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Economie numérique, Ia et transformation économique

mercredi 23 septembre 2026

Point de vue

En ma qualité d’informaticien, je voudrais intervenir sur ce thème suivant plusieurs angles dont le premier est décliné sur ces lignes ci-dessous.

Première partie : L’économie numérique, fondement de la transformation économique

L’économie numérique constitue aujourd’hui un puissant levier de transformation des Etats, des entreprises et de la société. Elle ne se limite pas à l’usage des technologies de l’information et de la communication : elle englobe également la dématérialisation des services, l’exploitation des données, l’Intelligence artificielle, l’innovation, la cybersécurité, ainsi que la modernisation des modes de production et de gouvernance.

Dans le cas du Sénégal, la réflexion sur l’économie numérique doit s’inscrire dans la vision portée par « Sénégal 2050 », notamment à travers le New Deal technologique. Celui-ci vise à faire du numérique un instrument de souveraineté, d’efficacité administrative, de développement économique et de rayonnement du pays à l’échelle africaine.

Cette ambition repose sur quatre orientations majeures : la souveraineté numérique, la digitalisation des services publics, le développement de l’économie numérique et le leadership africain dans le domaine technologique.

1. La souveraineté numérique : un préalable à la transformation économique

La souveraineté numérique renvoie à la capacité d’un Etat à maîtriser ses infrastructures, ses données, ses systèmes d’information et ses technologies stratégiques. Elle suppose également que les citoyens puissent accéder à des services publics numériques fiables, sécurisés, accessibles et adaptés à leurs besoins.

Avant d’engager une transformation numérique ambitieuse, il est donc nécessaire d’établir un état des lieux précis du système numérique national. Cette analyse doit placer l’être humain au cœur du dispositif. En effet, la technologie n’a de valeur que si elle améliore concrètement la vie des citoyens, facilite leurs démarches et renforce l’efficacité des services de l’Etat.

a.La dématérialisation des démarches administratives

La dématérialisation des démarches administratives demeure encore partielle. Certaines procédures sont accessibles en ligne, mais elles ne sont pas toujours réalisées de bout en bout. Dans plusieurs cas, l’usager doit encore se déplacer physiquement pour fournir des documents, obtenir une validation ou récupérer un acte administratif.

Cette situation limite les bénéfices attendus du numérique, notamment la réduction des délais, la diminution des coûts, la simplification des procédures et l’amélioration de la transparence. L’objectif doit être de concevoir des services entièrement numériques, depuis la demande initiale jusqu’à la délivrance du document ou de la décision administrative.

b. L’interconnexion des services de l’Etat

L’interconnexion des services publics reste également incomplète. Les administrations disposent souvent de systèmes d’information distincts, qui ne communiquent pas suffisamment entre eux. Cette fragmentation entraîne des redondances, oblige les citoyens à fournir plusieurs fois les mêmes informations et ralentit le traitement des dossiers.

La mise en place d’une administration interconnectée permettrait de faciliter le partage sécurisé des données, d’améliorer la coordination entre les services et de renforcer la qualité de la décision publique. Elle doit cependant s’accompagner de règles strictes en matière de protection des données personnelles, de cybersécurité et de respect des droits des citoyens.

c. L’interopérabilité des systèmes d’information

Au-delà de la simple connexion technique, l’enjeu est de garantir l’interopérabilité des systèmes d’information. Celle-ci permet à des plateformes différentes d’échanger des données et de fonctionner de manière cohérente.

Une interopérabilité effective contribuerait à rationaliser les opérations administratives, à réduire les délais de traitement et à limiter les erreurs. Elle faciliterait également la mise en œuvre de politiques publiques fondées sur des données fiables et actualisées. Pour y parvenir, l’Etat doit définir des normes communes, des référentiels partagés et une architecture numérique nationale cohérente.

d. La centralisation et la sécurisation des données

La centralisation progressive des données publiques à travers les infrastructures de « Sen Num Sa » constitue un enjeu stratégique. Elle peut permettre une meilleure gestion des ressources numériques, une mutualisation des infrastructures et une sécurisation accrue des informations de l’Etat.

