Éthiopie : avec Huawei, Ethio Telecom accélère sa mue en opérateur de services numériques
jeudi 16 juillet 2026
En 2022, Safaricom faisait son entrée sur le marché éthiopien après l’obtention d’une licence privée de télécommunications, ouvrant une première brèche dans le monopole d’État qu’Ethio Telecom détenait depuis des décennies. Trois ans plus tard, l’opérateur public tire les leçons de cette nouvelle concurrence : la diversification.
La directrice générale d’Ethio Telecom, Frehiwot Tamru, et le président de Huawei Afrique du Nord, Li Shen, se sont réunis le mardi 14 juillet à Addis-Abeba pour élargir leur partenariat vers l’intelligence artificielle (IA), le cloud, la cybersécurité, l’Internet des objets et les data centers.
« Ensemble, nous construisons un écosystème numérique et d’innovation collaboratif pour stimuler la transformation numérique de l’Éthiopie », a déclaré Frehiwot Tamru.
Le pivot stratégique repose sur un actif que Safaricom ne possède pas encore en Éthiopie : telebirr. Lancée en mai 2021 avec le soutien technique de Huawei, la plateforme de paiement mobile d’Ethio Telecom a franchi le seuil de 54,84 millions d’utilisateurs à fin juin 2025, traitant 2380 milliards de birrs (environ 14,8 milliards $) de transactions sur l’exercice écoulé. Sur la même période, les revenus globaux d’Ethio Telecom ont progressé de 72,9 %.
L’objectif est d’atteindre 62,5 millions d’utilisateurs et 4430 trillions de birrs de transactions d’ici juin 2026. Le partenariat élargi avec Huawei vise précisément à faire de telebirr bien plus qu’une plateforme de paiement, en y intégrant des services de gestion d’entreprise, d’e-commerce, de microcrédit et de solutions cloud pour les PME éthiopiennes.
Les telcos africains réinventent leur modèle
Cette évolution reflète une transformation plus large du secteur des télécommunications en Afrique. Selon le rapport « Mobile Economy Africa 2026 » de l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA), 79 % des opérateurs télécoms africains identifient désormais la transformation numérique des entreprises comme leur objectif prioritaire, et non plus l’expansion de la couverture réseau.
Par exemple, MTN a vu ses revenus data progresser de 40 % en 2025, portés par la demande des entreprises et les services financiers. Safaricom tire, pour sa part, près de 50 % de ses revenus de sa plateforme de mobile money M-Pesa.
Le cabinet britannique McKinsey estime que les services cloud et data pourraient générer plus de 2 milliards de dollars de revenus supplémentaires pour les opérateurs africains d’ici 2026. Pour les telcos africains, rester uniquement fournisseurs de connectivité revient à s’exposer à une érosion structurelle des marges. Le marché mondial des télécommunications croît à un taux de croissance annuel composé de 6 %, contre 20 % pour le cloud.
Pour Ethio Telecom, la mue est d’autant plus urgente que son marché domestique, avec ses quelque 120 millions d’habitants, soit la deuxième plus grande population d’Afrique, reste largement sous-numérisé. L’opérateur vise 100 millions d’abonnés d’ici 2028, avec telebirr comme colonne vertébrale d’un écosystème de services numériques intégrés.
Le renforcement de la collaboration technique avec Huawei (développement logiciel local, personnalisation des solutions, renforcement des capacités d’ingénierie) vise précisément à ne pas répéter l’erreur classique des transformations numériques africaines : importer des solutions clé en main sans ancrage local, sans transfert de compétences ni pérennisation des capacités.
Adoni Conrad Quenum
(Source : Agence Ecofin, 16 juillet 2026)
OSIRIS