L’Ecole nationale de cybersécurité à vocation régionale (ENCVR) a clôturé vendredi, à Dakar, une session de formation de cinq jours sur le thème ”gouvernance et cyberdiplomatie” à l’intention de hauts fonctionnaires, diplomates, officiers supérieurs et parlementaires venus d’une dizaine de pays africains, a constaté l’APS.
L’objectif de cette session est ‘’de doter les administrations africaines des outils nécessaires pour défendre leurs intérêts stratégiques et renforcer leur sécurité nationale’’, a précisé son directeur de la coopération et des partenariats Amadou Tidiane Sow.
Il s’agit, selon lui, de permettre au continent de participer activement à la gouvernance mondiale du numérique tout en favorisant le développement économique par la confiance numérique.
Elle vise aussi à renforcer la capacité d’anticipation, de décision, d’influence dans le domaine de la cyberdiplomatie en intégrant les dimensions stratégiques, juridiques, opérationnelles et diplomatiques dans une approche globale allant dans le sens de mettre l’accent sur les mécanismes de coopération internationale, a encore fait savoir M. Sow.
Il estime que ”l’un des défis majeurs de la cyberdiplomatie, c’est l’absence des règles universelles contraignantes à l’échelle mondiale”.
Définie comme un instrument au service de la cybersécurité, la cyberdiplomatie consiste à mener des actions de politique étrangère, des négociations et une coordination internationale sur des questions liées au cyberespace.
Dans le contexte spécifique du Sénégal, les priorités s’articulent autour de quatre piliers majeurs, ‘’la souveraineté numérique, la cybersécurité, la stabilité et la protection des données’’, a-t-il dit.
Poursuivant, il estime que la cybersécurité africaine se heurte toutefois à des obstacles de taille. Outre le vide juridique mondial, il pointe la difficulté d’attribution, c’est-à-dire la capacité technique d’identifier formellement les auteurs d’attaques complexes.
La fuite des cerveaux, un défi majeur
Le manque de compétences spécialisées constitue un autre frein critique. Bien que des ressources qualifiées existent en Afrique, elles restent largement insuffisantes par rapport aux besoins mondiaux.
‘’Les meilleurs spécialistes se trouvent dans le privé ou travaillent pour la plupart dans les grandes multinationales mondiales’’, regrette le directeur de la coopération de l’ENCVR.
Le pays hôte s’appuie sur sa Stratégie nationale de cybersécurité (SNC 2022), adoptée en 2019 et actuellement en cours de mise à jour, pour structurer sa réponse. Cette stratégie vise notamment le renforcement du cadre juridique et la protection des infrastructures critiques de l’État.
L’un des axes majeurs de la SNC 2022 est la participation aux efforts internationaux. C’est précisément sur cet objectif de coopération internationale que l’ENCVR a bâti son module de formation. En formant les diplomates et les forces de défense et de sécurité, le Sénégal entend jouer un rôle moteur dans la diplomatie numérique sur le continent, indique-t-on.
Le Colonel-major Leho Paul René du Congo Brazzaville, qui s’exprimait au nom des auditeurs a souligné que les objectifs de cette formation ont été atteints.
‘’A présent, nous pouvons nous targuer d’être des décideurs avertis dotés d’outils nécessaires à la cyberdiplomatie’’, s’est-il félicité.
Il a toutefois invité ses pairs à l’observation des bonnes pratiques pour éviter d’être les maillons faibles de la chaîne de sécurité et donc responsables des échecs des systèmes de sécurité.
Le secrétaire général de l’ENCVR, Bouya Amar est revenu sur le discours du Premier ministre lors du lancement des projets structurant du New deal technologique, qui avertissait que la transformation digitale ne peut se faire sans une maîtrise totale des risques liés aux cybermenaces devenus une réalité quotidienne pour nos États.
Ousmane Sonko avait également estimé que le développement du numérique sans souveraineté ne sert à rien et la cybersécurité doit accompagner chaque étape de la digitalisation et non être traitée comme une question secondaire.
Pour Bouya Amar, l’urgence est à la mise à jour des accords et traités internationaux sur la gouvernance du cyberespace face aux risques et menaces croissants.
Des pays comme le Tchad, le Ghana, la Cote d’ivoire, le Madagascar, le Gabon, le Congo Brazzaville, ou encore le Djibouti, entre autres, ont été représentés à cette session de formation.
(Source : APS, 28 mars 2026)
OSIRIS
Des hauts fonctionnaires africains formés à la cyberdiplomatie