usagers des services de télécommunications fiables et performants.
Entre crises sociales, financières et techniques, un opérateur en perte de vitesse
Cette initiative survient alors que Cellcom traverse une nouvelle zone de turbulences. L’opérateur est en conflit avec une partie de ses employés, qui dénoncent des licenciements jugés abusifs, des retards de paiement des salaires, une mauvaise gestion ainsi que le non-respect de plusieurs engagements pris par la direction.
En décembre 2025, la presse locale avait rapporté la fermeture des locaux de l’entreprise par son bailleur, WAQF-BID, en raison de deux à trois années d’impayés de loyers estimés à 14 milliards de francs guinéens (environ 1,6 million USD). L’opérateur avait finalement obtenu la réouverture de son siège à la suite d’une décision judiciaire.
Dans un communiqué daté d’avril et relayé par la presse locale, Cellcom reconnaissait faire face à une érosion progressive de ses revenus, résultant entre autres de l’obsolescence d’une partie significative de ses infrastructures réseau, qui ne lui permettait plus de garantir un niveau de qualité de service conforme aux standards du secteur et aux attentes des consommateurs.
Ainsi, la Fédération syndicale autonome des télécommunications (FESATEL) a annoncé en avril son intention de saisir officiellement les autorités afin d’exiger un audit de Cellcom et, si nécessaire, sa mise sous administration provisoire. Elle n’exclut pas non plus une liquidation de l’entreprise, accompagnée d’un reclassement des employés dans d’autres sociétés du secteur.
Un recul marqué sur le marché
À fin juin 2025, Cellcom ne détenait plus que 2,4 % des 12,8 millions d’abonnements à la téléphonie mobile recensés par l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT). Sur le marché de l’Internet mobile, sa part de marché n’était plus que de 1,9 %, loin derrière Orange Guinée et MTN Guinée (Areeba).
Ces chiffres illustrent le recul progressif de Cellcom sur le marché guinéen au cours de la dernière décennie. Dans la téléphonie mobile, sa part de marché est passée de 20 % en 2015 à 11,5 % en 2020, puis 6,3 % en 2024, avant de tomber à 2,4 % à fin juin 2025. Sur l’Internet mobile, elle est passée de 26 % en 2014 à 15,88 % en 2020, 11,04 % en 2021, 6 % en 2024, puis 1,9 % à fin juin 2025. Il convient toutefois de préciser que même lorsqu’il détenait près d’un quart du marché de l’Internet mobile au milieu des années 2010, Cellcom occupait déjà la troisième place derrière Orange Guinée et Areeba, mais disposait alors d’une position concurrentielle nettement plus solide.
Cette dégradation se reflète également dans les performances financières de l’opérateur. Au deuxième trimestre 2025, Cellcom a déclaré un chiffre d’affaires de 5 milliards de francs guinéens, contre 14 milliards un an plus tôt. L’entreprise ne représentait ainsi que 0,23 % des 2 237 milliards de francs guinéens de revenus générés par l’ensemble des opérateurs de téléphonie mobile sur la période.
Une relance conditionnée par les investissements
Pour tenter d’inverser cette trajectoire, Cellcom affirmait, dans son communiqué d’avril, avoir engagé une phase de transformation destinée à restaurer sa stabilité opérationnelle et sa compétitivité. L’entreprise indique que les mesures d’ajustement organisationnel en cours, dont le programme de licenciement économique ciblé et les départs négociés, doivent contribuer à améliorer son équilibre financier tout en assurant la continuité de ses activités.
L’opérateur télécoms mise également sur la sécurisation de son cadre réglementaire, après l’obtention d’une nouvelle licence d’exploitation effective depuis le début de l’année. Cette étape doit lui permettre d’engager un programme de modernisation de son réseau, avec entre autres le renouvellement progressif de certains équipements et le développement de nouvelles capacités, dont la 4G.
Cette perspective soulève toutefois plusieurs interrogations, notamment sur la capacité à mobiliser les financements nécessaires pour soutenir ce programme de modernisation, dans un contexte marqué par le recul des revenus et de la base d’abonnés. Reste également à savoir si les investissements engagés permettront à l’opérateur d’améliorer durablement sa qualité de service, de renforcer sa position concurrentielle et de regagner la confiance des consommateurs sur un marché largement dominé par Orange Guinée.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 22 juillet 2026)
OSIRIS