En Éthiopie, Safaricom approche de l’équilibre, mais son paiement mobile reste marginal
lundi 3 août 2026
4 ans après son entrée à Addis-Abeba, la filiale éthiopienne de Safaricom approche du point mort et affiche une croissance à 3 chiffres. Mais son moteur historique, le paiement mobile, y reste marginal. L’opérateur maintient son objectif d’équilibre d’exploitation d’ici à mars 2027.
En Éthiopie, c’est une réussite avec un angle mort pour Safaricom. Quatre ans après son arrivée à Addis-Abeba, la compagnie peut afficher l’une des montées en charge les plus rapides jamais réalisées par un opérateur télécoms sur le continent. Sur les trois mois clos fin juin, sa filiale éthiopienne a dégagé 6,13 milliards de birrs de revenus, soit environ 5 milliards de shillings kényans ou 38,5 millions USD, en hausse de 66,1 % sur un an. Le nombre de clients actifs sur trois mois atteint 14,7 millions, contre 4,57 millions il y a deux ans.
Mais le service qui a fait la fortune du groupe au Kenya n’y trouve pas son public au même rythme. M-PESA, le portefeuille électronique qui permet d’envoyer de l’argent, de payer un commerçant ou de régler une facture depuis un téléphone, représente 45,6 % du chiffre d’affaires de service de Safaricom au Kenya. En Éthiopie, il en représente seulement environ 2 %.
Une progression réelle, mais qui part de très bas
Les volumes, eux, décollent. Le nombre de clients actifs sur un mois a plus que doublé, à 2,58 millions. Les commerçants affiliés bondissent de 147,7 %, à 89 877. La valeur des transactions progresse de 174,8 %, les volumes de 157,7 %. Le revenu tiré du service, en revanche, s’établit autour de 100 millions de shillings kényans sur le trimestre, en progression de 15,2 % seulement, selon les chiffres repris par le quotidien kényan Business Daily.
Il faut se méfier d’une lecture trop rapide de cet écart. Rapportée à la valeur transigée, la commission prélevée par Safaricom en Éthiopie ressort autour de 0,6 %, soit un taux légèrement supérieur à celui pratiqué au Kenya. Autrement dit, le problème n’est pas le prix du service. C’est le volume d’affaires sur lequel il s’applique.
Arrivé après telebirr
L’explication tient d’abord à une question d’antériorité. Au Kenya, M-PESA a été lancé en 2007 dans un pays qui ne disposait d’aucun système de paiement électronique de détail. Il a créé la norme. En Éthiopie, Safaricom est arrivé après telebirr, le service lancé en 2021 par l’opérateur historique Ethio Telecom, qui revendique aujourd’hui 54,8 millions de comptes ouverts et 83 millions d’abonnés au total. Un concurrent adossé à l’État, avec un réseau de distribution national déjà en place.
S’ajoute une réalité de terrain. L’espèce domine encore les petits paiements du quotidien, dans un pays où l’inflation a longtemps découragé la détention de monnaie électronique. Le raccordement de M-PESA à EthSwitch, le commutateur national qui permet aux différents services de paiement de communiquer entre eux, ouvre la voie à l’interopérabilité. Il rappelle aussi que l’infrastructure de paiement éthiopienne reste publique, et que l’entrant joue sur un terrain qu’il n’a pas dessiné.
Un équilibre d’exploitation à portée, mais à quel prix
L’opérateur maintient son objectif d’atteindre l’équilibre au niveau de l’excédent brut d’exploitation, c’est-à-dire le résultat avant charges financières, impôts et amortissements, d’ici mars 2027. La promesse est crédible. Elle repose toutefois sur trois décisions de gestion autant que sur la croissance.
D’abord les prix. Safaricom Ethiopia a relevé ses tarifs data de 44 % en moyenne en décembre 2025, une décision qui avait suscité des protestations parmi les étudiants et les petits commerçants. L’effet se lit dans les comptes du trimestre : la consommation par abonné n’augmente que de 15,7 %, à 7,8 gigaoctets, quand le revenu moyen par utilisateur data grimpe de 39,1 % en birrs. La croissance vient donc davantage du prix que de l’usage.
Ensuite la régulation. En janvier 2026, l’autorité éthiopienne des communications a ordonné à Ethio Telecom de réduire les redevances qu’il facture à son concurrent pour le partage de ses pylônes et de ses installations, et de les percevoir en monnaie locale. Safaricom, qui héberge 2 sites sur 5 chez son rival, en est le premier bénéficiaire.
Enfin l’investissement. Les dépenses d’équipement ont été réduites de 52,2 % sur le dernier exercice, à 18,7 milliards de shillings, avec une prévision comprise entre 6 et 9 milliards pour l’exercice en cours. Le parc de sites n’augmente que de 12 %, à 3 592, quand la base clients progresse de 46,1 %. La direction y voit une meilleure utilisation du réseau. C’est exact, et c’est aussi ce que l’on observe quand on ralentit les chantiers.
Le financement cumulé engagé depuis le lancement atteint 2,67 milliards USD, dont 2,31 milliards en fonds propres, et la filiale estime qu’il lui faudrait 5 milliards USD supplémentaires pour couvrir l’ensemble du territoire.
L’enjeu dépasse Addis-Abeba. Le rachat par Vodacom et Vodafone d’une participation portant leur détention à 55 % de Safaricom, finalisé fin juin, place désormais l’aventure éthiopienne dans les comptes d’un groupe qui consolide intégralement l’opérateur kényan. La démonstration doit donc convaincre au-delà du continent africain.
Fiacre E. Kakpo
(Source : Agence Ecofin, 3 août 2026)
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