Des experts et des professionnels du secteur venus de toute l’Afrique se réunissent pour relever le niveau de qualité des paiements instantanés inclusifs
mercredi 21 octobre 2026
Le projet IQAS (Improving the Quality and Sustainability of Inclusive Instant Payment Ecosystems), soutenu par la Fondation Gates et mis en œuvre avec ses partenaires Cenfri et Genesis Analytics, a réuni la semaine dernière à Kigali plus de 40 experts issus de 23 pays, à l’occasion de la première rencontre en présentiel de son groupe de travail technique piloté par les acteurs du secteur.
Cette rencontre marque une étape importante : pour la première fois, des régulateurs, des opérateurs nationaux de systèmes de paiement interbancaires et des prestataires de services de paiement de différents pays africains se sont réunis autour d’un programme commun afin de contribuer directement à la définition des normes de qualité applicables aux infrastructures de paiement instantané du continent.
Pourquoi cette initiative est importante
Les systèmes de paiement instantané inclusifs constituent des infrastructures essentielles au fonctionnement des économies africaines. Pourtant, sur les 36 systèmes actuellement opérationnels sur le continent, un seul est considéré comme mature, selon les données présentées dans le cadre du projet IQAS.
Les consommateurs, les entreprises et les administrations publiques utilisent quotidiennement ces systèmes. Leur fiabilité est donc indispensable à la confiance des utilisateurs. Une seule transaction qui échoue peut compromettre une confiance construite au fil de nombreuses opérations réussies.
Le Dr Oluwaseun Owoeye, responsable principal de programme chargé des plateformes de paiement numérique à la Fondation Gates, a souligné que la confiance dans les paiements instantanés ne se décrète pas, mais se construit grâce à une qualité de service constante.
La Fondation Gates ambitionne de permettre à chaque pays africain de disposer d’un système de paiement instantané inclusif adapté à ses besoins. La rencontre de Kigali a contribué à définir les orientations stratégiques destinées à renforcer la fiabilité des systèmes et la confiance des utilisateurs d’ici 2030.
Deux groupes de travail pour améliorer les systèmes de paiement
Le projet IQAS s’appuie sur deux groupes de travail techniques complémentaires.
Le premier, coordonné par Cenfri, élabore un cadre commun d’évaluation de la qualité des systèmes de paiement instantané. Celui-ci repose sur des principes partagés, de bonnes pratiques et des normes recommandées que les pays pourront utiliser pour mesurer les performances de leurs systèmes et identifier les améliorations nécessaires.
Le second, dirigé par Genesis Analytics, est chargé de transformer ces principes en outils pratiques pouvant être utilisés par les opérateurs et les régulateurs.
À travers cette démarche collective, le projet entend renforcer les écosystèmes nationaux de paiement instantané et accompagner la transformation numérique du continent africain.
Des outils pour mesurer et améliorer la qualité des paiements
Barry Cooper, directeur technique de Cenfri, a présenté le cadre d’évaluation comme une ressource numérique d’intérêt collectif, destinée à fournir aux pays une référence commune en matière de qualité des paiements, quel que soit leur niveau d’avancement. Trois livrables sont envisagés dans le cadre de cette collaboration : les dimensions de la qualité, les principes et les bonnes pratiques ; un guide de mesure de la qualité ; et un guide de mise en œuvre de la qualité.
De son côté, Tochukwu Egesi, responsable du secteur des paiements et des services financiers numériques chez Genesis Analytics, a souligné que l’originalité du projet IQAS réside dans le développement d’outils opérationnels en parallèle du cadre de référence.
Cette approche permettra d’utiliser les enseignements tirés des expérimentations sur le terrain pour améliorer progressivement les principes et les méthodes d’évaluation.
Trois outils sont actuellement en cours de développement. Le premier permettra d’évaluer la qualité d’un écosystème de paiement et de déterminer les améliorations prioritaires. Le deuxième servira à surveiller le fonctionnement des systèmes et à détecter les problèmes opérationnels en temps réel. Le troisième sera consacré à la mesure des performances et de l’efficacité, afin d’identifier les sources de pertes et les possibilités d’optimisation.
Les principaux résultats de la rencontre de Kigali
Les travaux ont réuni des participants issus notamment d’AfricaNenda, de la GSMA, de Mastercard, du Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), de Mojaloop, de SWIFT et de TerraPay. Des représentants de la l’Agence Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO), de la Communauté d’Afrique de l’Est, de plusieurs banques centrales africaines, d’opérateurs de systèmes de paiement et de fournisseurs de solutions technologiques ont également pris part aux échanges.
Les deux groupes de travail ont abouti à plusieurs résultats :
• L’identification de plus de 125 risques concrets liés à des insuffisances techniques, opérationnelles, commerciales ou réglementaires qui nuisent actuellement à la qualité des paiements instantanés inclusifs en Afrique.
• La définition des principes d’un cadre commun d’évaluation de la qualité, couvrant l’ensemble du parcours d’un paiement, depuis son initiation jusqu’à son règlement et sa réception effective par le bénéficiaire.
• L’examen de trois outils de mesure et d’amélioration des performances, fondés sur différents indicateurs de qualité, pour aider les opérateurs et les régulateurs à identifier les problèmes et à mettre en œuvre des mesures correctives.
• La préparation de guides pratiques de mise en œuvre, destinés à transformer les principes généraux en plans d’action, avec une répartition claire des responsabilités et des interventions prioritaires.
• La création prévue d’un Centre panafricain d’excellence à Kigali, en partenariat avec le ministère rwandais chargé des technologies de l’information et de la communication. Ce centre disposera d’une implantation physique, qui sera complétée ultérieurement par des pôles régionaux. Son lancement officiel est prévu les 25 et 26 novembre 2026.
Les prochaines étapes
Après consolidation des contributions des membres des groupes de travail techniques, le cadre commun d’évaluation de la qualité des systèmes de paiement instantané inclusifs sera soumis à une consultation publique, afin de recueillir les observations d’un plus grand nombre d’acteurs et d’affiner le projet.
Parallèlement, les trois outils de mesure de la qualité seront expérimentés sur différents marchés. Les résultats de ces tests permettront d’améliorer les méthodes d’évaluation et les indicateurs de performance.
L’initiative prévoit également de collaborer avec les organismes internationaux de normalisation et de réaliser des comparaisons entre plusieurs marchés africains, avant de rendre disponibles le cadre complet et les outils associés sous la forme de biens publics numériques.
Le rôle de la Fondation Gates est de contribuer à la mise en place de ces capacités. L’objectif est de doter les pays africains de principes de qualité reconnus à l’échelle internationale, d’outils permettant de mesurer les performances de leurs systèmes et des connaissances nécessaires à leur amélioration continue.
À terme, chaque pays devrait ainsi être en mesure de développer, d’exploiter et de maintenir de manière autonome un système de paiement instantané inclusif, performant et durable.
(Source : Agence Ecofin, 21 octobre 2026)
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