En Afrique, les cyberattaques observées ont augmenté de 421,4 % entre 2016 et 2025
jeudi 15 octobre 2026
Alors que l’Afrique vit au rythme d’une transformation numérique qui touche tous les secteurs d’activité, l’explosion des cyberattaques risque de freiner l’innovation et d’alourdir les coûts pour les entreprises et les pouvoirs publics.
Les cyberattaques ciblant les entreprises, les institutions publiques et les particuliers en Afrique ont enregistré une hausse de 421,4 % entre 2016 et 2025, contre une moyenne mondiale de 307 %, selon un rapport publié le lundi 12 octobre par le géant américain des paiements Mastercard. Intitulé « Africa’s Digital Defense Race : Mapping Africa’s cyber threat environment and defense priorities », le document précise que 69 236 attaques informatiques ont été recensées sur le continent en 2025, soit environ 1 attaque toutes les 8 minutes.
La part de l’Afrique dans le nombre total de cyberattaques enregistrées à travers le monde est ainsi passée d’environ 3,4 % à 4,4 %, ce qui confirme que les cybermenaces se propagent sur le continent à un rythme plus rapide que la moyenne mondiale. Les estimations agrégées d’Interpol indiquent aussi que la cybercriminalité a causé au moins 5 milliards USD de préjudices économiques directs à travers le continent durant l’année écoulée.
La hausse des cybermenaces survient dans un contexte de forte expansion des services numériques. Entre 2016 et 2025, le nombre d’utilisateurs africains des services de paiements mobiles s’est multiplié par 5,9, tandis que celui des utilisateurs des services bancaires en ligne a plus que quadruplé (x4,7). Parallèlement, la taille marché du commerce électronique s’est multipliée par 4,2 sur la même période.
La prochaine étape du développement de l’économie numérique pourrait s’avérer encore plus importante. Le marché africain des paiements numériques devrait atteindre 1 500 milliards USD d’ici 2030, alors que l’économie liée à l’intelligence artificielle (IA) devrait plus que tripler au cours des cinq prochaines années, pour représenter 16,5 milliards USD à ce même horizon. L’Afrique subsaharienne pourrait également créer jusqu’à 230 millions d’emplois dans le secteur numérique d’ici la fin de la décennie en cours.
Le rapport révèle d’autre part que l’exposition aux cyber-risques est de plus en plus corrélée à l’accélération de l’activité économique. Quatre pays africains (le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Maroc et le Kenya) ont concentré 54,7 % du total des cyberattaques répertoriées l’an passé sur le continent. Les mêmes facteurs qui rendent ces marchés attractifs pour les investisseurs, tels que des infrastructures bancables, des systèmes de paiement en plein essor et des services publics numériques croissants, les rendent également attractifs pour les cybercriminels.
Des cyberattaques de plus en plus sophistiquées
La nature des cyberattaques évolue aussi. Auparavant, les cybermenaces en Afrique étaient principalement des escroqueries visant les consommateurs et des campagnes d’hameçonnage, tandis que les attaques plus récentes ciblent de plus en plus les banques, les opérateurs de télécommunications, les systèmes gouvernementaux, les réseaux logistiques et les infrastructures critiques. Les technologies, le secteur public et des services financiers ont concentré 44 % des cyberattaques recensés à travers l’Afrique en 2025.
Par ailleurs, la cybercriminalité visant les organisations africaines s’est beaucoup professionnalisée. Plus de 60 % des incidents recensés étaient l’œuvre de pirates informatiques malveillants (blackhat hackers) et de groupes criminels organisés. Les acteurs ayant des motivations politiques et ceux soutenus par des États sont respectivement à l’origine de 13,9 % et de 9,7 % des incidents.
L’augmentation de la cybercriminalité freine l’innovation, alourdit les coûts pour les entreprises et fait peser des risques croissants sur les pouvoirs publics, les institutions financières, les petites et moyennes entreprises (PME) et les consommateurs. À titre d’exemple, les start-ups africaines spécialisées dans les technologies financières (fintech) consacrent désormais entre 8 % et 12 % de leurs dépenses d’exploitation aux solutions de cybersécurité, contre 3 % à 5 % seulement en 2020.
Le rapport indique, dans ce chapitre, que l’adoption du numérique en Afrique progresse plus rapidement que les capacités en matière de cybersécurité. Les marchés de la cybersécurité les plus matures au niveau mondial consacrent environ 0,25 % de leur PIB à la cybersécurité. L’Afrique du Sud, qui affiche les meilleures performances sur le continent dans ce domaine, y consacre environ 0,19 % de son PIB. Les autres pays d’Afrique subsaharienne affectent en moyenne 0,03 % de leur PIB aux investissements dans la cybersécurité.
Les compétences en cybersécurité constituent un autre sujet de préoccupation. L’Afrique compte environ 200 000 postes vacants dans le domaine de la cybersécurité. La coopération internationale et régionale peut cependant constituer un élément majeur de la riposte. L’opération « Serengeti 2.0 », qui a été menée par Interpol entre juin et août 2025, a par exemple abouti à 1 209 arrestations dans 18 pays africains et à la récupération de 97,4 millions USD.
Walid Kéfi
(Source : Agence Ecofin, 15 octobre 2026)
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