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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Juin 2026 > Fiscalité numérique au Sénégal : la taxe sur les paiements électroniques (…)

Fiscalité numérique au Sénégal : la taxe sur les paiements électroniques déçoit déjà

jeudi 25 juin 2026

Fiscalité

Quelques mois seulement après son entrée en vigueur, la taxation des paiements numériques montre déjà ses limites. Selon le Rapport trimestriel d’exécution du budget (RTEB) arrêté au 31 mars 2026, les mesures fiscales du Plan de redressement économique et social n’ont généré que 54,2 milliards de FCFA, contre une prévision trimestrielle de 94,8 milliards, soit un taux de réalisation de 57,2 %. Ce déficit de recettes place sous les projecteurs les nouvelles taxes appliquées aux services et transactions numériques.

Le ministère sénégalais des Finances attribue cette contre-performance aux difficultés rencontrées pour identifier l’assiette fiscale et assurer un recouvrement effectif des nouvelles impositions. Un constat révélateur de la complexité de la fiscalité numérique, où l’évolution rapide des usages précède souvent les capacités d’administration fiscale.

Cette contre-performance intervient pourtant dans un contexte budgétaire relativement favorable. À fin mars 2026, les recettes budgétaires globales atteignent 1 149,7 milliards de FCFA, en progression de 11,9 % sur un an, tandis que les recettes fiscales s’élèvent à 1 095,7 milliards. Les impôts sur les sociétés progressent de 15,3 %, la TVA intérieure hors pétrole bondit de 28,3 %, et le déficit budgétaire reste contenu à 333 milliards de FCFA, soit 1,4 % du PIB, nettement en dessous de la trajectoire annuelle de 5,37 %. Dans ce tableau globalement positif, la fiscalité numérique apparaît comme l’un des rares maillons faibles.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que le Sénégal ambitionne de devenir l’un des champions africains de l’économie numérique. Or, taxer l’usage même des paiements électroniques risque d’en ralentir l’adoption. Pour les commerçants, les travailleurs indépendants et les petites entreprises, même une faible taxation par transaction peut modifier les comportements : retour aux espèces, fractionnement des paiements ou limitation de certaines opérations dématérialisées. Autant de réactions qui réduisent progressivement la base taxable recherchée.

Le phénomène dépasse largement le Sénégal. En 2025, le Ghana a supprimé son Electronic Transfer Levy (E-Levy), instauré seulement trois ans auparavant, après des recettes largement inférieures aux attentes et une forte baisse des transactions électroniques. Plusieurs études du Fonds monétaire international concluent également que la taxation directe des paiements mobiles réduit leur utilisation, affecte davantage les ménages modestes et produit un rendement budgétaire souvent inférieur au coût économique induit.

Pour de nombreux économistes, le numérique devrait davantage être considéré comme un outil d’élargissement de l’assiette fiscale que comme une nouvelle matière imposable. Chaque paiement électronique laisse une trace exploitable par l’administration fiscale. Cette traçabilité facilite la formalisation des activités informelles, améliore les contrôles et renforce le recouvrement de l’impôt existant. Dans cette logique, la donnée numérique devient un levier d’efficacité fiscale plutôt qu’une cible fiscale supplémentaire.

L’expérience sénégalaise relance ainsi un débat de fond : faut-il taxer les transactions numériques ou utiliser leur traçabilité pour accroître naturellement les recettes publiques ? Les premiers résultats semblent conforter la seconde option. À l’heure où Dakar cherche simultanément à restaurer ses équilibres budgétaires et à accélérer sa transformation numérique, la question dépasse désormais le simple rendement d’une taxe. Elle renvoie à un choix de politique économique : encourager les usages numériques afin d’élargir durablement la base fiscale, plutôt que de freiner leur diffusion au nom de recettes immédiates dont le rendement reste, pour l’instant, très en deçà des attentes.

Repères

– Recettes attendues des nouvelles mesures : 94,8 milliards FCFA
– Recettes effectivement mobilisées : 54,2 milliards FCFA
– Taux de réalisation : 57,2 %
– Recettes budgétaires totales au T1 2026 : 1 149,7 milliards FCFA
– Déficit budgétaire : 333 milliards FCFA (1,4 % du PIB)
– Progression des recettes fiscales : +11,9 % sur un an.

(Source : Financial Afrik, 25 juin 2026)

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