Toutefois, cette centralisation doit être accompagnée de garanties solides. Les données publiques doivent être protégées contre les cyberattaques, les pertes, les accès non autorisés et les utilisations abusives. Il est également nécessaire de prévoir des mécanismes de sauvegarde, de continuité de service et de récupération des données en cas d’incident.

e. La numérisation des archives de l’Etat

La dématérialisation des archives publiques représente une autre priorité. Une grande partie des documents administratifs demeure encore conservée sous format physique, ce qui rend leur consultation difficile et accroît les risques de perte ou de dégradation.

La numérisation des archives permettrait de préserver le patrimoine administratif, de faciliter l’accès à l’information et d’améliorer la continuité du service public. Elle devrait être accompagnée d’un système d’archivage électronique connecté aux différents systèmes d’information de l’Etat, afin d’assurer une gestion cohérente et durable des documents.

2. La digitalisation des services publics

La digitalisation des services publics constitue le prolongement naturel de la souveraineté numérique. Elle vise à rendre l’Administration plus accessible, plus rapide, plus transparente et davantage orientée vers les besoins des citoyens. Cette transformation concerne notamment l’état civil, la santé, l’éducation, la fiscalité, la Justice, les services sociaux, les transports et les collectivités territoriales. Elle doit permettre aux citoyens, y compris ceux qui vivent dans les zones rurales ou qui sont en situation de vulnérabilité, d’accéder aux services essentiels.

Cependant, la digitalisation ne doit pas créer de nouvelles exclusions. Elle doit tenir compte de la fracture numérique, du niveau d’équipement des populations, du coût de la connexion et des compétences numériques. La mise en place de points d’accès, de services d’accompagnement et de solutions adaptées aux personnes peu familiarisées avec les outils numériques est donc indispensable.

3. Le développement de l’économie numérique

Le numérique représente également un important moteur de croissance et de création d’emplois. Il favorise l’émergence de nouvelles entreprises, le développement du commerce électronique, l’innovation et l’accès à de nouveaux marchés.

Le Sénégal doit soutenir les startups, les petites et moyennes entreprises, les incubateurs, les centres de recherche et les acteurs de l’économie créative. Il doit également renforcer la formation aux métiers du numérique, notamment dans les domaines de l’Intelligence artificielle, de la cybersécurité, de la science des données, du développement logiciel et du cloud computing.

L’Intelligence artificielle peut notamment contribuer à améliorer la productivité des entreprises, optimiser les services publics, soutenir l’agriculture, faciliter le diagnostic médical et renforcer la planification économique.

Toutefois, son développement doit être encadré par des principes éthiques, de transparence, de responsabilité et de protection des données.

4. Le leadership africain dans le numérique

Enfin, le New Deal technologique ambitionne de faire du Sénégal un acteur majeur du numérique en Afrique. Ce leadership pourrait s’appuyer sur la qualité des infrastructures, la formation des talents, la capacité d’innovation, la coopération régionale et l’exportation de solutions numériques.

Le Sénégal dispose d’atouts importants : une jeunesse dynamique, un écosystème entrepreneurial en développement, une position géographique stratégique et une expérience dans plusieurs domaines technologiques. Pour consolider cette position, il devra toutefois investir davantage dans la recherche, les infrastructures, la connectivité et la souveraineté des données.

Conclusion partielle

L’économie numérique constitue donc un pilier essentiel de la transformation économique du Sénégal. La réussite du New Deal technologique dépendra toutefois de la capacité de l’Etat à passer d’une digitalisation fragmentée à un véritable écosystème numérique intégré, souverain et centré sur le citoyen.
La modernisation des services publics, l’interconnexion des systèmes, la sécurisation des données, la formation des compétences et le développement de l’innovation devront être menés de manière cohérente. Dans cette perspective, l’Intelligence artificielle ne doit pas être considérée comme une finalité, mais comme un outil au service d’une Administration plus efficace, d’une économie plus compétitive et d’un développement plus inclusif.

Deux autres parties seront composées à partir du thème et seront éditées prochainement.

Saourou MBODJ
Ingénieur de Conception en Informatique et gestionnaire
Responsable Kiiraay Mbacké

(Source : Le Quotidien, 23 septembre 2026)

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