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Du Nigeria à la Namibie, l’IA et les satellites gagnent du terrain dans l’agriculture

dimanche 20 septembre 2026

Intelligence artificielle

Alors que pays États africains cherchent à concrétiser leur plein potentiel agricole et à anticiper les effets du changement climatique, l’IA et l’imagerie satellitaire apparaissent de plus en plus dans le pilotage des politiques pour le domaine. De plus en plus de projet nationaux voient le jour.

En Namibie, le gouvernement a formellement résilié en août 2026 un contrat de 2,4 millions USD conclu avec la société américaine 6th Grain Corporation, pour la mise en place d’un système de suivi des cultures combinant imagerie satellitaire et intelligence artificielle.

La décision fait suite à un examen interne ayant conclu que l’accord ne répondait pas aux exigences légales et procédurales applicables aux contrats conclus au nom de l’État. À travers ce projet, les autorités namibiennes ambitionnaient de cartographier les superficies cultivées, de suivre l’état des cultures ciblés, de prévoir les niveaux de production et d’évaluer les risques liés à la sécheresse.

Bien que le projet a finalement été interrompu pour des raisons liées à la procédure contractuelle, il confirme l’intérêt que portent aujourd’hui les pays africains aux technologies satellitaires et à l’intelligence artificielle pour moderniser leur secteur agricole.

De plus en plus de pays africains passent au suivi agricole par satellite et IA

L’ambition affiché par Windhoek d’intégrer des technologies de télédétection basées sur les satellites et l’IA dans sa gestion du secteur agricole n’est pas un cas isolé en Afrique.

Au Nigeria, par exemple, les autorités ont lancé le National AgroProductivity System (NAPS) en juillet 2026, en partenariat avec OCP Africa et Ground Truth Analytics, une entreprise marocaine spécialisée dans les technologies géospatiales et l’intelligence artificielle. Présenté comme la première plateforme nationale de suivi des cultures reposant sur l’IA et l’imagerie satellitaire, le système doit fournir des informations en temps réel sur les superficies cultivées, la répartition des cultures, les rendements attendus et les risques pesant sur la sécurité alimentaire.

Au Kenya, une démarche comparable avait été engagée dès février 2026 avec le lancement de l’initiative Crop Measurement and Evaluation (CroME). Porté par la Kenya Space Agency et le ministère de l’Agriculture, le dispositif combine images satellitaires et intelligence artificielle afin de constituer des données agricoles à l’échelle nationale.

CroME est destiné à produire des cartes par type de culture, identifier les limites des parcelles, suivre l’état des cultures et établir des prévisions de rendement. Le système doit également contribuer à la détection des dégâts et au développement de mécanismes d’alerte précoce.

Le Rwanda avait, pour sa part, lancé en décembre 2025 le Geospatial Hub (GeoHub) pour le suivi de l’agriculture. Déployée par la Rwanda Space Agency, la plateforme combine données satellitaires, intelligence artificielle et apprentissage automatique pour cartographier les cultures, suivre leur évolution et produire des prévisions de rendement à l’échelle nationale.

La donnée agricole devient un enjeu stratégique pour les pays africains

À travers ces différentes initiatives, les usages recherchés sont relativement similaires. L’imagerie satellitaire permet d’abord de cartographier les terres cultivées et de suivre l’évolution des superficies, y compris dans des zones où les enquêtes de terrain sont coûteuses ou difficiles à réaliser. L’IA intervient ensuite pour traiter ces volumes importants de données et produire des informations directement utilisables. Les autorités peuvent ainsi disposer d’informations plus fréquentes que celles issues des seules enquêtes agricoles traditionnelles.

Pour les pays confrontés à des déficits de données agricoles, l’enjeu dépasse donc la modernisation technologique. Une meilleure connaissance des superficies cultivées et des niveaux de production peut contribuer à améliorer la planification des importations, la distribution des intrants, le ciblage des investissements ou encore la préparation des réponses aux chocs climatiques. L’enjeu est donc aussi de réduire le coût et le délai de production de données agricoles fiables, afin de permettre aux pouvoirs publics de disposer plus rapidement d’informations utiles à la prise de décision.

La multiplication de ces projets montre surtout que l’IA et les satellites commencent à dépasser le cadre des expérimentations ponctuelles pour devenir des instruments potentiels de pilotage des politiques agricoles nationales. À mesure que ces systèmes se généralisent, la donnée agricole pourrait ainsi devenir une infrastructure stratégique au même titre que les réseaux météorologiques ou les systèmes d’information foncière. Pour les États africains, l’enjeu ne sera donc plus seulement d’accéder aux technologies satellitaires et à l’IA, mais de maîtriser les données, les modèles et les compétences nécessaires pour les exploiter durablement.

Stephanas Assocle

(Source : Agence Ecofin, 20 septembre 2026)

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