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GITEX AFRICA 2026 : l’Afrique définit ses piliers stratégiques pour une cyber-résilience durable

vendredi 10 avril 2026

Politiques africaines

À Marrakech, les leaders de la cybersécurité africaine ont défini les piliers d’une réponse continentale face aux menaces numériques, plaçant le capital humain, les framework et l’innovation technologique au cœur des stratégies.

La mobilisation technologique qui a saisi Marrakech du 6 au 9 avril 2026, à l’occasion du GITEX Africa Morocco, a trouvé un point d’orgue lors de la table ronde stratégique consacrée à la construction d’une nation cyber-résiliente. Le mercredi 8 avril, ce salon est devenu l’épicentre d’une réflexion profonde sur la sécurité des actifs numériques du continent. Face à la sophistication croissante des menaces, exacerbée par l’émergence de l’intelligence artificielle, les responsables de haut niveau venus du Nigeria, du Maroc, du Gabon, de l’Ethiopie et du Niger ont partagé une vision commune : la cyber-résilience est un impératif de souveraineté nationale et de développement économique.

La discussion a d’abord mis en exergue une réalité incontournable : la technologie, aussi avancée soit-elle, reste inefficace sans une main-d’œuvre qualifiée. Pour Saad El Khadiri, directeur de la stratégie et de la réglementation à la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI) du Maroc, l’humain est le pivot central de toute défense. Il a souligné que le Royaume a créé pas moins de 80 filières spécialisées dans la cybersécurité, couvrant tous les niveaux académiques. Selon lui, cette dynamique vise à répondre à une demande à la fois quantitative et qualitative.

L’élaboration d’un référentiel national des métiers de la cybersécurité au Maroc permet désormais d’aligner les cursus universitaires sur les besoins réels du marché, garantissant que les diplômés possèdent les compétences opérationnelles attendues par les administrations et les infrastructures critiques.

Cette préoccupation pour le talent est partagée par Aïssata Chanoussi, directrice générale du Centre national de cybersécurité du Niger. Elle a rappelé que si le cadre organisationnel est un premier pas essentiel, le fossé mondial en termes de compétences reste un défi majeur. Selon elle, la stratégie ne doit pas seulement se limiter à la formation initiale, mais doit impérativement inclure une politique de reconversion. Le Niger mise ainsi sur l’accompagnement des diplômés d’autres secteurs pour les orienter vers la cybersécurité et l’intelligence artificielle.

Pour la directrice, la cyber-résilience se définit avant tout par la capacité d’un État à assurer la continuité de ses services critiques. Cela nécessite une cartographie exhaustive des infrastructures et une compréhension fine des menaces spécifiques à chaque secteur d’activité.

Au Nigeria, la lutte pour la résilience prend une dimension d’envergure nationale avec des objectifs chiffrés particulièrement ambitieux. Kashifu Abdullahi, à la tête de l’Agence nationale pour le développement des technologies de l’information (NITDA), a rappelé une donnée fondamentale issue de ses études : plus de 95% des cyberattaques sont le résultat d’une erreur humaine. Partant de ce constat, le Nigeria a lancé un framework national de littératie numérique visant un taux de 70% d’ici 2027, avec l’objectif final d’atteindre 95% en 2030. L’initiative “3 millions de talents” illustre cette volonté de transformer la population en un rempart sécuritaire.

Par ailleurs, le Nigeria, classé 5ème mondial selon l’indice du crime cyber, choisit de transformer ce qui pourrait être perçu comme un handicap en une opportunité stratégique. En offrant des alternatives légales et des programmes d’incitation comme les hackathons, le pays encourage ses talents à développer des produits de défense nationale plutôt que de verser dans la cybercriminalité.

La question de la souveraineté numérique a été portée avec force par Alberto Wenceslas Mounguengui Moudoki, directeur général de l’Agence nationale pour les infrastructures numériques et les fréquences du Gabon. Pour lui, la cybersécurité est une vision inscrite dans la Constitution même de la République, affirmant la souveraineté de l’État sur son sol, son sous-sol et son espace numérique. Cette vision vise deux objectifs clairs : rassurer les populations et attirer les investisseurs.

Le Gabon se distingue par l’adoption de technologies de pointe telles que la blockchain pour garantir la disponibilité des ressources et la cryptographie quantique pour anticiper les menaces futures. L’usage du machine learning est également au cœur de sa stratégie pour identifier les failles internes avant que des acteurs malveillants ne s’y installent discrètement.

La table ronde a également mis en lumière la nécessité d’un écosystème privé robuste. Au Maroc, Saad El Khadiri a insisté sur le fait qu’une stratégie nationale ne peut reposer uniquement sur l’action publique. L’État doit créer un climat d’investissement favorable et des dispositifs incitatifs pour permettre l’émergence de prestataires de confiance capables d’accompagner les entreprises non natives du numérique dans leurs audits et leur gestion de crise.

Cette synergie entre le secteur public et les acteurs privés est jugée indispensable pour construire une défense en profondeur, capable de s’adapter à l’évolution rapide du paysage technologique.

Le cadre législatif constitue le troisième pilier de cette architecture de résilience. Le Nigeria a notamment renforcé son dispositif avec une loi sur la cybercriminalité amendée en 2024, soulignant que les cadres légaux doivent être en constante évolution pour rester pertinents face à la rapidité de l’innovation.

La structure hiérarchique nigériane, avec un Centre national de coordination sous l’égide du conseiller à la sécurité nationale et des CERT sectoriels dédiés à la finance ou aux télécommunications, sert de modèle de gouvernance proactive. Cette organisation permet une surveillance continue, 24 heures sur 24, et une diffusion rapide d’alertes aux citoyens et aux entreprises.

L’édition 2026 de Marrakech restera ainsi marquée par cette mobilisation technologique sans précédent, traduisant une volonté ferme de passer des stratégies théoriques aux actions concrètes.

S’il apparaît clairement que la cyber-résilience en Afrique s’appuie désormais sur le triptyque indissociable de l’humain, de la technologie et de la régulation, les débats ont également mis en lumière le rôle pivot de l’intelligence artificielle. Véritable lame à double tranchant, l’IA redéfinit les règles du jeu : elle amplifie la dangerosité des menaces tout en offrant des boucliers numériques d’une puissance inégalée.

Pour les panélistes, la coopération régionale et internationale, portée par des plateformes comme le GITEX AFRICA, s’impose alors comme le fil conducteur indispensable pour transformer les enseignements du passé en un front uni et solidaire. Que ce soit par la formation massive de talents au Nigeria et au Maroc, par l’affirmation d’une souveraineté technologique au Gabon ou par la structuration institutionnelle au Niger, l’Afrique démontre une maturité nouvelle.

Pourtant, au-delà des cadres réglementaires et des outils innovants, une interrogation subsiste : le continent parviendra-t-il à transformer cette synergie naissante en un rempart inébranlable, capable de transformer son génie humain en une armure souveraine face aux tempêtes numériques de demain ?

Anselme Akéko

(Source : CIO Mag, 10 avril 2026)

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