La problématique des fraudes liées au mobile money préoccupe consommateurs, opérateurs et autorités. Le gouvernement a annoncé vouloir priver les fraudeurs d’accès aux services de télécommunications.
L’opérateur de téléphonie mobile MTN Ghana a engagé une opération d’assainissement de son réseau d’agents de mobile money. L’initiative vise à protéger les clients et à préserver la confiance, alors que les agents sont parfois vecteurs de fraude dans un secteur en pleine croissance.
La mesure a été révélée par Mobile Money Fintech, la filiale dédiée à l’agent mobile de l’opérateur, dans un communiqué cité par la Ghana News Agency (GNA) le jeudi 16 avril. Elle consiste à mener des contrôles de routine sur la plateforme d’agents MoMo. Cet exercice a déjà conduit à des restrictions temporaires sur certains comptes d’agents.
Selon l’entreprise, toutes les infractions ne sont pas traitées de la même manière. Les agents reconnus coupables d’infractions mineures reçoivent des avertissements, tandis que ceux impliqués dans des violations plus graves encourent des suspensions, voire une exclusion définitive de la plateforme.
En parallèle, Mobile Money Fintech affirme dialoguer individuellement avec les agents concernés, examiner les dossiers et, lorsque cela est justifié, rétablir l’accès, même si les enquêtes se poursuivent.
Une dynamique de croissance
Cette mesure intervient dans un contexte d’essor rapide du mobile money, devenu un outil de paiement largement utilisé en raison de sa simplicité et de son accessibilité par rapport aux services bancaires traditionnels. Le mobile money est également devenu une alternative clé pour l’inclusion financière d’une population africaine largement exclue des systèmes bancaires traditionnels.
Selon le rapport annuel 2024 de la Banque du Ghana sur la surveillance des systèmes de paiement, la valeur totale des transactions d’argent mobile a atteint 3010 milliards de cedis ghanéens (273 milliards de dollars) en 2024, en hausse de 56,8 % par rapport aux 1920 milliards de cedis enregistrés en 2023. À fin 2025, le nombre de comptes actifs s’élevait à 26,7 millions, sur un total de 80,5 millions de comptes enregistrés.
Cette dynamique s’accompagne d’une accélération des fraudes. Selon le Rapport sur la stabilité financière 2023 de la Banque du Ghana, 13 451 cas de fraude ont été signalés dans l’ensemble du secteur financier. Parmi ceux-ci, la fraude au mobile money représentait 20 %, soit près de 2700 cas impliquant des portefeuilles électroniques tels que MTN MoMo, Vodafone Cash et AirtelTigo Money.
Des agents au cœur du système, entre confiance et abus
La fraude impliquant les agents de mobile money figure parmi les plus fréquentes. Elle regroupe les pratiques frauduleuses commises par les intermédiaires chargés des dépôts, retraits, enregistrements SIM et vérifications d’identité (KYC). Elle s’appuie largement sur la proximité et la relation de confiance entre les agents et les clients, ainsi que sur des failles opérationnelles du système.
La forme la plus courante est la fraude aux commissions, dans laquelle les agents manipulent les transactions pour maximiser leurs gains : création de comptes fictifs, enchaînement de dépôts, transferts et retraits afin de générer des commissions, fractionnement des opérations ou incitation des clients à augmenter artificiellement les montants. Dans certains cas, les super-agents peuvent également détourner une partie des commissions dues aux sous-agents.
Par ailleurs, les agents peuvent commettre des fraudes directement lors des opérations de cash-in/cash-out (dépôts et retraits), en remettant moins d’argent lors d’un retrait, en créditant un montant inférieur lors d’un dépôt ou en effectuant des transferts à l’insu du client. À cela s’ajoutent la facturation de frais illégaux, l’exploitation ou la revente de données clients, ainsi que les violations des procédures KYC, facilitant les dépôts directs, les retraits à distance ou les usurpations d’identité. Ces pratiques sont souvent liées à d’autres formes de fraude, notamment l’ingénierie sociale ou le SIM swap.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 17 avril 2026)
OSIRIS
Fraude au mobile money : MTN Ghana assainit son réseau d’agents