En Guinée comme ailleurs, la fiscalité numérique cherche encore son modèle
jeudi 23 juillet 2026
En matière de fiscalité, les pays africains peinent encore à taxer les géants du numérique. L’absence d’un accord multilatéral pousse la plupart d’entre eux à légiférer unilatéralement, faute de cadre commun. La Guinée a choisi de s’appuyer sur un cabinet international pour accompagner la mise en œuvre de sa stratégie.
Le mercredi 22 juillet, le ministre guinéen de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, Mourana Soumah, a reçu une délégation du cabinet IUM Advisory, un cabinet de conseil basé aux Émirats arabes unis qui accompagne des gouvernements et des entreprises. Les discussions ont porté sur l’accompagnement des autorités guinéennes dans la mise en œuvre de la fiscalité numérique.
La rencontre s’inscrit dans un dispositif déjà existant plutôt que dans une réflexion préalable. Un décret du 21 mai 2026 a en effet instauré en Guinée une redevance de conformité numérique (RCN), prélevée entre 1,5 % et 7 % selon les catégories de services, sur les plateformes étrangères dont la consommation est réputée localisée sur le territoire national.
Le texte précise les critères de localisation retenus (adresse IP, moyen de paiement, numéro de téléphone ou adresse de facturation) et organise le recouvrement via les banques, les opérateurs de mobile money ou les passerelles de paiement agréées. Le produit de la redevance doit alimenter un fonds de souveraineté numérique, et des sanctions sont prévues en cas de non-conformité, pouvant aller jusqu’à une restriction technique d’accès pour les entreprises récidivistes. Aucun chiffre de rendement n’est encore disponible, le dispositif étant trop récent pour faire l’objet d’un premier bilan.
Les dispositifs diffèrent d’un pays à l’autre, mais répondent à un même objectif : mieux capter les revenus générés par l’économie numérique. La Guinée s’inscrit ainsi dans une liste déjà longue de tentatives africaines de taxation de ce secteur. Le Cameroun applique depuis 2026 une taxe de 3 % sur les revenus de plateformes comme Amazon, Netflix ou TikTok, construite sur la notion de « présence économique significative » introduite dans sa loi de finances. Le Sénégal affiche un bilan plus mitigé : sa taxe sur les paiements numériques n’a rapporté que 54,2 milliards FCFA (environ 94,5 millions $) à fin mars 2026, contre un objectif initial de 94,8 milliards, soit un taux de réalisation de 57,2 %. Le Ghana, de son côté, avait testé une taxe comparable sur les transactions électroniques dès 2022, avant de l’abroger en 2025 faute de rendement suffisant.
Deux lectures qui s’opposent sur l’intérêt réel de ces taxes
Un document de travail du Fonds monétaire international (FMI), publié en décembre 2025, apporte un éclairage qui tranche avec le discours de certaines institutions favorables à ces réformes. Selon le FMI, la taxation des paiements mobiles tend à en réduire l’usage et pousse une partie des utilisateurs vers les paiements en espèces, un effet qui touche d’abord les populations les moins bancarisées, souvent sans alternative au paiement mobile. Le rapport souligne également que le coût économique de ces taxes peut dépasser leur rendement budgétaire direct.
À l’inverse, un rapport de l’International Centre for Tax and Development (ICTD) estime que l’Afrique, premier marché mondial de l’argent mobile, dispose d’un potentiel important de mobilisation de recettes nationales par ce canal, à condition de combiner investissements technologiques, mesures ciblées et renforcement de la confiance des contribuables.
De son côté, l’initiative conjointe de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) sur l’inspection fiscale internationale a mené 71 programmes d’appui en Afrique afin d’aider les administrations à mieux mobiliser les recettes issues de la fiscalité numérique, notamment via la TVA sur les services numériques. Les divergences entre le FMI et ces institutions portent moins sur le principe de la fiscalité numérique que sur les conditions de son efficacité.
Adoni Conrad Quenum
(Source : Agence Ecofin, 23 juillet 2026)
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