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Gabon à l’ONU : « Il ne s’agit pas d’être le premier sur l’IA, mais de la déployer largement »

mercredi 8 juillet 2026

Intelligence artificielle

À l’heure où les grandes puissances rivalisent pour développer les modèles d’intelligence artificielle les plus performants et les plus rapides, le Gabon défend une autre vision. Intervenant lors du Global Dialogue on AI Governance, organisé à Genève sous l’égide des Nations unies, Mark Alexandre Doumba, ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation du Gabon, a appelé à repenser les priorités mondiales en matière d’IA.

Pour le ministre gabonais, l’enjeu n’est pas de remporter une course technologique, mais de garantir que les bénéfices de l’intelligence artificielle soient accessibles au plus grand nombre, dans des contextes économiques, sociaux et culturels variés.

Dépasser la course à la vitesse

Dès le début de son intervention, Mark Alexandre Doumba a plaidé pour un changement de paradigme. « Il ne s’agit pas d’être le premier sur l’IA. Il s’agit de déployer l’IA largement. La course à la vitesse passe à côté de l’essentiel. » Selon lui, le débat mondial est aujourd’hui trop souvent focalisé sur la puissance de calcul, la taille des modèles et les performances technologiques.

Or, le véritable défi réside ailleurs. « La vraie question est de savoir qui construit les institutions, les règles et le discernement nécessaires pour déployer l’IA de manière responsable et efficace. » Cette approche place la gouvernance, les capacités humaines et les politiques publiques au cœur de la transformation numérique, plutôt que la seule compétition technologique.

Des “petites IA” pour répondre à des besoins concrets

Le ministre gabonais a également mis en avant ce qu’il considère comme la prochaine grande étape de l’intelligence artificielle : le passage de la « grande IA » aux solutions spécialisées et adaptées aux réalités locales. « La plupart des opportunités de l’IA viendront du passage de la grande IA à la petite IA. »

Pour lui, la création de valeur ne dépendra pas exclusivement de modèles toujours plus complexes, mais de leur capacité à résoudre des problèmes concrets sur le terrain. Qu’il s’agisse d’accompagner un agriculteur africain dans l’optimisation de ses récoltes, d’améliorer la prestation des services publics ou de renforcer l’accès aux soins et à l’éducation, l’impact de l’IA sera déterminé par son adaptation aux besoins réels des populations. « La frontière n’est pas d’avoir des modèles toujours plus grands. C’est l’adaptation locale qui permettra à un agriculteur africain ou à un service public du Pacifique d’utiliser cette technologie dans son propre contexte. »

Une vision qui résonne particulièrement pour les pays du Sud, souvent consommateurs de technologies conçues ailleurs, mais qui aspirent désormais à développer des solutions répondant à leurs propres priorités.

L’intelligence artificielle comme levier de transformation systémique

Au-delà de la technologie, Mark Alexandre Doumba a insisté sur la portée structurelle de l’IA. À ses yeux, l’intelligence artificielle ne doit pas être considérée comme un simple outil d’optimisation. « L’IA n’est pas un business comme d’habitude. Elle ne nous demande pas d’optimiser les systèmes existants. Elle exige que nous les repensions. »

Cette transformation passe, selon lui, par la définition de nouvelles incitations, de nouveaux indicateurs de réussite et d’une réflexion renouvelée sur l’inclusion. « Nous devons revoir nos hypothèses sur ceux qui ont le droit de participer à cette économie et à cette révolution technologique. » Le message est clair : l’IA ne doit pas seulement améliorer les systèmes existants, mais contribuer à construire des modèles économiques et sociaux plus ouverts et plus équitables.

Éviter une nouvelle fracture mondiale

En conclusion, le ministre gabonais a rappelé que le monde dispose aujourd’hui d’un niveau inédit de ressources financières, de talents et de capacités technologiques. « Nous n’avons jamais eu autant de capital, de talents et de technologies à notre disposition. »

Mais cette abondance ne suffira pas à garantir une transformation inclusive. Elle doit s’accompagner d’une volonté collective de réduire les déséquilibres et de partager les bénéfices de l’innovation. « Utilisons notre imagination pour répartir cette dépendance de manière équitable. Sinon, nous laisserons le fossé entre ceux qui construisent l’IA et ceux qui en bénéficient devenir la nouvelle ligne de fracture. »

Une voix africaine pour une IA inclusive

À travers cette intervention, le Gabon réaffirme son ambition de participer activement aux débats internationaux sur la gouvernance de l’intelligence artificielle. Le pays plaide pour une approche qui privilégie l’inclusion, l’appropriation locale des technologies et la coopération internationale.

Dans un contexte où les discussions sur l’IA sont souvent dominées par les considérations techniques et géopolitiques, le message porté par Libreville rappelle une évidence : la réussite de l’intelligence artificielle se mesurera moins à la puissance de ses algorithmes qu’à sa capacité à améliorer concrètement la vie des citoyens, partout dans le monde.

Mohamadou Diallo

(Source : CIO Mag, 8 juillet 2026)

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